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Posté le 9 août 2017 par Philippe Degouy

Sommes-nous réellement des hommes docteur Moreau?

À moitié mort de soif, aux portes de la folie, le jeune Edward Prendick, seul rescapé d'un naufrage, est recueilli par un mystérieux navire rempli de cages pleines d'animaux. À bord, le docteur Montgomery remet Prendick sur pied avant de l’emmener avec lui sur l’île dirigée par le mystérieux docteur Moreau. Un endroit étrange, loin des routes maritimes. Mis à l’écart, le jeune Prendick découvre bien vite que le docteur Moreau se livre à des expériences médicales interdites. Abominables. Il pratique de sordides expériences d'hybridation. Les résultats de ses expériences, de mystérieuses créatures, mi-hommes, mi-animaux, survivent dans la jungle de l’île. Soumises au docteur Moreau, sorte de gourou qui domine ses sujets et veut en faire des hommes dépourvus d'animalité.
«Ne pas marcher à quatre pattes. C’est la Loi. Ne pas chasser les autres hommes. C’est la Loi. Ne pas laper pour boire. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des hommes?» Mais ces êtres difformes ont gardé en eux des pulsions sauvages qui ne tardent pas à prendre le dessus sur leur part d’humanité. Horrifié, Prendick se retrouve mêlé à un déferlement de sauvagerie qui ne le laissera pas intact. Sommes-nous réellement des hommes? Une question martelée par les «hommes-bêtes» de Moreau qui continue à le hanter, de retour en Angleterre.

MOREAUAvec L’île du docteur Moreau, terrible huis-clos, se termine le cycle consacré par les éditions Glénat au romancier britannique Herbert George Wells. Un auteur dont les messages délivrés en filigrane dans son œuvre n’ont rien perdu de leur puissance en ce début du XXIe siècle. Une collection qui a dépoussiéré, modernisé les romans à destination de la génération 2.0.
Ce dernier tome, scénarisé par Dobbs (alias Olivier Dobremel) et mis en dessin par Fabrizio Fiorentino, se révèle dans la lignée des tomes précédents : fidèle au roman avec la priorité donnée à l’action. Les nombreux textes narratifs de Wells ont été (fortement) nettoyés, pour alléger l’intrigue. Trop, pour certains fidèles de l'oeuvre de Wells. Néanmoins, le résultat se lit avec plaisir et incite les plus curieux à redécouvrir le maître. Pour redécouvrir l'ambiance de ses romans, parfois absente de ce dernier opus. Notamment avec le dessin des «monstres», trop lisse pour effrayer le moindre lecteur. On sent la volonté, compréhensible, des auteurs de toucher un large public. Coup de cœur pour la planche finale qui laisse le lecteur désemparé face à la crise de folie de Prendick. Est-il encore un homme ou est-il devenu comme «eux»?
Côté scénario, Dobbs pousse son lecteur à réfléchir aux limites que la médecine ne peut dépasser. Il reprend les thèmes du roman, relatifs à l’identité et aux débats liés à l’expérimentation animale et le souci de certains humains de changer d’apparence. L’actualité et le succès de certaines pratiques de chirurgie esthétique démontrent que ce bon vieux docteur Moreau n’est pas mort sur son île comme l'indique le roman. Il est là, parmi nous.

Philippe Degouy

L’île du docteur Moreau. Scénario de Dobbs, dessin de Fabrizio Fiorentino. Collection HG Wells. Éditions Glénat, 56 pages
Couverture : éditions Glénat

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