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Posté le 29 octobre 2014 par Philippe Degouy

Colonel Olrik, la part d'ombre d'Edgar Pierre Jacobs

Qui êtes-vous colonel Olrik? Une question qui sert de fil rouge au nouveau livre de René Nouailhat, historien spécialiste des religions et de la BD. Auteur d’un précédent volume consacré à  Edgar Pierre Jabobs, le plus britannique des artistes wallons, il nous revient avec une nouvelle monographie, «Olrik ou le secret du mystère Jacobs», récemment publiée aux éditions Mosquito.

Olrik-couvÀ travers le prisme de l’univers d’EPJ, l’auteur dresse un portrait fouillé, mais forcément incomplet, du méchant sans lequel le duo Blake et Mortimer aurait beaucoup moins d’intérêt.
Qui est-il? D’où vient-il? Quel est son passé militaire? Un mystère entretenu savamment par l’auteur de la série, contrairement à la biographie de Blake et Mortimer dévoilée dans la saga. On ne sait rien, par contre, de la biographie de ce colonel qui semble «venu d’ailleurs». Et quand on le croit mort, le voici qui revient sur le devant de la scène, pour le plus grand plaisir des lecteurs de la série. Sa devise? «Chacun pour soi.» Un individualiste élégant, à la classe de dandy, qui profite des faiblesses de ses semblables.  Olrik, un «Fantômas luciférien». Une expression d’André Julliard plutôt bien choisie pour caractériser ce «méchant» qui aime plus que quiconque user de déguisements pour tromper ses adversaires Blake et Mortimer. On le retrouve ainsi en uniforme militaire, en costume bien coupé, en marque jaune, barbu…  Le goût du déguisement, encore une touche empruntée à son géniteur.

Un redoutable chef de gang, soit, mais toujours aux ordres d’une autorité supérieure.  Olrik est «un bandit hors-champ social, juridique ou moral. Il n’est investi dans aucune autre cause que celle d’œuvrer pour la déshumanisation. Il ne défend rien. Il se contente de haïr ses adversaires, ce qui ne l’empêche pas de mépriser ses supérieurs et ses commanditaires(…) C’est l’ange déchu séduit par le Mal, le prince exilé en perpétuelle reconquête

Un personnage auquel EPJ s’identifiait aisément et pour lequel il éprouvait une «troublante fascination». Pour sa personnalité et son côté maléfique. Dans son «Opéra de papier», EPJ parlait d’ailleurs de cette complicité en des termes plutôt révélateurs : «l’impitoyable lucidité avec laquelle il observe le monde qui l’entoure n’inspire à cette nature orgueilleuse et rebelle qu’un souverain mépris (hélas, combien justifié)».

L’essai de René Nouailhat, bien documenté et illustré de croquis, d’extraits d’albums explique également l’engouement des nouvelles générations pour une série BD fortement datée par son dessin mais terriblement d’actualité par le message véhiculé et la modernité des gadgets.  Une démonstration brillante, qui n’évite pas certains chapitres plutôt abscons, notamment dans l’aspect religieux de la confrontation Olrik et duo Blake et Mortimer. Mais ceci ne doit pas occulter le plaisir d’une lecture qui donne envie de se replonger au cœur de l’univers «jacobsien». Une série qui a parfaitement survécu au décès de son créateur. Contrairement à d'autres.
Le succès littéraire public est à rattacher fortement à la présence d’Olrik dans les épisodes. Ce dernier canalise toutes les craintes de notre monde actuel par sa fonction démoniaque. Comme l’explique l’auteur, «Olrik est l’archétype d’une terrible menace, celle du post-humanisme, quand l’homme n’est plus au centre des formidables potentialités déployées par le développement des sciences et des techniques

«Avec les compliments du Colonel Olrik»

Philippe Degouy

«Olrik ou le secret du mystère Jacobs». Par René Nouailhat. Éditions Mosquito, 112 pages, 15 euros

Couverture : éditions Mosquito

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