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Posté le 2 septembre 2014 par Philippe Degouy

Il était une fois Bruxelles occupée

Trois septembre 1944. Bruxelles fête la Libération. Une période de joie immense qui met enfin un terme à quatre années d’occupation allemande. Véritable ketje, amoureux de «sa» bonne ville de Bruxelles et auteur de nombreux ouvrages consacrés à son histoire, à son langage fleuri, Georges Lebouc n’a pas manqué à son devoir. Avec la sortie d' un nouveau livre, «Bruxelles occupée ou la vie quotidienne sous l’occupation allemande» (publié aux éditions 180°) qui retrace la vie quotidienne des Bruxellois vécue sous le joug nazi.
Un ouvrage qui fait la part belle aux témoignages de témoins directs et aux anecdotes qui rendent la grande histoire un peu plus humaine. L’écriture se veut agréable avec un auteur qui apprécie les bons mots et l’ironie.  Les événements racontés sont replacés dans le contexte socio-économique de l’époque dans un livre qui apporte sa brique au devoir de mémoire.  Ces années 40. Un pan tragique de l’histoire de Bruxelles qui verra bientôt la disparition des derniers témoins directs.

Bruxellesoccupée«Encore un livre sur la guerre» diront certains petits esprits. Soit, mais comme l’explique Georges Lebouc, «si les faits d’armes subsistent dans les livres d’histoire, la vie quotidienne des populations en guerre semble, elle, tout à fait oubliée. ( …) Et très vite, les douleurs, les angoisses et les entassements de morts appartiennent au passé. À un passé qui s’enfonce à une vitesse telle qu’il semble presque appartenir au Moyen Âge.»  Alors, oui, il faut encore des livres sur cette période si proche mais pourtant méconnue du grand public.  Avec son ouvrage, Georges Lebouc entraîne ses lecteurs au cœur de ces années noires qui ont frappé les Bruxellois de plein fouet. Le livre n’est pas un livre d’histoire mais d’histoires. Celles vécues par ces témoins qui racontent leur quotidien. Tel que l’on aurait pu le vivre à leur place. Une population frappée par le rationnement drastique. Un chapitre traité en profondeur par l’auteur et qui suffit à illustrer la souffrance des Bruxellois: avec quelque 200 grammes de beurre par mois, 600 grammes de sucre et 240 grammes de pain ignoble. Quasiment plus de sel, plus de poivre, de bière, de chicorée. Mais un tableau noir quelque peu adouci par un marché noir élevé au rang d’art. Une pratique qui a enrichi de nombreux profiteurs, avec notamment un kilo de beurre vendu dix fois son prix officiel au marché noir. Un marché noir qui avait son centre touristique à la rue des Radis et qui rendait tous les aliments disponibles pour celui qui savait payer le prix demandé. Les beaux restaurants ou les quartiers chics n’ont pas connu la faim.
Autre terrible conséquence du rationnement : le froid. Terrible , et qui a marqué davantage les Bruxellois. Comme l'hiver de 1942.

Des raisons d’espérer? Elles n’ont heureusement pas manqué. Avec de nombreux actes de résistance, excellents pour le moral. Comme le drapeau belge accroché à la grille du Manneken pis, comme l’assaut aérien de pilote Jean de Sélys Longchamps contre le siège de la Gestapo, avenue Louise, les dérivatifs culturels (théâtre, cinéma ou les représentations de comiques).  Sans oublier le geste qui est resté dans toutes les mémoires jusqu'à ce jour: la parution du faux «Soir», une parodie du «Soir» volé par les Allemands. Une vaste blague, certes, sauf pour les auteurs, envoyés dans les camps de concentration.
Des raisons d’espérer un avenir meilleur, mais ternies par des raisons de désespérer également. Avec les arrestations, les collabos, les actes antisémites, la fermeture de l’ULB mais aussi les bombardements. Classiques et ceux effectués par les bombes volantes allemandes.
Mais cette Libération, tant attendue, est enfin arrivée. Fin août 1944 avec le départ des Allemands. Sur un dernier drame: l’incendie volontaire du Palais de justice. Un acte dont les raisons sont encore floues aujourd’hui.

Comme dans les albums d’Astérix, les histoires se terminent toujours à Bruxelles par une grande fête. La Libération n’a pas dérogé à la règle avec un épisode fameux, resté dans les annales comme le pseudo-enterrement d’Adolf Hitler en plein cœur des Marolles. Le tout sous l’œil amusé des soldats britanniques et américains.  Un cortège folklorique raconté en détails dans l'ouvrage et qui vaut son pesant de caricoles avec un Hitler joué par un acteur proche du coma éthylique au terme de cette «Marolle kermis» bien arrosée de gueuzes.  Un enterrement «pour du rire», histoire d’oublier par une zwanze ces quatre années terribles, parfaitement racontées par Georges Lebouc. Son document centré sur l’anecdote et les témoignages se lit avec grand plaisir. Et s’il fallait formuler un reproche, il ne concernerait que l’absence d’un cahier photographique. Mais voilà un bémol bien insignifiant au vu du travail de recherche de l’auteur.

Philippe Degouy

«Bruxelles occupée ou la vie quotidienne sous l’occupation allemande», par Georges Lebouc. Éditions 180°, 240 pages, 17 euros
www.180editions.com

Couverture : éditions 180°

 

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