Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 29 janvier 2014 par Philippe Degouy

Moi, ce fonctionnaire mal-aimé, moqué

Peut-on vraiment rire de tout et de tous? Avec ce «Glossaire de l’administration, des fonctionnaires et des employés », publié aux éditions de La Muette, on aborde un sujet sensible. Presque usé à la corde par les humoristes : le fonctionnaire et les petits employés de la fonction publique. Souvent moqués, caricaturés. Avec cynisme souvent, notamment dans le chef d’humoristes tels Coluche («le chef, un type qui a une mentalité d’employé mais qui ne veut pas le rester »).

Sous une couverture plutôt austère, trompeuse même,  se cache un ouvrage drôle, bourré de citations extraites de romans et de spectacles.  Elles concernent surtout l’administration et les fonctionnaires  mais  peuvent aussi cibler les employés du privé. Plus on est de fous…
Un ouvrage qui ne doit pas se lire comme une attaque contre l’individu, le modeste employé.  Et ce même si le glossaire débute à A comme abruti pour arriver à Z comme zéro social. Pur hasard. Les entrées sont nombreuses, diverses, étonnantes parfois : ambition, ascenseur social, audace du fonctionnaire, barrage du lundi, ardeur au travail, frime, flatterie, folie… On en passe et des plus drôles.  Les citations le sont aussi d’ailleurs. On se régale du fruit de l’imagination de leurs auteurs. Avec comme monsieur loyal, un Coluche au meilleur de sa forme : «Si jamais y en a un qui meurt dans l’administration sur le lieu du service, il faut lui retirer les mains des poches, pour faire croire à un accident du travail » ou «Dans l’administration, on ne doit pas dormir au bureau le matin sinon on ne sait plus quoi faire l’après-midi

AdmiDes propos extraits de leur contexte et qui font de cet ouvrage étonnant un joyau de l’humour subversif. On se surprend souvent à rire, ou au moins à sourire. Jaune parfois, il faut le reconnaître. Chacun en prend pour son grade. De l’employé de base au chef de service, guère plus épargné par les traits d’humour récoltés par Francis Ancibure et Marivi Galan-Ancibure, respectivement psychologue et psychanalyste. Savourons cette saillie de  Scott Adams pointée dans son «Principe  de Dilbert» : «les gens les plus incompétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts : ceux de managers. » Ou cette perle d’Honoré de Balzac, «ce n’est pas les idées, mais les hommes d’exécution qui manquent
Un glossaire, dans lequel on aime puiser de bons moments, des propos à noter et à ressortir au boulot,  qui vise à démontrer comment l’administration réussit à broyer les personnalités et à aplanir les personnalités.  «La machine administrative étouffe toute velléité de création ; il lui faut des agents tous pareils, un seul cerveau pour une multitude de corps . (…) Un monde en raccourci avec son lot de petitesses, de méchancetés vinaigrées, de calculs torves, de disputes chroniques.»   Une domination de la crétinisation qui redouble aujourd’hui avec plus de «harcèlement, de souffrance au travail et de mépris généralisé

 Chers fonctionnaires, rassurez-vous avec les propos de Georges Courteline : «il est certain que, quoi qu’on fasse, on est toujours le fantoche de quelqu’un. C’est un malheur dont on ne meurt pas. Mon prochain ne se moquera jamais de moi autant que je me ficherai de lui

«Avec le management d’aujourd’hui, une nouvelle page est en train de s’écrire sur une forme de méchanceté inédite dans l’Histoire»  soulignent les auteurs en guise de conclusion.  C’est un fait. La tolérance bureaucratique d’autrefois n’est plus, hélas. Pour paraphraser Dante, « vous qui entrez dans l’administration, perdez toute  espérance».

Suivez-nous sur le blog Lu pour vous

 Philippe Degouy

 «Glossaire de l’administration des fonctionnaires et des employés », par Francis Ancibure et Marivi Galan-Ancibure. Éditons la Muette, 383 pages, 25 euros

 Couverture : éditions La Muette

Réactions