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Posté le 27 novembre 2012 par Philippe Degouy

L’armée de l’ombre au coeur du piège russe

Peu nombreux sont les albums historiques dédiés à la Seconde Guerre mondiale. Un vaste sujet qui permet pourtant la réalisation de bons scénarios. Comme celui concocté par Olivier Speltens pour sa nouvelle mini-série. Il a d’emblée choisi le théâtre le plus infernal de ce Second Conflit mondial : la guerre menée à l’Est, en Russie. Un affrontement entre deux dictatures, sans règles, sans pitié, et dans un territoire sans frontières. Assisté d’une solide documentation, l’auteur a choisi un angle intéressant pour débuter sa saga : le combat climatique. Dans « L’armée de l’ombre » (publié aux éditions Paquet) l’armée allemande, mal équipée, a le plus grand mal à supporter les assauts du général hiver.
Un froid parfaitement représenté au niveau du dessin de la série, particulièrement réaliste : la buée provoquée à chaque parole des soldats, mais aussi les corps marqués par la température glaciale : les rougeurs, les traits crispés. À la lecture, on a presque envie de remonter la température de la pièce pour s’empêcher de trembler avec ces hommes plongés en enfer. Car telle est bien la démarche de l’auteur : ne pas prendre parti et montrer le côté inhumain de cette guerre menée au bout du monde, à mille lieues de la civilisation. Où le moindre faux pas conduit à la mort. À l’instar de cette sentinelle endormie et happée par des loups aussi affamés que les humains.

L-armee-de-l-ombre-bd-volume-1-simple-43608En parallèle aux scènes de batailles, d’ailleurs assez discrètes dans ce premier volume, la description de la vie de ces soldats perdus dans les steppes russes est mise en avant. Une génération sacrifiée qui va se battre jusqu’au bout. Non pas pour le compte d’Hitler, mais simplement pour tenter de sauver sa peau. Une lutte pour la survie qui ne sera jamais comprise et acceptée par les pontes du régime nazi, planqués à Berlin.  
L’armée de l’ombre, celle qui ne reverra jamais la lumière des défilés militaires triomphants. Ceux des premières victoires sur le front de l’Ouest. Des millions d’hommes qui jamais ne reverront familles ou patrie.

Cette BD que l’on pourrait titrer « Candide découvre la guerre en Russie » démontre une fois encore la puissance et le risque des discours politiques. Endoctriné par le régime nazi qui promettait aux Allemands une promenade de santé pour aller chasser Staline, le jeune Ernst Kessler, fantassin qui sert de guide dans le récit,  voit ses idéaux et ses certitudes anéantis aux premiers assauts du froid russe. Intenable, meurtrier.  Un récit qui ouvre le bal pour une nouvelle collection des éditions Paquet : Mémoire. Une nouveauté qui se destine à la publication de récits historiques qui présente la grande Histoire par des angles inédits.

 Un album qui laisse son lecteur impatient de découvrir la suite et rappelle deux classiques du film de guerre, à voir ou revoir. D’une part « Croix de fer » réalisé par Sam Peckinpah  en 1977, et d’autre part le moins connu « Stalingrad » réalisé en 1993 par Joseph Vilsmaier. Deux films présents en DVD et qui complètent parfaitement cette nouvelle mini-série à l’avenir prometteur. Quatre volumes sont prévus à ce jour. Quatre tomes pour résumer quatre années d’enfer, la tâche ne sera pas aisée pour l’auteur, tout à la fois scénariste et dessinateur. À la lecture de ce premier tome, nous misons sans hésitation sur sa réussite…et notre plaisir futur.

 Philippe Degouy

 «L’armée de l’ombre. T1. L’hiver russe »,  scénario et dessin d’Olivier Speltens, 48 pages, 13,50 euros.

Couverture : éditions Paquet

 

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