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Posté le 8 août 2012 par Philippe Degouy

Cible atteinte pour « Le Sniper » de Stephen Hunter (Thriller)

Ne vous fiez pas à son physique de père tranquille. Stephen Hunter,  journaliste américain devenu l’un des plus gros vendeurs de thrillers au pays de l’Oncle Sam, n’écrit pas pour la  bibliothèque rose.  En digne représentant de la littérature hard-boiled (des polars où les personnages sont de sacrés durs à cuir, du style Lee Marvin), sa production est nourrie au plomb. Typiquement made in US, avec des héros  qui n’ont guère d’état d’âme  et lancés dans une intrigue qui fait place aux nombreuses scènes d’action. Son dernier ouvrage traduit en français, « Sniper » (publié aux éditions du Rocher) ne fait pas exception à la règle avec un récit qui démarre fort. Dès les premières pages.  

Stephen-hunter-le-sniper-9782268072937Quand quatre anciennes personnalités controversées des années 60  sont abattues par un tireur d’élite inconnu, les soupçons du FBI se portent sur Carl Hitchcock, un ancien Marine. Sniper durant la guerre du Vietnam, il  aurait perdu toute notion du réel. Après une rapide enquête, son corps est découvert dans un motel avec une arme qui semble être celle du crime. Suicide apparent.  Affaire close ? Pas pour  Bob Lee Swagger, ancien vétéran du Vietnam, et sniper lui aussi. Le scénario ne colle pas avec la personnalité du défunt. De plus, les tirs sur les victimes ne sont pas naturels. Trop précis, scientifiques. Couvert par l’officier du FBI chargé de l’enquête, Nick Memphis, Swagger va traquer le véritable coupable. Pour l’honneur d’un homme et celui du corps des Marines. Contre un tireur d’élite, rien de tel qu’un autre tireur pour le neutraliser. Seul contre tous, Swagger découvre alors que ces meurtres font partie d’un plan redoutablement orchestré. Pourquoi l’ex-mari d’une victime fait-il tout pour étouffer le dossier ? Qui avait intérêt à abattre ces victimes ? Et pourquoi ?

Voilà pour le début d’un thriller passionnant mené par le personnage récurent de Bob Swagger et fruit de l’imagination d’un auteur rarement présent dans les listes de romans de ce côté de l’Atlantique.  À tort. Lisez-le, vous comprendrez.
L’auteur est bien plus qu’un auteur de thrillers. Capable d’entretenir le suspens, certes, mais aussi de diriger des tirs de précision sur ses cibles. Le titre  original (« I, sniper ») peut d’ailleurs se lire comme une sorte d’autoportrait. En filigranes du roman, c’est une attaque en règle contre le pouvoir de Washington et ses magouilles politiques qui se dessine. Sans compter la dénonciation d’un courant politique, plutôt orienté à gauche, qui a fait l’actualité aux Etats-Unis dans les années 60, en pleine guerre du Vietnam. Les personnages du « Sniper » sont d’ailleurs d’anciens soldats de cette guerre controversée et de celle d’Irak.  

 Et en ancien critique de films, l’auteur n’a pas pu résister à la tentation de distiller certaines allusions au cinéma. Et au western en particulier. Avec notamment ce duel final, certes irréaliste mais plutôt drôle, entre deux snipers qui se font face à face au soleil. Flingue en mains, sueur sur le front. Un petit moment d’humour pour calmer, un temps, la tension présente tout au long d’un roman où le nombre de bodybags s’allonge au fil des pages. Les lecteurs avertis n’auront aucun mal à deviner les  « people » qui ont inspiré l’auteur pour certains personnages du livre. Joan Flanders, première victime du roman n’est autre qu’une Jane Fonda de fiction. Le magnat T.T. Constable du roman prend quant à lui les traits de son ex-mari, Ted Turner. Quant à Carl Hitchcock, il s’inspire d’un réel sniper bien connu aux Etats-Unis : Carlos Hathcock (93 cibles confirmées).

  Si le récit réussit à captiver le lecteur jusqu’au bout avec ses nombreux rebondissements et son écriture nerveuse, il faut cependant regretter la présence de trop nombreux personnages secondaires qui rompent parfois le rythme et les descriptions techniques d’armes qui peuvent lasser. Mais l’auteur est un spécialiste de l’armement individuel et aime le montrer. Le réglage des lunettes de tir  n’aura certainement plus de secret pour vous. Pas plus que la production de fusils de précision, dont ceux de la FN à Herstal qui apparaissent dans l’intrigue comme un clin d’oeil.
Déplorons également le choix éditorial de  cette affreuse couverture qui ne donne guère envie d’acheter le thriller. Mais comme le dit la chanson, « don’t judge a book by its cover ».

Ces légers reproches ne doivent pas  porter ombrage au plaisir de lecture. Si les bons thrillers se font aussi rares au cinéma que les jours de soleil sur la Belgique, le genre connaît encore de belles heures dans l’édition. Fort heureusement. Ce thriller n’est pas une balle perdue. Il atteindra certainement sa cible : vous.

 Sniper. « Tu n’es pas obligé d’être le dernier à mourir dans une guerre perdue depuis longtemps. »

 Philippe Degouy

 “Le sniper”. Thriller de Stephen Hunter. Éditions du Rocher. 392 pages, 23 euros

 Couverture: éditions du Rocher

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