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Posté le 21 novembre 2011 par Philippe Degouy

« Le grand requin blanc. Du mythe à la réalité »

Rédigé par deux spécialistes du monde sous-marin et des requins, cet album publié aux éditions Glénat a pour but de jouer l’avocat du diable en démontant les mécanismes qui dressent un portrait bien peu flatteur du grand blanc, de son vrai nom Carcharodon carcharias.


Malgré son physique imposant, l’animal a grandement besoin d’assistance. Sa survie à moyen terme en dépend. Dans l’introduction, Maud Fontenoy, navigatrice et porte-parole de l’Unesco pour les océans reprend les propos du spécialiste des requins, le docteur Samuel Gruber, qui résument parfaitement l’opinion générale sur cet animal : « le dauphin a son fameux sourire, le panda de grands yeux humides, le requin n’a…rien. Il n’a que sa mauvaise réputation ». »
 RequinSuperbement illustré des clichés sous-marins de Patrice Héraud, l’ouvrage explique pourquoi le grand blanc, l’une des 500 espèces de requins, suscite cette peur et cette haine et dresse les dix principales idées reçues. Le requin blanc, un mangeur d’hommes ? Là aussi, les clichés ont la vie dure. Force est de constater que les statistiques viennent contredire cette accusation. Certes, le requin n’est pas un petit chat d’intérieur, c’est bel et bien un animal sauvage. Mais les chiffres démontrent qu’il ne cherche pas à chasser parmi les humains. « Entre 2000 et 2010, l’international Shark Attack File (ISAF) a recensé 715 attaques de requins, soit 66 attribuées à un grand blanc. Pour un total de 14 victimes. » Dans le même temps, « près de 100 millions de requins seraient tués chaque année dans le monde. La grande majorité des rencontres hommes – requins se terminent souvent très mal…pour le requin. »

Pour reprendre l’excellent jeu de mots des auteurs, le grand requin blanc est tout simplement coupable du délit de « squale gueule » et de sa mauvaise image véhiculée par les médias et le cinéma américain. Une vision tronquée qu’il est nécessaire de corriger au risque de voir disparaître cet animal indispensable à l’équilibre marin. Un requin blanc traqué pour ses ailerons, base de préparation de soupes et onguents destinés aux malades et impuissants, qui en font une grande consommation.  
En Chine, premier importateur et consommateur au monde de viande de requin, « les ailerons se négocient entre 90 et 500 euros le kilo ».
Autre trophée recherché par les collectionneurs : la mâchoire du grand blanc,  dont le prix peut facilement atteindre les 50.000 euros. »

Paradoxalement, ce qui pourrait aider à la survie de l’espèce résiderait dans  le tourisme sous-marin organisé par de nombreux opérateurs situés en Australie ou en Afrique du Sud. Des plongées en cage sont organisées pour les touristes avides de sensations fortes. Une activité lucrative qui pourrait servir la cause du requin.

En fin d’ouvrage, les auteurs proposent un complément d’information sous la forme d’une bibliographie, de liens vers des sites internet (dont celui du photographe www.patricehéraud.com) ou de films relatifs aux requins. Avec en liste noire le « Jaws » de Spielberg.

 Laissons le mot de la fin (provisoire) à Catherine Vadon, maître de conférence et commissaire de l’exposition « Requins, entre peur et connaissance » : « dans notre monde surmédiatisé, peut-être faudrait-il qu’une personne emblématique prenne fait et cause pour leur défense, une Dian Fossey des requins qui les réhabilite et les mette en lumière. »
En attendant la réponse à cet appel, il reste cet album qui comblera les amateurs de vie sauvage et sous-marine.
Les fêtes approchent, voici déjà une idée de cadeau à se mettre sous la dent (de squale).

 Philippe Degouy

 “Le grand requin blanc. Du mythe à la réalité”. Photographies de Patrice Héraud. Textes d’Alexandrine Civard-Racinais. Préface de Maud Fontenoy. Editions Glénat. 30,00 euros environ. 144 pages.

 Couverture : éditions Glénat.

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