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Posté le 24 décembre 2014 par Bcolmant

Pacte de Stabilité : l'erreur économique fatale ?

En économie, on distingue souvent la politique de l'offre de celle de la demande.

Stimuler la politique de l'offre vise à flexibiliser les coûts de production et à assouplir les contraintes qui portent sur l'offre de biens et de services.

La politique de la demande concerne, quant à elle, une orientation keynésienne. Il s'agit de stimuler la demande de biens et de services par une augmentation des investissements et de la consommation publics, destinée à entraîner une augmentation de la demande privée (également au travers de transferts sociaux et de moindres prélèvements fiscaux).

En simplifiant les choses, on peut assimiler une politique de l'offre à une orientation de droite (le terme anglais de politique de l'offre, supply side, est d'ailleurs hérité des années Reagan) tandis que la politique de la demande relève plutôt d'une propension politique de gauche.

La gestion d'une économie exige d'équilibrer les politiques de demande et d'offre, mais une chose est certaine : en période de très faible croissance et de déflation, il faut absolument stimuler la demande.

C'est d'ailleurs intuitif : si les agents économiques sont tétanisés par de sombres perspectives économiques et de pressions à la baisse sur les prix et les salaires, ils refreinent leur consommation et leurs investissements.

Il importe dès lors qu'un être supérieur, représentant la collectivité, dépasse les inquiétudes individuelles par des investissements collectifs d'envergure destinés à fournir de la traction à la consommation et à l'investissement privés.

Il faut donc stimuler la demande.

Le plan Juncker s'inscrit dans cette logique, mais son envergure est anecdotique.

Et c'est à ce niveau qu'on réalise l'erreur d'avoir imposé un Pacte de Stabilité et (cyniquement) de Croissance.

Ce Pacte exige de diminuer l'excédent d'endettement public de 5 % par an afin d'atteindre un rapport de la dette publique sur le PIB de 60 %. Le pourcentage de 60 % n'est pas anodin puisqu'il fondait un des critères d'accession à la zone euro en 1999. Cette règle se conjugue désormais à ce qu'on appelle la "règle d'or" qui exige de ne pas dépasser un déficit "structurel", c'est-à-dire compte non tenu des aléas conjoncturels, égal à 0,5 % du produit intérieur brut (PIB).

Ce Pacte empêche une politique de la demande et contribue donc à alimenter la récession et la déflation, d'autant que la politique monétaire de la BCE est structurellement – je devrais dire génétiquement –déflationniste.

Je suis d'ailleurs certain que la plupart des pays seront incapables de respecter ce Pacte : les dettes publiques augmentent partout.

Si l'obstination politique associée à ce Pacte persévère, il ne faudra pas s'étonner de rejets de la politique européenne, de velléités de certains pays à quitter la zone euro et à des troubles sociaux. Ce jour-là, il sera trop tard.

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