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Posté le 24 mai 2013 par Bcolmant

L'invention de la société anonyme

ImagesL’entreprise fut imaginée à la fin du Moyen-âge, lorsque les commerçants italiens armaient des équipages pour effectuer de longues missions.

Les propriétaires de navires décidèrent rapidement de se rassembler pour partager les risques et les profits, très élevés lorsque l’expédition était fructueuse.

Ce regroupement de capitaux s’accompagna d’une dissociation de rôles avec les dirigeants de l’entreprise, à savoir les capitaines de bateaux, seuls maîtres à bord.

Les bourses de valeurs sont aussi très anciennes. Leur origine reste apocryphe, mais il semblerait que le mot « bourse » trouve ses origines en Flandres. Au 12ème siècle, Bruges était une ville de banquiers. De nombreux établissements de crédit du Nord de l’Italie y avaient une succursale. Des titres de propriété s’échangeaient au coin de la rue Flamande et de la rue des Peiletiers désignée, en 1302, sous le nom d’Oude Buerse, d’où le mot bourse fut extrait.

Mais c’est au 17ème siècle qu’apparut la notion de responsabilité limitée des actionnaires. Il s’agit d’une innovation qui donnera un essor sans égal au déploiement du commerce. Etre abstrait par nature, l’entreprise fut progressivement dotée d’une durée de vie juridique infinie. On décida qu’elle survivrait à ses actionnaires successifs qui, de leur côté, devaient la régénérer par des apports en capital ou des bénéfices mis en réserve.

La première société anonyme cotée et financée par souscription populaire fut la Compagnie des Indes hollandaises (ou VOC, de Vereenigde Oost-Indische Compagnie). Fondée en 1602, deux ans après la Compagnie anglaise des Indes orientales, la société batave avait pour objet social l’armement de navires destinés au commerce des épices (poivre, cannelle, girofle, muscade, etc.) avec l’Inde.

L’entreprise était dangereuse et les naufrages nombreux. Les voyages duraient plus d’un an. Il était donc indispensable de mutualiser des capitaux afin de répartir les risques de l’exploitation. De surcroît, la Hollande était en conflit avec le Portugal et l’Espagne, et le passage du cap de Bon Espérance exposait les marins à de terribles dangers.

Cette Compagnie des Indes fut créée par appel public à l’épargne. Afin d’éviter des conflits entre provinces, le capital fut réparti entre six chambres régionales et 60 administrateurs (les Bewindhebbers), choisis parmi les plus gros actionnaires, furent désignés. Ces derniers nommèrent un conseil d’administration de 17 membres, tous habillés de noir, formant le « Heeren zeventien ». La durée de vie de la société fut fixée à 21 ans. Les remboursements de capital n’étaient, quant à eux, autorisés qu’après 10 ans, au moment de l’établissement du premier bilan. Les dividendes n’étaient autorisés que si les bénéfices dépassaient 5 % du capital. La responsabilité limitée des actionnaires était acquise : ils ne pouvaient que perdre, au maximum, leur mise.

Malheureusement, faute de trouver une rentabilité suffisante dans le commerce des épices, les choses tournèrent vite au vinaigre. Très rapidement, il apparut que la Compagnie des Indes gagnait plus d’argent en arraisonnant des navires ennemis qu’en commerçant.

De plus, les hostilités entre les Pays-Bas et l’Espagne rendaient difficile la construction des forts censés assurer la protection des comptoirs commerciaux. Rapidement, des administrateurs démissionnèrent et l’obligation de publier des comptes après 10 ans fut levée.

Le premier dividende eut un goût acidulé: il fut versé en épices. De plus, le gouvernement décida que l’entreprise ne serait pas liquidée comme prévu, au terme de 21 années d’existence. La seule manière de recouvrer la valeur des parts fut de les vendre.

Ceci suscita la création d’un marché boursier sur lequel une remarquable liquidité fut assurée. Indirectement, la déconfiture de la Compagnie des Indes donna naissance à la bourse d’Amsterdam. Employant jusqu’à 25.000 personnes, la Compagnie des Indes put alors prospérer et déployer ses opérations dans de nombreux territoires, jusqu’à en exercer un quasi-monopole mondial. Amsterdam détrôna Anvers et Gênes comme centre commercial. Elle connut un essor qui accompagna le rayonnement géographique des Pays-Bas.

Pourtant, asphyxiée de dettes, la Compagnie fut dissoute en 1798, près de deux siècles après sa création, victime des guerres avec la France et l’Angleterre, des coûts exorbitants du maintien d’un empire colonial et de dissensions entre les actionnaires et les administrateurs. Elle laissera, au-delà de son rayonnement historique, un héritage qui fondera le progrès économique : la société anonyme et cotée.

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