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Posté le 28 avril 2013 par Bcolmant

Indexation des salaires et politique monétaire inflationniste

4000034933499L’Europe fait face à une double crise.

Il y a tout d’abord la crise économique qui caractérise une contraction de la demande intérieure.

Initialement, la Commission européenne avait cru pouvoir nier la profondeur de ce ressac conjoncturel en imposant des politiques budgétaires restrictives, c’est-à-dire en obligeant les pays à revenir à l’équilibre des finances publiques.

Cette navrante orientation, d’obédience germanique, avait pu, un temps, être confortée par le maintien d’une homogénéité monétaire.

Mais on le constate aujourd’hui : c’est un échec complet.

C’était prévu, donc prévisible : les uns après les autres, les pays de la zone euro repoussent le retour à l’équilibre budgétaire qui ne relève plus que de l’ordre du symbole.

Ensuite, il y a la crise de l’euro qui révèle une hétérogénéité croissante entre les pays qui ont adopté la monnaie unique.

Pour sauver l’euro, on s’oriente inéluctablement vers un accroissement de l’offre de monnaie ou, pour parler plus simplement, vers l’utilisation de la planche à billets.

Ce sera l’inflation qui allègera la valeur relative des dettes publiques. Cette réalité n’est pas encore apparente parce que la création monétaire ne se transmet que péniblement à l’économie réelle, eu égard à la viscosité des circuits bancaires.

Mais il ne fait plus aucun doute qu’à un certain moment, la création monétaire se traduira par une dilution des dettes publiques.

Au reste, le dernier rapport de la BCE s’inquiète … du manque d’inflation.

C’est dans ce contexte que la Belgique a discrètement - et à juste titre - modifié son système d’indexation automatique, applicable notamment aux pensions et allocations sociales. Il fallait tirer profit d’une période d’inflation basse pour modifier un système qui polarisait les revendications sociales.

Il s’agissait de conserver l’indexation générale (afin de maintenir la cohérence du système et l’effet positif de l’indexation sur la consommation intérieure) tout en évitant que son pourcentage ne soit excessif afin de tempérer le report de l’indexation sur les coûts salariaux.

Il fallait aussi éviter un des effets néfastes de l’indexation automatique, à savoir que l’ajustement des hauts salaires ne dépasse la hausse des prix de la consommation courante.

L’approche du gouvernement belge consiste à conserver une indexation des biens de première nécessité. Cette démarche est socialement juste. Elle restitue à l’indexation automatique son bien-fondé social et économique.

Mais le plus important n’est pas là : il fallait que notre économie se place en posture de préparation à l’inéluctable choc inflationniste sans répéter les désastreux égarements des années septante. La modification de l'indexation des salaires ne va en aucune mesure diminuer l'inflation mais contribuer à absorber cette même inflation.

Il fallait le faire.

C’est chose faite. Et bien faite.

 

Bruno Colmant, 28 avril 2012

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