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Posté le 25 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

OVNI, 70 ans d’un phénomène toujours inexpliqué

      Par Philippe Degouy

Si les témoignages d'observations se font plus rares depuis quelques années, le phénomène OVNI n'est pourtant pas mort et enterré. Il fêtera en juin prochain son 70e anniversaire. C'est en juin 1947 que débute effectivement le phénomène ufologique. Avec l’utilisation, pour la première fois, de l’expression soucoupe volante. Un pilote américain, Kenneth Arnold, aperçoit dans le ciel un groupe de neuf objets qui ressemblent à des soucoupes. Un mois plus tard, Roswell, Nouveau-Mexique, devient le centre de toutes les attentions avec un crash attribué à un engin spatial. Des témoins parlent de corps d’aliens aperçus dans les décombres. Pour les militaires, il ne s'agit que des restes d'un ballon-sonde. L'affaire va rapidement engendrer passion et débats houleux entre sceptiques et partisans d’une vie extraterrestre. Aujourd'hui encore, ce dossier suscite toujours l'intérêt des curieux, nombreux à venir en pèlerinage à Roswell, devenue capitale mondiale de l'ufologie (étude des ovni). Le mythe a la vie dure.

Avec Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture (éd. Tana), Fabrice Canepa, scénariste mais aussi écrivain, retrace la genèse du phénomène OVNI, des années d’après-guerre à nos jours.
Un sujet qui a dépassé depuis longtemps les frontières de la science pour imprégner notre imaginaire. « Ce livre n’est pas un traité d’ufologie. Ce que j’ai voulu, c’est décrire l’évolution d’un mythe, celui de l’alien. (…) Rien ne nous renvoie plus intensément à cet Ailleurs que la figure de l’extraterrestre » précise l’auteur dans son avant-propos.
Précisons que ce beau livre ne cherche ni à convaincre, ni à fermer la porte à une énigme qui n’a pas fini de faire couler l’encre.
En ce 70e anniversaire, nul doute que les ouvrages vont abonder en librairie. Du plus sérieux au plus fantaisiste. Celui-ci mérite une découverte et une lecture attentive. De par son large champ d’étude, son sérieux et la masse de documents rassemblée. On y retrouve notamment de nombreux clichés relatifs à des dossiers connus, ou pas, mais tous surprenants.

AliensPrécis, mais accessible à tous, l'album se révèle passionnant. Par sa mise en page et l'écriture alerte de l'auteur. Chapitre après chapitre, on y découvre notamment les coulisses de la vague belge de 1989-90, la visite de ces mystérieux hommes en noir, les rumeurs sur les activités de la fameuse Area 5I, où seraient testés des engins venus d'ailleurs.

Fabrice Canepa rappelle aussi les cas d'enlèvements d'humains, les théories complotistes qui entourent l’ufologie, les personnages originaux qui gravitent au cœur de ce mythe. Comme George Adamski et Raël, deux « témoins » qui auraient rencontré nos visiteurs venus d’ailleurs.
De nombreuses bulles d'air aèrent le récit avec les séries de science-fiction et les films axés sur la thématique. On retrouve ainsi Les envahisseurs, V, Taken, ID 4, E.T., Rencontres du troisième type, X-Files… La BD n'est pas en reste avec Vol 714 pour Sydney, un épisode des aventures de Tintin dans lequel Hergé a abordé le thème des extraterrestres. Le jeu vidéo n'est pas en reste avec Space Invaders, jeu du début des années 80 et devenu culte pour les fans de retrogaming.

L’album refermé, il reste au lecteur à lever les yeux vers le ciel. Pour tenter d’imaginer d’où viendraient nos visiteurs. Parmi les mérites de ce beau livre, il est à souligner celui qui nous pousse à nous interroger sur notre place dans l’univers. Méritons-nous vraiment une attention particulière ? Qui peut répondre ? Comme le dit l'agent Fox Mulder, « la vérité est ailleurs ».

Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture, par Fabrice Canepa. Tana éditions, 192 pages, 30 euros environ
Couverture : éditions Tana

Posté le 25 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mortel sabbat pour l’inspecteur Pendergast

C’est devenu un rendez-vous littéraire annuel. Le retour de l’inspecteur Aloysius Pendergast. Attendu comme le messie par les fans de ce personnage récurrent imaginé par le duo d’auteurs américains Douglas Preston et Lincoln Child.
Le dernier opus de la série, Noir sanctuaire, sera disponible dans sa version française le 3 mai prochain, publié par les éditions de l'Archipel.
Un thriller sorti avec la réédition en format poche du dernier opus, Mortel sabbat. Avant de lire Noir sanctuaire, la lecture de cet épisode s'impose puisque la nouveauté clôture l'intrigue. Nous republions notre chronique éditée en 2016. Pour ceux qui ont raté le début.

Égal à lui-même, l’inspecteur du FBI Aloysius Xingu Leng Pendergast aime se jouer des enquêtes complexes, tout comme des abrutis qui se mettent sur son chemin. Un personnage de policier albinos, toujours de noir vêtu, dernier descendant d’une famille de la noblesse du Sud des Etats-Unis. Avec lui, tout n’est que raffinement, répliques cyniques et intelligence largement supérieure à la moyenne. Pendergast et la mystérieuse Constance Greene, pour qui il fait office de tuteur, forment, depuis quelques romans, un couple étonnant. Qui déroute, sans nul doute.
Douglas Preston et Lincoln Child jouent avec délice de cette singularité pour amuser leurs lecteurs et dénoncer certains travers de notre société. Deux personnages surgis du passé, comme deux fantômes. Les auteurs ne manquent d’ailleurs pas de rappeler le teint spectral de leur cher inspecteur.

Pour ce nouveau roman, Pendergast livre une enquête à priori classique à Exmouth, petit port de la côte Est des Etats-Unis, non loin de Salem. Un artiste local, Percival Lake, l’a engagé pour retrouver le voleur du contenu de sa précieuse cave à vin. Sur place, l’inspecteur découvre une niche secrète où un homme a été emmuré vivant il y a bien longtemps. Les voleurs sont manifestement venus pour voler son squelette. Pourquoi ? Mystère. Quand un historien anglais est retrouvé assassiné avec des signes cabalistiques gravés sur son ventre, la vieille légende des sorcières de Salem refait surface. Tout comme les souvenirs de naufrageurs dont les descendants vivent à Exmouth. Pour Pendergast et Constance Greene, l’enquête prend une nouvelle tournure. Plus complexe qu’un simple vol de vin. Une enquête risquée à mener contre un ennemi plus retors que jamais. Comme surgi de l'enfer.

CoVERMORTELSABBATAvec «Mortel Sabbat», les deux auteurs s’amusent à brouiller les pistes pour dérouter les lecteurs. Une intrigue habilement saupoudrée de faits véridiques liés à la sorcellerie avec de nombreux personnages secondaires dont le masque tombe au fur et à mesure. Quant à parler d’intrigue, parlons-en au pluriel, car une deuxième se greffe sur la première dans le dernier tiers du roman. Avec des rebondissements qui risquent de frustrer le lecteur qui attend une fin classique. Les auteurs savent manier l’art de surprendre et leur épilogue va vous faire bondir. De rage ou de joie, c’est selon. Mais n’en disons pas plus, de peur de briser l’architecture savamment construite par nos deux compères. La suite s'annonce déjà captivante.

Le Maine, Salem, la chasse aux sorcières… autant d’allusions à peine voilées à l’univers du maître de l’horreur : Stephen King. Un clin d’œil qui s’accompagne également d’une fine allusion au film de John Carpenter, Fog. Autant de private jokes que les auteurs aiment distiller, roman après roman, à leur fidèle public.

Contrairement à d’autres romans de la série, celui-ci ne nécessite pas d’avoir lu le précédent. Il se révèle donc parfait si vous comptez aborder le rivage de l’univers de cet inspecteur sulfureux, sorte de Sherlock Holmes à l’américaine, nourri de légendes sudistes et fin tireur, avec son arme fétiche, le Les Baer M1911.

Terminons par un coup de chapeau pour la couverture. Sobre mais efficace avec ce crâne qui semble narguer celui qui le fixe. Il a beau jeu de sourire puisqu’il connaît, lui, le sort qui sera réservé aux fans de Pendergast dans le prochain tome. Une suite qui se devine dantesque au vu de l’épilogue ce «Mortel Sabbat». Mais chut.
Ouvrez-le et lisez-le. Si vous l’osez! 
Avant d'attaquer la suite, Noir sanctuaire. Pour de nouvelles nuits blanches en vue.

Philippe Degouy

«Mortel Sabbat», thriller de Douglas Preston et Lincoln Child. Éditions J'ai Lu. 476 pages
Couverture : J'ai Lu

Posté le 19 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Trafalgar, un désastre français

Cadix, 1805. Une partie de la flotte française s’est réfugiée dans les ports espagnols. L’amiral de Villeneuve, bon marin mais peu réputé pour ses coups d'audace, préfère rester à l'abri du port plutôt que de risquer d’affronter la flotte de son ennemi anglais, Nelson. La terreur des mers. Les marins et officiers français désespèrent quant à eux de retrouver un jour leur France. Il faut à l'amiral français la menace de sa destitution pour qu’il accepte de reprendre la mer pour rejoindre la Méditerranée.
Octobre 1805. Au large du cap de Trafalgar. La flotte franco-espagnole tombe sur une escadre britannique, moins nombreuse. Croyant l’affaire facile, de Villeneuve attaque, sûr de son succès et de sa puissance de feu. Pas de chance, c’est Nelson qui se trouve en face. Le diable des mers. Les Français se font étriller dans un combat naval qui restera à jamais comme l’une des pires batailles de l’histoire. Et l’un des affronts les plus mémorables pour la marine française.

TrafalgarSur le scénario solidement charpenté de Jean-Yves Delitte, par ailleurs pacha de la collection et dessinateur des couvertures, Denis Béchu a réalisé pour Trafalgar (éd. Glénat) des planches de toute beauté. Bien détaillées, elles rendent parfaitement les scènes de bataille. Son dessin est moins chirurgical que celui de Jean-Yves Delitte, qui n’est pas peintre officiel de la Marine pour rien, mais il se révèle aussi efficace et dynamique. On imagine sans peine le fracas des tirs, le bruit du bois qui se déchire sous la mitraille ainsi que les cris de douleur des blessés. Mutilés, éventrés par les échardes de bois ou les éclats des boulets.

Une bataille relatée par ses acteurs. Du simple marin à l’officier supérieur. Un procédé qui permet au lecteur de vivre la bataille de l’intérieur. Pour mieux s’imprégner de l’atmosphère, de la peur ressentie.

Si côté Anglais, c’est Le point de vue d’Horatio Nelson qui prédomine, côté français les auteurs ont pris pour témoins des marins d’un niveau moindre. Le jeune gabier Gabriel Kermadic, dit « la grenouille », Gros Louis et le capitaine Lucas. Trois victimes de mauvaises décisions. Comme le souligne  Gros louis, matelot rustre mais au raisonnement sans faille : « les Anglais n’ont pas fait la bêtise au nom d’une révolution, de décapiter leurs commandants, parce qu’ils avaient le sang bleu, pour les remplacer par des incapables. »

Un désastre maritime qui s’achève par le déshonneur, la libération par les Anglais de l’artisan de cette déroute, l’amiral de Villeneuve. Un officier débarqué de nuit, sur une petite plage de Bretagne. Le visage de la défaite, qui a coûté plus de 5.000 tués français et la perte de 23 navires. Un officier qui sera retrouvé mort peu de temps après. Assassiné ou suicidé ? La question divise encore. De leur côté, les Anglais pleurent la perte de leur héros, l’amiral Nelson, victime d’un tir français, plus chanceux que précis.

Comme tous les volumes de cette nouvelle collection, celui-ci bénéficie d’un dossier historique rédigé par Jean-Yves Delitte. De quoi mieux faire connaissance avec les navires impliqués, les officiers dans chaque camp ou les différentes hypothèses qui tournent autour du coup de feu qui a mortellement blessé l’amiral Nelson. Un bonus apprécié, qui ajoute une touche d’histoire bienvenue, accessible à tous.
Trafalgar? Un épisode bien fini, parfait exemple de ce qui attend les lecteurs avec cette nouvelle collection, dont plusieurs dizaines de tomes devraient prendre la mer.

Les grandes batailles. Trafalgar. Scénario de Jean-Yves Delitte, dessin de Denis Béchu. Éditions Glénat, 56 pages, 15 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 18 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sous la rouille d'une carrosserie bat encore un coeur

Belles endormies. Un beau livre, publié par les éditions E-T-A-I, qui raconte en images l’histoire d’une cinquantaine de légendes de l’automobile réduites à l'état d'épaves. Des voitures parmi les plus rares au monde. Elles attendent, en vain, qu’un prince charmant (au compte bancaire bien fourni) vienne les réveiller et leur redonner le lustre d’antan.
C’est aussi une rencontre et une promesse formulée par le photographe Herbert W. Hesselmann : ne jamais révéler le nom du propriétaire de ce patrimoine ni l’emplacement du trésor, un petit village du Midi de la France. Une aventure commencée au début des années 80 avec la possibilité offerte au photographe d’entrer dans un lieu magique, jalousement préservé du public et gardé par un riche propriétaire, quelque peu excentrique. Plus amoureux de ses vignes que de ses voitures.

Des belles endormies gardées sous un cocon végétal, dans l‘espoir d’un hypothétique retour à la vie. Devant ces épaves, couvertes de plantes sauvages, de mousse, magnifiées par les photos de Herbert W. Hesselmann, on imagine leur histoire. Ce qu’elles ont pu vivre du temps de leur splendeur. Des secrets entendus, des conversations surprises. Toute la mémoire de leurs propriétaires. Comment sont-elles arrivées dans ce parc envahi par les hautes herbes ? L’histoire ne le dit pas avec précision. Elles ont été retrouvées sur un bord de route, achetées pour une bouchée de pain ou reçues gratuitement. Cliché après cliché revient en mémoire le souvenir de lecture du roman de Stephen King, Christine.  Envoûté par l'ambiance qui se dégage de ce livre, le lecteur pourrait presque entendre dans le silence du parc, le démarrage soudain d'un moteur, un air de rock endiablé sortir d'une radio.
Une écurie automobile plutôt hétéroclite mais aux noms prestigieux. Chevrolet Bel Air, Cord L-29, Ferrari 340 America, Jaguar Type E, Lotus Elite, Panhard Dynamic 16CV, Lincoln Continental , Bugatti type 50 (produite à 66 exemplaires seulement)…

BELLESENDORMIES« La Ferrari qui appartenait au prince Rainier ne se garera plus jamais devant l’Hôtel de Paris à Monaco. Sous une bâche, une Rolls-Royce attend des jours meilleurs qui ne viendront sans doute plus jamais. Le délicat parfum de son cuir Connolly a cédé la place à la puanteur des déjections de poules » raconte Halwart Schrader, auteur des textes du livre, hommage au photographe, décédé.
Magnifiées par les clichés, ces beautés défient le temps avec une grâce intacte, malgré des phares cassés, absents, une mine défaite. Le charme opère encore. Le lecteur amoureux de belles carrosseries rutilantes ne peut s’empêcher de fulminer, face à ces mécaniques négligées. Remorquées par un vulgaire tracteur agricole, comme un taureau de combat conduit à l’abattoir.

Pour les besoins de la publication de son reportage dans les médias, et pour respecter son engagement, Hesselmann avait imaginé un prénom fictif pour le propriétaire et l'existence d'un manoir de Rampart inexistant. De quoi tenir les curieux éloignés du trésor. Mais le secret avait été rapidement éventé par la presse, obligeant le propriétaire de ce patrimoine de rouille et de tôles froissées, Michel Dovaz, à déménager vers un ailleurs plus secret encore. Avec armes et bagages. Ou plutôt voitures et poules. En quelque 24 heures. Comme un rêve évanoui dans la nature.

Aujourd’hui, « si elles n’ont pas été envoyées à la casse, les belles endormies rouillent encore quelque part. Certaines, vendues à un nouveau propriétaire, profitent sans doute d’une seconde vie. Quant aux autres, sans doute n’y a-t-il rien à tenter. Ce que la nature a commencé, elle doit le terminer. » 

Drôle de happy end pour un bien étrange conte de fée automobile, superbement raconté dans ce beau livre photographique.

Belles endormies, par Herbert W. Hesselmann et Halwart Schrader. Éditions E-T-A-I, 213 pages
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 17 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Denis Safran, médecin de choc au milieu des flics

   Par Philippe Degouy

Souligner que Denis Safran fut le premier médecin à entrer au Bataclan avec les forces d'assaut après la tuerie de novembre 2015 serait bien trop réducteur. Car ce médecin a connu plusieurs existences. «Ma vie est un arbre, avec un tronc, mon métier de médecin, et des branches, comme autant de chemins de traverse
Chef d’un service d’anesthésie-réanimation, plus tard devenu un élément clé de l’organisation de l’hôpital Georges-Pompidou où il a notamment développé une culture policière, il a rejoint la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), mieux connue sous son ancien nom, l’Antigang. Une nouvelle carrière entamée à un âge digne de profiter d’une retraite possible. Au sein de la BRI, il va y apporter un élément jusqu’alors absent : la présence d’un médecin lors de chaque missions. Lui, va gagner le pouvoir d'étancher sa soif d'action, ce besoin d'adrénaline pour vivre.
Son témoignage, «Médecin de combat» (éd. Grasset), répond longuement à cette question : mais pourquoi et comment un grand médecin dont les grands-parents ont été arrêtés par des policiers français en 1940 s’est retrouvé au cœur des missions de la BRI. Pour les soigner et partager leur vie dangereuse.

MEDECINAvec le journaliste Vincent Rémy, qui apporte en voix off certains éclairages personnels sur la vie du médecin, l’ouvrage plonge le lecteur au cœur d'un quotidien hors du commun. Celui d'un scientifique qui ne regrette nullement sa retraite comme médecin et qui prend désormais plaisir à profiter pleinement de son temps passé avec les policiers de la BRI. Entre entraînements au tir, descentes en rappel d’hélicoptère et descentes au petit matin chez un suspect à interpeller. Sans compter sa fonction de conseiller ministériel. Une vie bien remplie, qu’il adore. Le coup de téléphone pour une urgence, le pied pour ce sexagénaire. Une vie pépère sur sa péniche garée en bord de Seine? Une idée inimaginable.
Oui bon, mais alors, finalement, pourquoi cette passion pour la police? «Parce que la police française n’est plus celle de 1940. C’est une police républicaine. Au service des gens

De ses démêlés avec les gestionnaires d’un hôpital, les conflits d’intérêt entre médecins qui plombent le quotidien au détriment des patients, aux interventions de crise avec ses amis policiers, ses frères d’armes, rien n’est occulté. Ses drames familiaux non plus. L’ouvrage est rédigé sans langue de bois par un homme qui n’a pas peur de heurter, de pousser un coup de gueule. Quand on vit avec la mort en permanence, on y va franco.

Son témoignage relatif à ses interventions au Bataclan et à l’Hyper Casher glace d’effroi. Le récit clinique d’une situation digne d’une zone de guerre. Avec de nombreux blessés par balle, qu’il faut trier entre les cas urgents ou non, ceux qui vont vivre ou mourir. «Ce qui allait me frapper au Bataclan, c’est l’extrême jeunesse des victimes. Des gamins, ça c’est rude.» Pour l’Hyper Casher comme pour le Bataclan, le constat est identique. Avec la même détresse des victimes, les mêmes corps mutilés par des munitions de guerre.
«Putain, heureusement que tu es là !» Un cri du cœur lancé par ses collègues policiers, fréquemment entendu par Denis Safran en opération. Sans doute la meilleure conclusion à apporter à cet ouvrage sur lequel plane des airs de cornemuse écossaise. L’une des passions du médecin, avec l’amour de la mer et des bons cigares.
Un médecin de combat qui sait que «le jour où il ne se sentira plus apte à porter la lourde combinaison des flics de la BRI et à crapahuter à leurs côtés, le jour où il risquera de mettre le groupe en danger, il arrêtera, mais extrêmement frustré

«Médecin de combat. Du bloc opératoire aux unités d'élite de la police», par Denis Safran et Vincent Rémy. Éditions Grasset, 208 pages, 18 euros environ
Couverture : éditions Grasset

Posté le 12 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le désordre élevé au rang d’art majeur

    De Philippe Degouy

«Votre bureau est un putain de foutoir? Vous savez qui avait ce genre de bureau? Einstein. Et vous savez qui avait un bureau rangé? Mussolini. Le sérial killer Ted Bundy avait aussi cette manie du rangement.»
Dès les premières pages de ce manuel pratique, le ton est donné. Politiquement incorrect, soit, mais drôle. Parfois coquin. La jeune journaliste Jennifer McCartney est bien connue sur les réseaux sociaux.
Avec son nouveau livre, elle se lève pour dénoncer, avec son vocabulaire imagé, cette folie de l’ordre à tout prix. Cette mode qui inonde magazines et autres ouvrages de développement personnel. Tous parfaitement inutiles, juge-t-elle.
De la joie d’être bordélique (éd. Mazarine) se révèle comme un joyeux bras d’honneur adressé à ceux qui nous poussent à ranger.  Pour faire ressembler notre home sweet home ou notre bureau à un banal show-room d’un magasin d’ameublement, parfaitement impersonnel. Il faut ranger, puis jeter et vider nos intérieurs. «Ranger, c’est tendance. Le désordre, démodé. Merci minimalisme» déplore-t-elle.
Une conspiration du rangement dirigée par un homme, monsieur Feng Sui, vénéré comme un gourou par ses adeptes du rangement. Quel fou Manchu.

À l’aide d’exemples, de conseils pratiques, l'auteur s’attache à aider ses lecteurs à adopter «l’approche idéale pour apprendre à laisser du foutoir partout.» Pour revenir à nos fondamentaux. Car oui, dit-elle, nous sommes naturellement doués pour le désordre. «Mais on subit tous un lavage de cerveau qui nous fait croire qu’on devrait être ordonné.»
Un art du désordre étouffé dans l’œuf. Par les parents (normalement), la vie en couple, en société, ou celle passée au sein de l’entreprise (barrez les mentions inutiles, cela mettra un peu d'ordre dans cette chronique, ndla).
En véritable porte-étendard de l’anti-rangement, Jennifer McCartney explique, chapitre après chapitre, comment cultiver notre don, pour transformer notre univers de vie en joyeux bordel.
«Être ordonné est un mode de vie ennuyeux qui ne fait envie à personne

BORDELDe nombreux tests permettent d’apprendre à vivre, sans remords, avec un dressing peu soigné, une salle à manger qui ressemble davantage à une pièce de vie après le passage d’une classe d’enfants. Les parents connaissent certainement cette impression.
Pour ne rien oublier, une check-list apporte la liste des objets à posséder pour vous prouver «que vous êtes sur la bonne voie d’une vie joyeusement bordélique
Un ouvrage construit comme un one-woman show joué par une auteure inspirée, qui multiplie les conseils déjantés, les traits d’humour. Si tout démarre comme un article de magazine de société, bien comme il faut, le sérieux fait vite place à un humour trash, au second degré (minimum).
Un petit bijou d’écriture, une joyeuse parodie de cette mode absurde du «consommé-jeté».

De la joie d’être bordélique. L’anti-art du rangement, par Jennifer McCartney. Éditions Mazarine, 152 pages
Couverture : éditions Mazarine

Posté le 11 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les moutons noirs de Piron, ces soldats belges qui n'ont pas capitulé

Par Philippe Degouy

De la Belgique de 1940, on retient la défaite de l’armée belge, et la chute, honteuse, du fort d’Ében-Émael. Des clichés trop réducteurs. Car tous les soldats belges n’étaient pas ces moutons blancs, réduits à l’impuissance dans les camps de prisonniers en Allemagne. Des fortes têtes, des insoumis, quelques aventuriers, mais tous patriotes ont rejoint l’Angleterre, dès la capitulation. Pour poursuivre la lutte et en découdre avec l’occupant allemand. Rejoindre le dernier carré de liberté ne fut pas une mince affaire. Un chapitre retrace d’ailleurs les filières suivies par ces intrépides. Beaucoup ont connu les prisons espagnoles.

Auteur et journaliste connu pour ses articles dans les publications de Caraktère, éditeur provençal spécialisé dans l’histoire militaire, Hughes Wenkin publie aux éditions Weyrich Les moutons noirs de Piron. Un document historique qui retrace l’épopée de ces quelques centaines de soldats belges qui n’ont jamais capitulé et qui ont porté nos couleurs nationales, de la Normandie jusqu’au cœur du régime nazi.
Un superbe hommage que ce beau livre qui se distingue par son iconographie, souvent inédite, et les textes pointus mais accessibles. On suit avec plaisir l’épopée de ces têtes brûlées qui ont choisi le combat plutôt que le déshonneur.

L’aventure de la brigade Piron débute après le 28 mai 1940 et l’appel de Léopold III à déposer les armes et à se rendre à l’ennemi. La reddition ? Pas pour ces soldats désireux de rejoindre l’Angleterre, toujours combative. Va débuter ensuite une longue et difficile période, entre interrogatoires serrés pour détecter les espions et entraînement avec les faibles moyens mis à leur disposition. De longs mois de galère et d’attente qui provoqueront certains troubles parmi les volontaires : « donnez-nous un champ de bataille nom de Dieu ! » En juin 1944, le First Belgian Group, qui rassemble ces soldats belges, commandés par Jean-Baptiste Piron, ne participe pas au Jour J. Pour la petite histoire, certains Belges, frustrés, vont essayer de se cacher parmi les G.I. pour débarquer avec eux.  Peine perdue, ils seront repris.

PIRONMOUTONSFidèles et fiers

Début août 1944, enfin, voici que s’annonce le moment de débarquer sur les côtes françaises. Pour chasser le boche. Les Belges vont nettoyer toute la Côte Fleurie, Honfleur, Deauville, Trouville, avant de charger vers la Belgique. Atteinte le 3 septembre à Rongy. « Le rêve collectif de la poignée de héros, en tête depuis 1940, se réalise enfin : revenir en Belgique, la terre natale. ». Leuze, Ath, Enghien sont atteintes. Avant l’entrée triomphale à Bruxelles du First Belgian Group, désormais immortalisé sous le nom de brigade Piron. Un chapitre historique très bien illustré de  clichés de foule en liesse, sorte de folie collective. Mais une joie ternie par le comportement de la racaille, ces « Résistants » de la dernière heure, et des officiers de naphtaline qui ont tenté de se mêler aux honneurs. Des soldats ? Des officiers de salon qui sont restés planqués quatre ans.
Après la Libération de la Belgique, ce seront deux campagnes de Hollande épuisantes qui suivront, avec une guerre de position, et un séjour au cœur du Reich, comme troupe d’occupation. Les Belges seront accueillis avec soulagement par les civils allemands, victimes de vols, de viols et de pillage commis par les anciens prisonniers, désormais libérés.

Les moutons de Piron n’étaient pas des poltrons, n’étaient pas des minets. Des lions. Des héros qui n’ont pourtant pas eu la reconnaissance méritée à la fin de la guerre. Comme le souligne l’auteur, « les soldats belges d’Angleterre ont eu le tort d’appartenir aux visionnaires qui ont eu foi en la victoire sur le nazisme dès 1940. » Les officiers de naphtaline et ceux qui sont revenus de leurs stalags n’ont jamais pardonné à ces « déserteurs », « ces mercenaires à la solde de l’Angleterre » d’avoir eu le courage de résister à l'ennemi. Aujourd’hui, l’association des vétérans de la brigade Piron reste bien vivante, même s’il ne reste que 14 témoins de cette période de fer et de feu. Le livre de Hughes Wenkin salue également la mémoire de Piron, « ce général belge victorieux. Il n’y en eut pas tellement pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Un très bel album, patriotique et émouvant, que l’auteur dédie aux militaires belges. Ceux de Piron, mais pas seulement. « Nous leur devons depuis 1830 la persistance même de notre nation. » Un témoignage de respect renforcé encore par l’actualité, avec ces militaires présents en rue pour défendre notre Belgique menacée par l’islamisme.

Les moutons noirs de Piron! La brigade Piron de la Normandie au cœur du Reich, par Hugues Wenkin, 248 pages, 34 euros
Couverture : éditions Weyrich

De Hughes Wenkin, également aux éditions Weyrich : Sortis de l’enfer. Les tanks ont 100 ans, Ében-Émael. L’autre vérité, Rommel. En pointe du Blitzkrieg de l’Ardenne à la Manche.

Posté le 11 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Portes ouvertes sur l’Iran

     Par Philippe Degouy

Avec la nouveauté dédiée à l’Iran, la Collection des Petits guides des usages et coutumes ouvre les portes d’un pays source de nombreuses idées reçues. Mais qu’en est-il réellement ?

Rédigé par le journaliste britannique Stuart Williams, spécialiste du Moyen-Orient, «cet ouvrage a pour objectif d’explorer les contradictions et la complexité de l’Iran. » Un pays qui s’ouvre lentement mais sûrement à l’étranger. Comme pour les précédents tomes, celui-ci a pour but de présenter le pays par les faits mais aussi avec tout ce qu’il faut savoir au quotidien pour éviter les impairs et se couler dans la société iranienne.
« Le premier contact avec l’Iran peut être un choc pour les sens. Les discours officiels contrastent avec l’esprit d’ouverture de la population et son remarquable sens de l’hospitalité » souligne Stuart Williams.

Après une présentation du pays, les chapitres se veulent plus pratiques et abordent toutes les situations qu’un visiteur peut rencontrer lors de son séjour. « Préparez-vous à devoir balayer tous les préjugés éventuels sur un peuple obscur et réactionnaire » aime préciser l'auteur. Sur la langue d’abord. Si le citoyen iranien apprécie que l’étranger puisse glisser quelques mots persans dans la conversation, le visiteur sera ravi d’apprendre que la population des grandes villes maîtrise bien l’anglais, voire le français. Une bonne nouvelle car les autochtones apprécient la conversation avec un étranger. Pour tout connaître de lui et de ses origines.

IRANUn guide qui souligne les particularités de cette société, moderne et à la fois conservatrice. Avec des caractéristiques étonnantes, comme le Ta’rof, soit « le refus poli d’une chose que la personne désire en réalité recevoir. » Ou quand le « non merci » veut dire « oui s’il vous plaît ». Chapitre après chapitre, l’auteur explique comment se comporter vis-à-vis des femmes (leur serrer la main ou pas ?), que faire en cas d’invitation à dîner chez des hôtes iraniens, les gestes à adopter pour faire plaisir, pour respecter les codes de politesse. Ou, au contraire, les gestes à éviter. Comme notre habitude de lever le pouce pour marquer notre accord. En Iran, explique le guide, lever le pouce signifie pour l’interlocuteur, « va te faire voir » (pour rester poli). Autant savoir. Si le guide n’est pas axé sur les lieux touristiques, il donne, par son ton enthousiaste, l’envie de visiter le pays et de rencontrer ses citoyens, présentés sous un jour plus qu’accueillant.

Un chapitre est dédié au monde des affaires, avec ce que doit savoir un businessman pour pénétrer le marché iranien. Comme ne pas oublier l’échange de cartes de visite, rituel important. Ou le costume à porter sans cravate, accessoire jugé trop symbolique de l’impérialisme occidental.
Touriste ou homme d’affaires, le guide espère que vous reviendrez de ce séjour iranien avec cette pensée : « Keshvar-e jadouyi-e (l’Iran est un pays magnifique) ».

Le petit guide des usages et coutumes. L’Iran. Par Stuart Williams. Éditions Hachette, 168 pages
Couverture : éditions Hachette

Un ouvrage qui existe aussi en version téléchargeable

Posté le 10 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ne vous laissez plus manipuler

Ancien chef du pool négociation au Raid, aujourd’hui consultant dans la gestion de crise, c’est peu dire que Christophe Caupenne a fréquenté de drôles d’individus. Du forcené au manipulateur le plus futé. Avec son Petit guide de contre-manipulation (éd. Mazarine) il livre un document et des conseils qui ne sont pas ceux d’un psychologue, théoriques. Mais ceux d’un homme de terrain, expert dans l’art de contrer les manipulateurs. « Pendant toutes mes années de policier, j’ai appris à aiguiser mon jugement, à décrypter le mensonge assumé, la tromperie diabolique ou la manipulation sournoise. Cet ouvrage n’a d’autre vertu que de vous éclairer sur quelques pratiques toxiques ou délétères, mais surtout sur les méthodes et principes pour les contrer. »
Une manipulation que l’on peut définir comme la capacité d'une personne à prendre l'ascendant sur une ou plusieurs autres dans le but de les contrôler.
Concrètement, le manipulateur, homme ou femme, va déceler vos faiblesses et faire levier pour vous déstabiliser. Aujourd’hui, le manipulateur n’est plus le politicien, totalement inaudible, mais un collègue, un voisin... N’importe qui dans votre entourage, familial, amical ou professionnel. Un individu qui va profiter d’un moment de faiblesse ou d’une personnalité trop confiante pour passer à l’action.

RAIDL’ouvrage, pratique et accessible, détaille et analyse les principaux types de manipulateurs : les machiavéliques, les narcissiques et les psychopathes (trop souvent confondus avec les serial killers). Pour chaque profil l’auteur associe des conseils de contre-manipulation, dans le but de rester maître de soi et de ses réactions. Mais si le guide dresse le casting des « personnes nuisibles », il cite également les victimes idéales : des candidats au changement de vie, des victimes de traumatisme d’enfance, de psychopathologies. De façon générale, les victimes sont des gens qui respectent les règles, là où les manipulateurs les bafouent.
Les profils dangereux connus, que faire pour éviter de se faire manipuler ? Là aussi, les conseils sont ceux d’un habitué de la négociation. Ils peuvent paraître simples, mais ils se révèlent efficaces. Savoir dire non, par exemple. Essayez, ce n’est pas si facile. Gardez en tête qu’un premier pas n’est jamais un engagement, évitez de céder aux exigences (d’un ami, d’un chef de bureau etc.) et de vous soumettre. ne jamais montrer ses faiblesses, au risque de voir quelqu'un s'y engouffrer.
De multiples encadrés résument régulièrement les conseils de l’ex-policier, dont la qualité première est l’empathie, omniprésente dans l'ouvrage.
Son sujet concerne tout le monde, chacun sera confronté un jour ou l’autre à un personnage néfaste. L’actualité est pleine d'exemples. Que l’on se souvienne seulement de Bernard Madoff par exemple. Un gars avec une bonne tête, intelligent et sympa. Et pourtant...

Enfin, si l’on peut comprendre aisément les dangers de la manipulation négative, force est de reconnaître que l’on pense rarement à se méfier de cette manipulation que l’auteur qualifie de positive. Celle qui flatte l'ego, le portefeuille. Méfiez-vous des services rendus, des cadeaux offerts. « Ce type de manipulateur veut enfermer sa victime, vous en l’occurrence, dans le principe de réciprocité. Un procédé de style mafieux qui vous obligera un jour ou l’autre à vous impliquer dans quelque chose qui pourrait ne pas vous plaire. »

Ce document, à l’écriture parfaitement accessible au plus grand nombre, peut se refermer sur ce dernier conseil de l’auteur : « ne changez rien à ce qui fait de vous un être social agréable et fiable. Il vous faut juste quitter le costume du pur naïf et à enfiler celui du prudent. Mais ne changez pas le fond de votre personnalité ! »

Petit guide de contre-manipulation, par Christophe Caupenne. Éditions Mazarine, 240 pages, 18 euros
Couverture : éditions Mazarine

Posté le 9 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le porte-avions US, quelque 90.000 tonnes de diplomatie

«Où sont les porte-avions?» À chaque crise internationale majeure, la question est posée par le président américain en fonction. La présence du porte-avions, fer de lance de la diplomatie, suffit bien souvent à calmer le jeu. Feu Kadhafi avait eu à l’apprendre à ses dépens dans les années 80 quand il avait lancé ses appareils à l’attaque de F-14 Tomcat américains. AU moment où un groupe aéronaval américain fait route vers la Corée, il n'est pas inutile de refaire le point sur cette arme avec la relecture du hors-série n°8 du magazine Raids Aviation (éd. Histoire et Collections). Il dresse un portrait complet de l’aéronavale américaine où cohabitent présent et futur du porte-avions. Une flotte de porte-avions qui n’a plus le lustre d’antan. La faute aux budgets sans cesse rabotés et à la montée en puissance des armes anti-navires supersoniques. Développées notamment par la Chine.
Un numéro rédigé par le journaliste Antoine Monteil qui présente les différentes facettes de l’usage des porte-avions américains.
« En guise de comparaison avec le jeu d’échecs, souligne l’auteur, le porte-avions avait jusqu’à la fin de la Guerre froide le statut de Reine, la pièce la plus puissante de l’échiquier. Aujourd’hui, le porte-avions ne serait plus qu’un Roi, dont la perte signifie le statut d’échec et mat.» Un navire qui est devenu une partie de l'équation plutôt que sa réponse.

AeronavaleSi la technologie militaire développée par ses adversaires réduit l’usage offensif du porte-avions, il doit également faire face aux choix audacieux effectués par les autorités militaires. Comme l’achat du F-35C, chasseur furtif, au coût astronomique, qui pompe les budgets de la Marine. Un F-35 à qui est consacré un chapitre entier. Un «rookie», loin d'avoir prouvé quelque chose, et qui suscite de nombreuses inquiétudes. «L’une des inconnues qui planent sur le programme F-35C est la bonne tenue du revêtement de l’avion face à la corrosion et à l’usure très rapides sur un pont d’envol. Sa furtivité est conditionnée par un état de surface impeccable

«America rules the waves»

Oui mais pour combien de temps encore? se demande l’auteur.
«Les vingt années à venir pour l’aviation embarquée américaine promettent d’être compliquées». Certains avions retirés du service actif n’ont jamais été remplacés et leur absence risque de s’avérer problématique. Comme l’A6-Intruder à long rayon d’action ou l’excellent EA-6 Prowler, appareil destiné à la guerre électronique. L’usage de drones embarqués pourra les remplacer en partie mais qu’en sera-t-il du rôle joué par le F-35? Incapable de se défendre en combat aérien. Ou de celui joué par le F-18 Super Hornet, un peu juste au niveau des performances?
Autant de questions qui restent sans réponses à ce jour. Ce qui est certain, c’est que le porte-avions nucléaire a terminé sa croissance. Il sera difficile de faire plus grand, plus puissant que les derniers PA lancés.

Comme pour les précédents, ce hors-série propose une iconographie de toute beauté. Riche et variée. De quoi retrouver, non sans nostalgie, des avions dont le succès a dépassé l’usage purement militaire. À l’instar du F-14 Tomcat, star de cinéma dans «Top Gun» ou «Nimitz, retour vers l’enfer». Tout comme l'A-6 Intruder, ce bombardier vedette du film «Le Vol de l'Intruder». Les photos, présentes par dizaines,  permettent également de retrouver les décorations colorées qui font défaut sur les chasseurs actuels où le gris domine. Un numéro réussi qui devrait captiver son public.

Philippe Degouy

«Raids Aviation. Hors-série n°8. L’aéronavale américaine embarquée». Éditions Histoire et Collections, 84 pages
Couverture : Histoire et Collections

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