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Posté le 12 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sous le masque, le diable à plusieurs

    Par Philippe Degouy

Thanatopracteur, Manon Virgo vit en permanence avec la mort. Celle de ses clients, qu’il faut rendre présentables aux familles. Une existence sans vie sociale. Quand son frère Ariel vient lui demander de l’héberger pour une nuit, elle sait d’emblée que les ennuis vont suivre. Drogué, petit délinquant, Ariel est un poids mort pour la famille. Mais c’est son frère, avec qui elle partage un lourd secret d’enfance. Après la mort mystérieuse d’un voisin, retrouvé suicidé, Manon et Ariel sont traqués par de mystérieux individus qui laissent des cadavres atrocement mutilés. Ariel est ciblé davantage. Les tueurs cherchent à récupérer un cube d’importance à leurs yeux.
Aidés par le capitaine Franck Raynal, Marion et Ariel découvrent qu’ils ont affaire à une secte sataniste quasiment intouchable, Akephalos. Sans pitié. Ses membres pratiquent des messes noires où sont assassinés des chiens et des humains offerts en offrande au dieu de l’enfer. Ariel et Manon ne pourront faire confiance à personne pour affronter le diable à multiples visages. Et échapper aux disciples d'Hadès...

Avec Du feu de l’enfer (éd. Presses de la Cité), son nouveau roman, Sire Cedric invite ses lecteurs à le suivre dans une intrigue sulfureuse située dans l'Hérault.
Comme Stephen King fidèle à son Maine adoré, Sire Cedric aime choisir un coin de sa belle France comme théâtre de ses romans. Choix judicieux qui permet de faire monter l’angoisse auprès de son public. Ses personnages sont souvent des individus sans histoires entraînés par le torrent d'une horreur déversée sur leur quotidien. Comme Manon, pourchassée par une bande de fous furieux qui se cachent sous des masques pour assouvir leur besoin de domination et de perversité animale. « Ils sont le diable. Le diable à plusieurs. Une entité invisible et fourbe qui ne respecte aucune règle. Ils vénèrent Hadès et Cerbère. La mortification de la chair et la vénération de la mort constituent leur credo, et la décapitation la conclusion quasi sexuelle de tout leur cérémonial. »
SIRE CEDRIC
Le crime est son métier, sa passion

C’est peu dire que Sire Cedric excelle dans la description des scènes de crimes. Son écriture, crue et imagée, a le goût métallique du sang, pour reprendre son expression. Dès la première page du livre, le lecteur est témoin d’une chasse dans laquelle le gibier, une jeune femme martyrisée, n’a aucune chance de s'en sortir. Nous voilà ferrés par une intrigue qui laissera bien peu de répit. Petit conseil, ne commencez pas la lecture en fin de journée, vous y passerez la nuit. Les rebondissements sont multiples, tout comme les fausses pistes. De quoi ravir les habitués, mais aussi les nouveaux venus, qui découvriront le côté taquin d'un auteur qui aime jouer avec son public.

Un excellent thriller, pour le moins efficace dans sa construction, que l’on peut accompagner d’une bande son composée par les morceaux parsemés dans le roman par l’auteur. Dont ceux-ci, Of Hell’s Fire, de Marduk, Carrion Flowers de Chelsea Wolfe. Nous ajouterons aussi le classique Hells Bells d'ACDC ou les Texans du groupe Ghoultown.
Pour les lecteurs qui ont connu l’époque du carré blanc à la télévision, précisons que ce roman n’est pas conseillé aux personnes sensibles. Certaines scènes sont plutôt éprouvantes si vous n’avez pas de tripes.
Les amateurs de films d’horreur et de thrillers bien poisseux (par le sang versé) seront quant à eux à la fête avec cet hommage au personnage de slasher (un tueur qui élimine les personnages un par un, ndla), cher au cinéma américain. Du feu de l’enfer atteint son but, magistralement même : déstabiliser l’auteur dès les premières pages. Pour ne plus le lâcher jusqu’au dernier mot.

Le livre refermé laisse la même impression que celle ressentie à la sortie de ce train fantôme présent dans chaque foire qui se respecte : le plaisir d’avoir tremblé. Avant de retrouver la sécurité du monde réel. La sécurité? Vraiment? Ne voyez-vous pas la menace qui vous entoure? «Ils» sont là. Partout. «Il existe sous la surface de notre société des cercles puissants, des hommes et des femmes qui ont ouvert les portes de l’enfer.» Vous tremblez?

Du feu de l’enfer. Thriller de Sire Cedric. Collection Sang d’encre. Éditions Presses de la Cité, 558 pages, 21,50 euros

Retrouvez l'univers de Sire Cedric sur son site : www.sire-cedric.com
Couverture : éditions Presse de la Cité

Posté le 12 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Do you do Saint-Tropez?

Son port pour milliardaires, ses nuits folles, ses plages de sable fin, ses gendarmes... Saint-Tropez inspire l'imagination. Mais que trouve-t-on derrière ces images d’Epinal pour touristes?
Tropézien pur jus, l’écrivain et éditeur Michel Goujon publie chez Michel Lafon le portrait de L'autre Saint-Tropez, son bréviaire sentimental. Pour (re)découvrir l’authentique et historique cité.  Celle qui s'ouvre davantage après le raz-de-marée touristique estival.
«Saint-Tropez a accédé à une notoriété internationale, souvent tapageuse. Du fait de son décor d'opérette. Mais l’autre Saint-Tropez existe encore. Il existera toujours pour ceux qui se lèvent avant l’aube, explique l’auteur, amoureux fou de son lieu de naissance, à qui il a fait quelques infidélités parisiennes, avant de le retrouver. Les yeux dans le bleu du Midi. Avec l’odeur de la lavande, le chant des vagues sur la petite plage de son enfance.
ReduitSAINTOKAu gré de la lecture défilent lieux mythiques, personnages pittoresques ou musées d’exception. Le Byblos, l’Annonciade, le vieux port, la place Blanqui et l’ancienne gendarmerie transformée en musée du cinéma, la brasserie Sénéquier où chacun aime voir et être vu. Un ouvrage qui rend hommage aux disparus, comme la boutique Vachon, Le Gorille, et à celles qui ont participé à la notoriété des lieux, Françoise Sagan, Colette et Brigitte Bardot.
De A comme aïoli à Z comme porte de Zanzibar, il ne manque rien dans les pages de ce livre émouvant, tendre et coloré comme un livre de Pagnol. Ah si, il manque quelque chose : pas de n comme dans nudistes. Cauchemar vivant de l’adjudant Gerber qui perdait la fesse, la face dans sa lutte pour les coffrer dans la saga du Gendarme de Saint-Tropez.

SAINTROPEZBREVIAIRECe bréviaire, savoureux comme une bonne portion de tarte tropézienne, offre un menu séduisant, composé de quelque 180 entrées. Dans lesquelles chacun peut picorer selon son appétit.

REDUITOKIUne visite guidée dans les coulisses d’un décor de cinéma qui distille les bons conseils pour profiter au mieux des richesses de l’endroit. On suit avec plaisir Michel Goujon, fin connaisseur de son alma mater. «Le soir à Saint-Tropez, si la saison s’y prête, il faut passer au bar très british de l’hôtel Sube (autrefois fréquenté par Guy de Maupassant). De ce point de vue idéal, on a tout le loisir d’observer les bateaux et d’admirer les façades des vieilles maisons du port. (…) Les soirs d’été, on ‘farniente’ plage des Salins, jusqu’à pas d’heure, jusqu’à la nuit
REDUITok4L’auteur, pas avare en bon conseils, invite également à la redécouverte de vieux quartiers, comme celui de la Ponche, pour y retrouver les sons de Saint-Germain-des-Prés, avec les fantômes de Mouloudji ou de Boris Vian.
Si le cœur de la ville mérite le détour, il ne faut pas avoir peur de s’aventurer hors-les-murs, pour découvrir des lieux à couper le souffle : Gassin, Grimaud ou Ramatuelle, charmant village où repose le comédien Gérard Philipe. «L’éternel estivant qui passe sa mort en vacances», pour reprendre les propos de Georges Brassens, qui préférait quant à lui Sète. Soit.

Le bréviaire sentimental (et nostalgique) se referme sur un air d’opéra : Casta Diva, le préféré de «la» légende de Saint-Tropez, Brigitte Bardot. La meilleure ambassadrice des lieux, omniprésente dans les vitrines de la cité historique. 
Oui, Françoise Sagan avait bien raison quand elle déclarait que «Saint-Tropez est beau, étonnamment beau. Il a une beauté indestructible.» Quant à citer Françoise Sagan, pourquoi ne pas l'imiter et rouler toute la nuit pour prendre le petit-déjeuner sur le vieux port. Chiche?

Philippe Degouy

L’autre Saint-Tropez. Bréviaire sentimental. Par Michel Goujon. Éditions Michel Lafon.
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Posté le 10 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Pandora, «c’est la fête, arrêtez donc de tirer la gueule»

Troisième numéro, déjà, pour le mook Pandora (éd.Casterman). Depuis son premier numéro, dont la couverture annonçait déjà le ton décalé du choix rédactionnel, un singe embrassant à pleine gueule un robot, Pandora n’a cessé de suivre sa ligne de conduite, déranger nos habitudes de lectures trop sages. Un but atteint, au vu du succès populaire. Pour la petite parenthèse pratique, il faut rappeler que Pandora publie des récits complets.
Ce troisième numéro est renversant, au propre comme au figuré, avec deux couvertures et deux sens de lecture. Certaines nouvelles graphiques vont nécessiter réflexion et imagination pour déchiffrer le message de l’auteur. D’autres récits conserveront leur part d’ombre, laissant le lecteur dubitatif. Tant mieux, un peu de mystère n'est pas pour nous déplaire. Qui sait, d'autres lecteurs après nous trouveront la clé de lecture.
Pour la petite histoire, la présence de Corto Maltese en couverture rappelle que le titre du mook, Pandora, est un clin d’œil au personnage féminin, Pandora Groovesnore, créé par Hugo Pratt dans l’album La ballade de la mer salée.

D’accord, certains récits vont choquer le lecteur, cet animal lecteur qui sera malmené par les choix éditoriaux. C’est bien là le but avoué de Pandora. «Bousculer les routines de lecture, participer au décloisonnement des formes et des genres, permettre aux auteurs de retrouver leur inspiration : telle est notre ambition» explique Benoît Mouchard, rédacteur en chef.

PANDORA3Étonnant ce Résumé, un récit de Gilles Dal et Johan De Moor, sans personnages ni action. La peinture d’un même paysage qui évolue au fil des siècles, en égratignant au passage notre civilisation. Celle qui défigure la nature avec nos centres commerciaux, nos autoroutes etc. C’est très beau. Et fort à la fois. Avec Walking maiden, Lost Prince and Wandering King, Baptiste Gaubert nous offre une relecture façon Moebius du Petit Prince. En version muette.
D’autres auteurs, à qui carte blanche a été donnée pour publication dans Pandora, vont loin. Très loin. Quitte à franchir certaines limites. Comme Hugues Micol et son récit, Le retour. Celui d’un Polonais juif qui revient dans sa maison après la guerre. Il la trouve occupée par une famille qui a pris possession de son bien. L’auteur joue sur l’image d’Epinal du Juif riche comme Cresus pour bâtir une intrigue étonnante. Grinçante. Quant à Florence Dupré la Tour, son récit aborde le thème douloureux du viol et de l’inceste. Ses personnages ont des cubes impersonnels à la place de visages. Comme pour renforcer la perte de l’image du moi par la victime. Comme le précise Pandora, « Florence Dupré la Tour ne cherche pas à raconter de mignonnes petites histoires. »

L’ensemble du mook est issu du même tonneau. Le lecteur passe du rêve à l’interrogation, en passant par le doute ou la répulsion. C’est voulu et souhaité par la rédaction. «La bande dessinée est une forme qui doit être en mesure de bousculer ses conventions pour se renouveler et continuer de séduire une audience élargie, au-delà du cercle des amateurs et des lecteurs avertis» expliquait Benoît Mouchart dans l’introduction du premier tome.

Bienvenue en terre inconnue avec Pandora, le mook qui foule aux pieds nos tranquilles habitudes de lecture.

Philippe Degouy

Pandora. Revue de bande dessinée et fiction n°3. Éditions Casterman, 264 pages, 18 euros
Couverture : éditions Casterman

Note : Une rencontre sera organisée à la Fête de la BD de Bruxelles le 1er septembre de 12h30 à 13h15 au Studio Bozar. Avec comme invités Benoît Mouchart, Max de Radiguès et Hugo Piette.

Posté le 10 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Georges Clemenceau, les colères du Tigre

Quand son père est arrêté, suspecté d’avoir participé à l’attentat contre Napoléon III, le jeune Georges Clemenceau se promet de ne jamais oublier ses paroles : «toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses.» Révolté, Clemenceau le sera tout au long de sa vie. «La rébellion c’est l’action» disait-il.

Publiée chez Glénat, en partenariat avec Fayard, Clemenceau se présente comme une BD parfaitement documentée. Le scénario de Renaud Dély retrace davantage la face politique de Clemenceau. Ce fervent défenseur d’une République ferme, d’une République radicale. «Ma mission, disait-il, c’est de défendre la patrie à l’extérieur et de faire respecter l’ordre républicain à l’intérieur
Clemenceau, un amoureux de la liberté, dreyfussard (le titre du manifeste de Zola, J’accuse, est de lui), anticolonialiste, défenseur de la France, opposé à la peine de mort, anticlérical, briseur de grèves. «C’était un combattant, de la parole et de la plume, pour la liberté, la justice, la laïcité, anticolonialiste et patriote. Farouche démocrate, écoeuré par la médiocrité des politiques» explique l’historien Jean Garrigues. Le dessin de Stéphano Carloni, sombre et réaliste, permet au lecteur de s’immiscer au cœur des débats politiques, de suivre le parcours d’un «soldat de la démocratie». CLEMENCEAUUn tigre, prêt à sortir les griffes pour livrer ses combats. Et quand il a fallu faire la guerre en 14-18, il l’a faite. En galvanisant les troupes, il a gagné son surnom de Père la victoire.
Les nombreuses joutes oratoires présentes dans l’album, qui peuvent faire fuir le jeune lectorat, ne peuvent que rappeler celles présentes dans le film d’Henri Verneuil, Le Président, avec Jean Gabin. Un pur chef-d’œuvre, qu’il faut revoir pour se rendre compte de la médiocrité politique actuelle. Fermons la parenthèse.

Pour les auteurs, il était bien difficile de caser en un album une personnalité aussi riche que celle de Clemenceau. Mission réussie, même si le portrait présenté occulte sa vie d’homme (dont son amitié avec Monet) ou son influence dans la création de la police scientifique et des brigades régionales mobiles, mieux connues sous le surnom de brigades du Tigre. Le dossier historique de Jean Garrigues, présent en fin d’album, permet de combler les vides et d’en apprendre davantage sur le Tigre et son importance dans la vie politique française. Dans ce bonus, on découvre également le making of de la BD, ainsi qu'une riche bibliographie pour en savoir plus sur Clemenceau, modèle politique du général Charles de Gaulle.
Un politique fort en gueule qui a marqué l’histoire de France et qui, depuis le 24 novembre 1929, repose à jamais dans le petit cimetière de Mouchamps, au cœur de sa Vendée adorée.

Une BD qui fait honneur à la collection publiée par Glénat et Fayard, Ils ont fait l’Histoire. Des portraits biographiques en BD, qui permettent de comprendre comment et pourquoi les grands personnages ont façonné le monde. Parmi les titres déjà parus figurent Robespierre, Luther, Napoléon, Kennedy... Ou Clemenceau, ce meneur d'hommes qui a cumulé les surnoms élogieux : le tombeur de ministères, le Tigre, le Premier flic de France ou le Père la victoire.

Philippe Degouy

Clemenceau. Scénario de Renaud Dély, dessin de Stéphano Carloni. Collection : ils ont fait l’histoire. Éditions Glénat/Fayard, 48 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 9 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

70 ans d’un phénomène OVNI toujours inexpliqué

      Par Philippe Degouy

Si les témoignages d'observations se font plus rares depuis quelques années, le phénomène OVNI n'est pourtant pas mort et enterré. Il fête cet été son 70e anniversaire. C'est en juin 1947 que débute effectivement le phénomène ufologique. Avec l’utilisation, pour la première fois, de l’expression soucoupe volante. Un pilote américain, Kenneth Arnold, aperçoit dans le ciel un groupe de neuf objets qui ressemblent à des soucoupes. Un mois plus tard, Roswell, Nouveau-Mexique, devient le centre de toutes les attentions avec un crash attribué à un engin spatial. Des témoins parlent de corps d’aliens aperçus dans les décombres. Pour les militaires, il ne s'agit que des restes d'un ballon-sonde. L'affaire va rapidement engendrer passion et débats houleux entre sceptiques et partisans d’une vie extraterrestre. Aujourd'hui encore, ce dossier suscite toujours l'intérêt des curieux, nombreux à venir en pèlerinage à Roswell, devenue capitale mondiale de l'ufologie (étude des ovni). Le mythe a la vie dure.

Avec Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture (éd. Tana), Fabrice Canepa, scénariste mais aussi écrivain, retrace la genèse du phénomène OVNI, des années d’après-guerre à nos jours.
Un sujet qui a dépassé depuis longtemps les frontières de la science pour imprégner notre imaginaire. « Ce livre n’est pas un traité d’ufologie. Ce que j’ai voulu, c’est décrire l’évolution d’un mythe, celui de l’alien. (…) Rien ne nous renvoie plus intensément à cet Ailleurs que la figure de l’extraterrestre » précise l’auteur dans son avant-propos.
Précisons que ce beau livre ne cherche ni à convaincre, ni à fermer la porte à une énigme qui n’a pas fini de faire couler l’encre.
En ce 70e anniversaire, nul doute que les ouvrages vont abonder en librairie. Du plus sérieux au plus fantaisiste. Celui-ci mérite une découverte et une lecture attentive. De par son large champ d’étude, son sérieux et la masse de documents rassemblée. On y retrouve notamment de nombreux clichés relatifs à des dossiers connus, ou pas, mais tous surprenants.

AliensPrécis, mais accessible à tous, l'album se révèle passionnant. Par sa mise en page et l'écriture alerte de l'auteur. Chapitre après chapitre, on y découvre notamment les coulisses de la vague belge de 1989-90, la visite de ces mystérieux hommes en noir, les rumeurs sur les activités de la fameuse Area 5I, où seraient testés des engins venus d'ailleurs.

Fabrice Canepa rappelle aussi les cas d'enlèvements d'humains, les théories complotistes qui entourent l’ufologie, les personnages originaux qui gravitent au cœur de ce mythe. Comme George Adamski et Raël, deux « témoins » qui auraient rencontré nos visiteurs venus d’ailleurs.
De nombreuses bulles d'air aèrent le récit avec les séries de science-fiction et les films axés sur la thématique. On retrouve ainsi Les envahisseurs, V, Taken, ID 4, E.T., Rencontres du troisième type, X-Files… La BD n'est pas en reste avec Vol 714 pour Sydney, un épisode des aventures de Tintin dans lequel Hergé a abordé le thème des extraterrestres. Le jeu vidéo n'est pas en reste avec Space Invaders, jeu du début des années 80 et devenu culte pour les fans de retrogaming.

L’album refermé, il reste au lecteur à lever les yeux vers le ciel. Pour tenter d’imaginer d’où viendraient nos visiteurs. Parmi les mérites de ce beau livre, il est à souligner celui qui nous pousse à nous interroger sur notre place dans l’univers. Méritons-nous vraiment une attention particulière ? Qui peut répondre ? Comme le dit l'agent Fox Mulder, « la vérité est ailleurs ».

Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture, par Fabrice Canepa. Tana éditions, 192 pages, 30 euros environ
Couverture : éditions Tana

Posté le 9 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sommes-nous réellement des hommes docteur Moreau?

À moitié mort de soif, aux portes de la folie, le jeune Edward Prendick, seul rescapé d'un naufrage, est recueilli par un mystérieux navire rempli de cages pleines d'animaux. À bord, le docteur Montgomery remet Prendick sur pied avant de l’emmener avec lui sur l’île dirigée par le mystérieux docteur Moreau. Un endroit étrange, loin des routes maritimes. Mis à l’écart, le jeune Prendick découvre bien vite que le docteur Moreau se livre à des expériences médicales interdites. Abominables. Il pratique de sordides expériences d'hybridation. Les résultats de ses expériences, de mystérieuses créatures, mi-hommes, mi-animaux, survivent dans la jungle de l’île. Soumises au docteur Moreau, sorte de gourou qui domine ses sujets et veut en faire des hommes dépourvus d'animalité.
«Ne pas marcher à quatre pattes. C’est la Loi. Ne pas chasser les autres hommes. C’est la Loi. Ne pas laper pour boire. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des hommes?» Mais ces êtres difformes ont gardé en eux des pulsions sauvages qui ne tardent pas à prendre le dessus sur leur part d’humanité. Horrifié, Prendick se retrouve mêlé à un déferlement de sauvagerie qui ne le laissera pas intact. Sommes-nous réellement des hommes? Une question martelée par les «hommes-bêtes» de Moreau qui continue à le hanter, de retour en Angleterre.

MOREAUAvec L’île du docteur Moreau, terrible huis-clos, se termine le cycle consacré par les éditions Glénat au romancier britannique Herbert George Wells. Un auteur dont les messages délivrés en filigrane dans son œuvre n’ont rien perdu de leur puissance en ce début du XXIe siècle. Une collection qui a dépoussiéré, modernisé les romans à destination de la génération 2.0.
Ce dernier tome, scénarisé par Dobbs (alias Olivier Dobremel) et mis en dessin par Fabrizio Fiorentino, se révèle dans la lignée des tomes précédents : fidèle au roman avec la priorité donnée à l’action. Les nombreux textes narratifs de Wells ont été (fortement) nettoyés, pour alléger l’intrigue. Trop, pour certains fidèles de l'oeuvre de Wells. Néanmoins, le résultat se lit avec plaisir et incite les plus curieux à redécouvrir le maître. Pour redécouvrir l'ambiance de ses romans, parfois absente de ce dernier opus. Notamment avec le dessin des «monstres», trop lisse pour effrayer le moindre lecteur. On sent la volonté, compréhensible, des auteurs de toucher un large public. Coup de cœur pour la planche finale qui laisse le lecteur désemparé face à la crise de folie de Prendick. Est-il encore un homme ou est-il devenu comme «eux»?
Côté scénario, Dobbs pousse son lecteur à réfléchir aux limites que la médecine ne peut dépasser. Il reprend les thèmes du roman, relatifs à l’identité et aux débats liés à l’expérimentation animale et le souci de certains humains de changer d’apparence. L’actualité et le succès de certaines pratiques de chirurgie esthétique démontrent que ce bon vieux docteur Moreau n’est pas mort sur son île comme l'indique le roman. Il est là, parmi nous.

Philippe Degouy

L’île du docteur Moreau. Scénario de Dobbs, dessin de Fabrizio Fiorentino. Collection HG Wells. Éditions Glénat, 56 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 8 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ces collabos qui ont trahi la France

La collaboration. Un sujet sulfureux, qui a déjà été traité dans de nombreux ouvrages. Certainement, mais pas de la façon choisie par Jean-Paul Lefebvre-Filleau, ancien officier de gendarmerie surnommé le détective de l’histoire. Son angle d’attaque se veut original. Avec Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich (éd. du Rocher), il retrace l’histoire de la collaboration par celle d’individualités. L’auteur a enquêté et sélectionné quelque 80 collabos représentatifs du phénomène. Il les présente dans de courtes biographies classées par classes. Les politiques, les intellectuels, les militaires ou les repris de justice, tous mis au service des Allemands pour différentes raisons. Comme le précise l’historien et avocat Gilles Perrault, auteur de la préface, la façon de travailler de l’auteur est semblable à celle qui consiste à «passer de la mosaïque à la fresque

Ces quatre ans d’occupation ont profondément marqué la société française. Certes, l’occupation des années 40 ne fut pas la première dans l’histoire du pays, mais bien celle qui a donné lieu au spectacle le plus méprisable. Par son ampleur et le collaborationnisme exercé à tous les échelons de la société.
Un drame qui prend racine le 24 octobre 1940 avec la poignée de mains scandaleuse entre le maréchal Philippe Pétain, chef de l’Etat et le chancelier Adolf Hitler. Les propos du maréchal ont marqué les esprits : «une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe. Cette collaboration doit être sincère.» Dès la fin du discours, historique, une certaine partie de la population se met au service de l’occupant allemand. De l’officier supérieur au voyou de bas étage, en passant par le journaliste, l’homme d’affaires ou le politique.
Au long de ses chapitres, l’ouvrage répond à cette question qui se pose d’emblée au lecteur : comment des hommes au passé militaire ou intellectuel de premier plan ont-ils pu devenir des collabos mis au service des Allemands ? «Sans doute la poignée de mains de Montoire a influencé plus d’un Français. Pour beaucoup d’autres, Pétain a bien joué face à Hitler, pour préserver une partie de la France libre.

COLLABORATIONLes portraits sélectionnés par l’auteur sont édifiants, étonnants par la diversité des profils de collabos. Comment ne pas ressentir de dégoût à la lecture de la biographie des chefs de la Milice, dont Raoul Dagostini. Un bourreau connu pour sa cruauté, dénoncée, c’est dire, par les Allemands. Il sera fusillé, avec sa maîtresse, par un groupe de Résistants en septembre 44.
Moins sadique mais aussi dangereux et coupable de trahison, l’amiral Jean de Laborde rejoint dans l'ouvrage d’autres compagnons d’infamie. Comme Céline, René Bousquet, Joseph Darnand, Pierre-Antoine Cousteau (frère de Jacques-Yves, le commandant Cousteau, entré en Résistance) ou le ferrailleur Joseph Joanovici (sujet d’un téléfilm et d’une BD), coupable d'enrichissement du fait de ses liens avec l'ennemi.
Dès l’été 1944, beaucoup de collabos ont tenté de fuir ou sont devenus des résistants de la 25e heure. Avant de se faire arrêter.

Tout ce beau monde s’est retrouvé sur le banc des accusés puis dans les geôles de la République, tous milieux confondus. Une vie entre quatre murs qui fut loin d’être agréable : «parfois, des gardiens passaient à tabac certains détenus la nuit. Chaque cellule mesurait environ 8 à 10 m2, où s’entassaient cinq personnes, qui n’avaient en commun que leur misère et la faim.» Une vie en prison, dure mais souvent préférable au sort des collabos restés en liberté, qui subirent souvent une justice expéditive. «Les chiffres officiels parlent de 9673 collabos exécutés, mais d’aucuns estiment le nombre réel entre 30.000 et 40.000 victimes.»
Comme le rappelle l’auteur, si le grand public a estimé les sanctions trop légères, la vérité historique se doit d’être rappelée : «les cours de Justice furent saisies de 140.000 dossiers et jugèrent 57.000 cas dont 6753 condamnations à mort (pour 779 exécutés) et 2777 peines de travaux forcés à perpétuité
Un ouvrage qui aurait pu porter le titre d’un autre ouvrage de l’auteur : Pas de pitié pour les bouffons. Ce témoignage historique  se lit avec grand intérêt. Pour mieux comprendre cette passion qui anime la société française depuis plus de 70 ans.
«Le temps passe. Le plus souvent, il assoupit les passions et conduit à des jugements plus consensuels. Rien de tel avec la collaboration. Mieux elle est connue et plus elle soulève le cœur» explique Gilles Perrault.

Philippe Degouy

Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich. Par Jean-Paul Lefebvre-Filleau. Préface de Gilles Perrault. Éditions du Rocher, 541 pages, 2 euros
Couverture

Posté le 8 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Garden Lab, explorons le jardin de demain

Dans la famille des mooks (cette publication hybride entre magazine et livre, ndlr) il manquait une thématique à succès : le jardinage. Un vide aujourd’hui comblé avec Garden Lab, édité par la Fabrique de jardin. Un mook, publié quatre fois par an, qui n’est pas un guide de jardinage, précisons-le d’emblée. Il ne vous aidera pas à planter vos tomates et ne vous donnera pas davantage la date des pleines lunes. Comme l’indique son titre, il s’agit d’un laboratoire d’idées, une sorte d’auberge d’espagnole pour férus de jardinage avec, comme idée principale le développement de votre jardin. Explorer le jardin de demain, pour reprendre le slogan général de la publication.

GardenLabUn mook qui multiplie les conseils aux amateurs de jardins organisés. Avec des conseils, des entretiens avec des spécialistes ou des visites de jardins destinées à servir d’exemples. Au sommaire de ce numéro deux, consacré aux structures et formes, une présentation des graminées, «naturellement modernes» au jardin. Mais aussi une conversation avec Jean Mus, créateur de jardins méditerranéens, un «marchand de bonheur». Dans la rubrique «Journal d’un jardinier», le lecteur apprend à optimiser l’espace quand il manque cruellement. Avec une présentation de jolis espaces bruxellois à titre d’exemples.
Illustré de nombreux clichés, le mook se déguste comme un beau livre plus que comme un magazine. Si le jardin est mis en valeur, la rédaction n’oublie pas ce qui le compose : les plantes mais aussi la faune. Une rubrique explique notamment comment nourrir les abeilles, élément capital pour la biodiversité. Le saviez-vous ? «Une colonie de 50.000 abeilles butine en moyenne plus de 4 milliards de fleurs par an

Si le jardin nécessite un peu (beaucoup) d’huile de bras, il constitue aussi, et surtout, une source de bien-être. Comme le suggère cet article consacré au hygge au jardin. «Une philosophie de vie pratiquée au Danemark qui vise à apprécier les moindres choses du quotidien afin de se chouchouter. Et le jardin, plus que n'importe quel endroit de la maison, est un lieu propice à la pratique de cet art de vivre hédoniste
Un Garden Lab, qui se lit jusqu’à l’ours, et qui donne envie de poursuivre l’aventure avec le tome 3.
Il se referme sur une vérité puisée au fil de ses pages : «le dernier mot, c’est le bon sens de la nature qui l’aura
Un mook estival qui s’accompagne d’une boîte à outils avec le site www.gardenfab.fr et d’une multitude de boutures sur les réseaux sociaux.

Philippe Degouy

Garden Lab n°2. Structures et formes. Éditions Fabrique de jardin, 178 pages, 19,90 euros
Couverture : éditions Fabrique de jardin

Posté le 7 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La victoire en pleurant, l’horreur de la campagne d’Italie

Par Philippe Degouy

Non, la Libération ne fut pas une marche triomphale. Et certainement pas en Italie, où elle a laissé de terribles cicatrices, pas encore refermées aujourd’hui. Il reste, au sein de nombreuses familles italiennes, ces souvenirs de libérateurs du Corps expéditionnaire français devenus de véritables bêtes fauves. Ces troupes coloniales françaises, marocaines notamment, qui ont déferlé au printemps 1944 sur de nombreux villages comme une immense vague de violence : Esperia, Lenola, Campodimele, Vallecorsa, Pico, Pontecorvo, Castro dei Volsci… Vols, viols de masse, saccages… rien ne fut épargné aux victimes de cette folie. Des faits baptisés sur un néologisme : marocchinate.
« Depuis que j’ai entendu parler des marocchinate, je me demande comment j’ai pu ignorer si longtemps ces événements » explique Eliane Patriarca dans son document Amère libération (éd. Arthaud). Pour l’auteure, la découverte, presque par hasard, de ce sujet historique, bien peu présent dans les livres d'histoire, a provoqué un électrochoc. Et l’envie de se rendre sur place. Comme une sorte de quête initiatique sur la terre de ses ancêtres.

AmereliberationDe Naples à Rome, avec un acharnement sur la région de la Ciociara, les troupes coloniales françaises, dont beaucoup de Marocains, ont laissé un sillon sanglant. Des troupes de montagne efficaces, de la chair à canon sacrifiable pour déloger les Allemands.
Ces razzias commises sur les petits villages italiens étaient pour ces goumiers une façon d’asservir le vaincu, de se rembourser les pertes subies. « Le pillage du vaincu est une pratique coutumière des tribus marocaines du Rif et de l’Atlas, le viol des femmes fait partie intégrante du butin de guerre » précise l’historienne Julie le Gac, interrogée dans le livre.
Chapitre après chapitre, les récits se succèdent, identiques d’un village à l’autre. Brutaux, à donner l’envie de vomir. « Comme une nuée de criquets, ils firent irruption dans les maisons, vandalisèrent, saccagèrent et commirent des violences sur les femmes, les hommes, les jeunes. Jusqu’au prêtre. » Quelque 12.000 hommes transformés en fauves sans pitié. À Esperia, « sur 2500 habitants, 700 femmes ont été violées. » Les témoins se souviennent encore de « leurs rires, des robes longues si étranges, de leur puanteur aussi, des anneaux portés au nez et à l’oreille. »

Un drame sans coupables

Comme un retour aux sources, l’auteure revient sur la terre de ses parents, de sa famille italienne. Soulagée de les savoir épargnés par ces souvenirs de guerre,  mais choquée par les témoignages récoltés de village en village. « Les habitants de Lenola disaient qu’ils avaient souffert davantage en trois jours avec les libérateurs qu’en neuf mois d’occupation allemande. » De fait, le bilan fait état d’une fourchette basse de quelque 3000 à 5000 viols commis durant la campagne d’Italie.  Des actes vus et relatés par les Américains. Horrifiés par ces crimes, beaucoup d’entre eux ont exprimé l’envie de tirer sur les goumiers plutôt que sur les Allemands.

Les marocchinate, un sujet toujours tabou, qui est resté occulté en France. Comme un fait à oublier, sans intérêt. Parfois, dit l'auteure,« il suffit d’une frontière pour arrêter l’Histoire. Jamais la France n’a reconnu officiellement les exactions du CEF, jamais personne n’a assumé la responsabilité de ces violences de masse commises au sein de l’armée française.» Une théorie avance la vengeance orchestrée par la France pour faire payer l’Italie après la déclaration de guerre de Mussolini à la France en juin 1940. Une théorie qui peut expliquer cette barbarie, mais pas l’excuser. Des écrits parlent d'une carte blanche donnée par le maréchal Juin à ses troupes. Mais aucune preuve n'a été apportée.

Plus que la haine des soldats français, c’est la sidération qui ressort de tous les témoignages rassemblés par Eliane Patriarca. « Ce qui advint à l’époque, on ne l’avait jamais vu, ce qu’ils firent aux femmes… comme des bêtes. » Ces viols de masse ont touché plus de la moitié de l’Italie, de la Sicile jusqu’à la Toscane. Commis lors de la lente remontée des troupes alliées.

Le livre refermé, il reste ce silence qui entoure le drame. Le lecteur reste choqué, surpris par ces témoignages d’un passé rarement évoqué. Comme le souligne l’auteure, il s’agit pourtant d’un crime contre l’humanité. Une action en justice contre la France pourrait d'ailleurs être lancée. Tous les éléments sont disponibles dans les archives.
« À jamais, les victimes des marocchinate restent liées à mon histoire, à la terre entre mer et montagnes dont je viens. »
Oui, on peut parler d’une Amère libération de l’Italie, pour reprendre le titre de ce document qui soulève un coin du tapis de l’histoire. Celui sous lequel sont (encore) cachés de nombreuses horreurs.
Un dossier terrible. Au point que certains témoins ont déclaré avoir presque regretté les Allemands, généralement plus « corrects » que les libérateurs. Un souvenir douloureux mais nécessaire, de l’avis des témoins : « il faut raconter pour que les jeunes sachent ce qu’est la guerre. »

Amère libération, par Eliane Patriarca. Éditions Arthaud, 224 pages, 19,9 euros
Couverture : éditions Arthaud

Posté le 6 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Romy Schneider, l’écorchée vive aux 60 rôles

Par Philippe Degouy

Disparue le 29 mai 1982, Romy Schneider n’a jamais quitté la première place qu'elle occupe dans le coeur des cinéphiles.  Romancier et biographe de femmes d’exception (Dalida, Maria Callas ou Edith Piaf), David Lelait-Helo retrace aux éditions Télémaque son destin. Un portrait dressé sous le regard croisé de l’actrice et de la femme. Deux faces d’une personnalité complexe, à la voix qui n’a jamais perdu ce léger accent germanique.
Romy? C’est d’abord, pour le grand public, le visage au cinéma de Sissi. Un rôle populaire, une atteinte à sa fierté, qu’elle a toujours détesté, et qui lui collait à la peau malgré une filmographie d’exception. Comment oublier ces films devenus des classiques du cinéma français : La Piscine, La Banquière, Max et les ferrailleurs, Une Femme à sa fenêtre, Le Vieux fusil, L’Important c’est d’aimer, Garde à vue, Une Histoire simple
Autant de films, parmi d'autres, dans lesquels elle révèle son talent et quelques pans de sa personnalité, de ses faiblesses. «La période de solitude entre deux tournages me pèse de plus en plus. Chaque film m’insuffle une dose de vie intense dont j’ai besoin pour me sentir à l’aise» déclarait-elle. Un métier d'actrice vécu à 100% pour oublier les blessures de l'existence. Avec en point d'orgue la mort accidentelle de David, son fils adoré. Sans parler d'un passé familial tourmenté et d'une santé fragile.

RomyEntre les chapitres dédiés à la personnalité de Romy et les présentations de tournages, l’auteur donne la parole aux professionnels, ceux qui ont donné à Romy de très beaux rôles. Pour Robert Enrico, réalisateur du Vieux fusil, ce classique avec Philippe Noiret et Romy (qu'il faut revoir, encore et encore), «c’était quelqu’un que vous n’auriez pas remarqué au quotidien. Mais quand Romy sortait de la loge du maquillage, c’était une reine. Tout d’un coup, elle était le personnage. Sublime.» Les anecdotes de tournage de ce film de guerre sont révélateurs du jeu d'une écorchée vive. 
Claude Sautet a souvent dit de Romy Schneider qu’elle «lui évoquait Mozart». Pour Bertrand Tavernier, «elle s’apparentait davantage à Malher et plus encore à Verdi. Des opéras véristes italiens elle tenait toute la puissance dramatique et le lyrisme

Une biographie qui se lit avec beaucoup de nostalgie pour une actrice disparue bien trop tôt, trop fatiguée par le chagrin pour continuer. Une lecture qui bouleverse, qui laisse son lecteur dans l’incompréhension : pourquoi une femme belle et talentueuse pouvait être si malheureuse. «De Romy la star, il reste soixante films et des portraits sur papier glacé, mais de Rosemarie la femme, que reste-t-il?» s’interroge l’auteur.

Cette biographie, fort complète et qui évite le côté people, apporte de nombreuses réponses et laisse certains éléments pudiquement cachés.
Ce document dresse un joli portrait d'une star, ce terme si galvaudé aujourd'hui,  préfacé par Alain Delon, son plus fidèle soutien, son meilleur ami. «Elle était la vie, elle fut la mienne. A-t-elle un jour cessé d'être près de moi? Non. Je sais qu'elle m'attend...»

Romy. Par David Lelait-Helo. Préface d’Alain Delon. Nouvelle édition revue et augmentée. Éditions Télémaque. 288 pages, 18 euros
Couverture : éditions Télémaque

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