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Posté le 16 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le mythe Elvis Presley raconté en quelques livres

Disparu le 16 août 1977, Elvis Presley reste bien vivant dans la mémoire collective. Le mythe est loin d'être éteint. Ses disques se vendent toujours très bien, les fans défilent chaque jour à Graceland par milliers. Le roi du rock alimente toujours la passion de ses fans grâce aux rééditions d’albums. De très beaux livres se chargent également de raviver la flamme du souvenir et remplir la bibliothèque des fans.

À l’occasion du 40e anniversaire de sa mort, nous vous présentons une petite sélection de livres lus et commentés. Pas des nouveautés, mais des pépites. De beaux livres qui apportent un éclairage intéressant sur le chanteur, le mythe, son héritage.
Partons ensemble sur la route d'Elvis.

«I was the one!» aimait-il chanter. De fait.

Philippe Degouy

Elvis, «le king en devenir»

1956, un jeune chanteur de rock de 21 ans débute sa carrière. Son nom? Elvis Presley. Pour mieux le faire connaître au grand public, sa maison de disques, RCA Victor, demande au photographe Alfred Wertheimer de réaliser une séance de photos et d'immortaliser les débuts de cet artiste timide et mal dégrossi venu du Sud profond. Avec Elvis, «j'étais un journaliste avec un appareil photo en guise de plume
ELVISBONEntre les deux hommes, le courant passe rapidement, si bien qu'Elvis laisse le photographe le suivre au cours de ses déplacements, ses répétitions ou ses moments plus intimes au sein de sa famille. Des photos spontanées et encore libres du carcan médiatique qui allait étouffer l'idole des jeunes quelques années plus tard. Un Elvis encore heureux, accessible. Pour très peu de temps encore. Parmi les clichés présentés, retenons celui, superbe, où Elvis fixe un mur recouvert de photos d'artistes reconnus avec une moue qui semble dire: «moi aussi, je serai un jour sur ce mur
Elvis. Le King en devenir. 225 pages. Photographies d'Alfred Wertheimer. Editions Luc Pire/La Renaissance du livre

Ouvrez le livre aux trésors d’Elvis

Outre son érudition, bien loin des ouvrages purement «people», ce magnifique coffret rend hommage à Elvis de bien belle manière. Basé sur des sources de premier plan, Robert Gordon revient sur la carrière du king en y apportant quantité d'anecdotes. ELVIS2BONOutre le texte, très bien documenté, l'éditeur et l'auteur ont eu la bonne idée de glisser des reproductions de documents personnels qui permettent aux lecteurs de se rapprocher d'Elvis. Des photos de promo, des affiches de films, des lettres manuscrites, le ticket du premier concert important d'Elvis. Mais aussi des tickets pour le fameux '68 Comeback show ou pour le concert en mondiovision à Hawaii. En bonus, le coffret offre aussi un cd d'interviews. Une véritable pièce de collection, simplement magnifique.
Elvis Presley, le livre des trésors. Par Robert Gordon. 49,90 euros. K&B éditions.

Elvis, les fans et l’ethnologue

Qui aurait eu avant Gabriel Segré l'envie de consacrer aux fans d'Elvis une thèse universitaire, puis un livre? Ethnologue et maître de conférence, Gabriel Segré a ainsi suivi durant des mois ces fervents admirateurs d'Elvis Presley. Pour découvrir le pourquoi et le comment de cette admiration sans limite frôlant quelques fois le mouvement sectaire.
ELVIS4BONPour beaucoup d'entre eux, Elvis est réellement devenu une sorte de phare qui les aide à surmonter une vie d'obstacles et d'événements malheureux. Sans moquerie, souvent avec étonnement, le scientifique a cherché à comprendre, au fil des témoignages de témoins, comment un jeune blanc, pauvre au possible, a pu devenir une sorte de dieu personnifié.
Au nom du king. Elvis, les fans et l'ethnologue. Par Gabriel Segré. Editions aux lieux d'être.

Elvis par les Presley

Cet album, axé sur une très belle iconographie, donne la parole aux proches d'Elvis: son ex-femme, sa fille, sa tante...et jusqu'à la cuisinière. Illustré de très nombreux documents personnels, l'album dresse le portrait de l'homme qui se cachait derrière la star. ELVIS5BONUn homme très entouré, mais souffrant terriblement de solitude. Un homme déchiré par la perte de sa mère et n'ayant jamais accepté réellement son statut de dieu vivant.
Elvis par les Presley. Editions Michel Lafon

Ensemble, sur la route d’Elvis

C'est le parcours extraordinaire d'un petit Blanc né dans un quartier pauvre et noir de Tupelo (Mississippi) en 1935 que raconte ici Patrick Mahé. Ancien rédacteur en chef de Paris Match , il nous fait partager avec passion La route d'Elvis de Tupelo à Memphis, Mississippi, en passant par Las Vegas ou l'Allemagne. Une passion pour Elvis qui aurait pu lui faire prononcer aussi l'hommage rendu par John Lennon: «Personne ne m'a jamais vraiment touché jusqu'à ce que j'entende ElvisELVIS6BONL'auteur consacre plusieurs chapitres, fort complets et amusants, à l'influence d'Elvis sur des chanteurs comme Johnny Hallyday ou Dick Rivers, dont le nom de scène a d'ailleurs été emprunté à un personnage joué par Elvis dans Loving You , Deke Rivers... Une anecdote parmi tant d'autres racontées dans ce livre qui fera le bonheur de tous les fans du King.
Sur la route d'Elvis. Par Patrick Mahé. Editions Grasset. 323 pages.

Ladies and gentlemen, «Elvis has left the building». Forever young.

 

Posté le 15 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Bienvenue au pays des légendes

Barbouzes, seigneurs, peu importe le surnom attribué aux hommes et femmes qui agissent dans l’ombre au profit de leur pays. Mais qui sont-ils? Comment vivent-ils la reconnaissance médiatique incarnée par le feuilleton Le bureau des légendes (Canal +)? C’est clair, l’espionnage a la cote, un regain d'intérêt étroitement lié à avec cette ambiance internationale qui rappelle fortement les années de guerre froide des années 80.
Spécialiste des conflits français contemporains, Jean-Christophe Notin publie chez Tallandier Les guerriers de l’ombre. Un document qui donne la parole à treize ex-agents du service clandestin de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure). Ils se présentent sous un prénom d’emprunt, Sandra, Norman, Daniel, Benoît ou François.
Douze hommes et une femme, âgés de 40 à 70 ans. Civils ou militaires. Tous ont aujourd'hui quitté le service actif.
Ils se racontent à l'auteur dans un jeu de questions réponses qui invite à découvrir le quotidien d’un OT (officier traitant). Leurs récits répondent à la volonté de «mieux faire connaître leur métier, de le nettoyer des éternels clichés qu’il traîne comme autant de boulets.» Ni James Bond, ni OSS 117. Des individus capables de se fondre dans une foule, de mener une double vie sans se faire remarquer. Ils sont parmi nous, anonymes. Votre voisin? Votre collègue? Votre patron peut-être? Qui sait.

Chapitre après chapitre, le lecteur évolue dans un univers qui rappelle le film Spy game ou les romans de Tom Clancy avec l’agent Jack Ryan. L’accent est mis sur les expériences d'agents de terrain. On y découvre la différence entre légende et couverture. Mais aussi les hésitations vécues avant de rejoindre un service où gloire et argent ne sont pas de mise. Par le biais de nombreuses anecdotes et de souvenirs personnels, le lecteur découvre le quotidien de l'agent clandestin.
«On vit dans l’ombre. La clandestinité est un équilibre instable et il ne faut pas grand-chose pour la faire tomber soit d’un côté, soit de l’autre. Un mode opératoire qui est illégal au regard des pays dans lesquels nous intervenons» précise l'un d'eux.
Quel est le profil idéal ? «Il ne faut pas des gens parfaits, sinon il n’y aurait personne. Les impulsifs, colériques ou exaltés, on va les éviter. Plus que l’aspect très athlétique, il faut de la rusticité. Il faut être dur au mal, ne pas avoir chaud, froid, faim. Quant au défaut d’humilité, c’est un péché mortel» souligne un autre intervenant.

Si aucun secret n'est révélé, ces guerriers de l'ombre rapportent des souvenirs de missions, celles menées en Afghanistan, avant et après le 11 septembre 2001. Avec d'étonnantes révélations, méconnues du grand public. Comme la demande faite à la France d'accueillir Oussama ben Laden. Demande restée sans suite, bien entendu.

Guerriersdel'ombreOfficier de renseignement, un métier où il faut presque autant de courage pour y aller que pour en sortir. Le retrait du service actif, une phase racontée longuement par les témoins interrogés par l’auteur. Avec émotion. Comment, en effet, balayer des années de tension, de mensonges, de choses vues et mal vécues? De solidarité entre collègues. Aujourd’hui, une nouvelle vague d’officiers est formée. Post-Bataclan, très motivée et décidée à servir la France. La relève de nos 13 apôtres du renseignement est assurée.

De l'importance d'être sur le terrain

Fort heureusement, car le péril est plus présent que jamais. Il souligne davantage l’importance des agents de terrains, capables de mettre à jour toute menace contre la France. Djihadiste notamment. «Quand on combat sur le territoire français, c’est déjà combattre en reculant. Donc, si on peut le faire en amont, c’est comme ça qu’on peut gagner la guerre. (…) La frontière de conflits, elle est juste à côté de la frontière de l’Union européenne. Plus en Afghanistan ou en Afrique

«À une époque de course aussi vaine qu’effrénée à la richesse et à la célébrité, il est bon de savoir, souligne l’auteur, que certains prennent encore bien des risques sans en attendre la moindre reconnaissance.» Des propos parfaits pour servir d’épilogue à ce document qui se lit d’une traite. Qui donnera à certains l’envie de rejoindre cette guerre de l’ombre. Bien loin d’être terminée. Une mission de longue haleine qui rappelle les propos tenus par Churchill en 1942, «ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais, c’est peut-être la fin du commencement

Philippe Degouy

Les guerriers de l’ombre. Les agents clandestins de la DGSE parlent pour la première fois. Par Jean-Christophe Notin. Éditions Tallandier, 304 pages, 18,90 euros
Couverture : éditions Tallandier

Posté le 14 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

L’été sans fin d’Éric Neuhoff

«Souvent, j’ai envie de me présenter ainsi : j’ai la cinquantaine et pendant presque vingt ans j’ai passé mes vacances sur la Costa Brava. Je repense à toutes ces vacances d’été. Je me souviens que nous les attendions toute l’année. Elles avaient l’air de ne jamais vouloir finir...»
L’été, ses plaisirs, ses rencontres, ses premières fois… Une période bénie et célébrée par Eric Neuhoff (écrivain, journaliste au Figaro...) dans son nouveau roman, Costa Brava (éd. Albin Michel). Avec son talent de conteur, il replonge son lecteur dans le bain des souvenirs de jeunesse. Avec tendresse, par petites touches, il ranime ces souvenirs de vacances en famille, ce doux moment où le Sud semble le bout du monde. Le paradis des nordistes pour quelques semaines. Avant de remonter vers le froid, la pluie, le béton.
Les souvenirs de vacances d’été. Un trésor inestimable et que l’on a souvent envie de partager, adulte. Et là, voici que s’annonce l’erreur de débutant. Celle que commettent beaucoup de parents : emmener les enfants sur les traces de séjours d'été du siècle passé. Avec la Peugeot 404 et la caravane. Les années 60-70, une éternité pour la génération 2.0 qui préfère la piscine aux bains de mer, la console aux jeux de plage entre jeunes estivants. Ces amis que l’on se fait en vacances et que l’on retrouve d’année en année. Avec le même plaisir.

COSTABRAVALe narrateur du nouveau roman d’Eric Neuhoff (Les Insoumis, Les Hanches de Laetitia, Mufle…) a voulu replonger lui aussi ses deux gosses dans ses souvenirs de vacances estivales. Leur faire découvrir son paradis, le petit village de Canyelles, sur la Costa Brava. Comme pour passer le flambeau du bonheur à une nouvelle génération. Mais, rien n’est plus comme avant mon bon monsieur. Les jeunes d’aujourd’hui ont d’autres valeurs. Ne reste alors au père quinquagénaire divorcé qu’à faire le pèlerinage seul. Déambuler dans les rues de la station à la recherche de repaires, de la maison familiale aussi délabrée que le moral. Retrouver ces fantômes du passé, ces souvenirs de promenades avec les parents, les glaces à l’eau, l’odeur de la crème solaire, celle de plage fixée sur la peau, les journées entières à ne rien faire, les maillots mouillés qu’il fallait rincer à l’eau douce…
Qu’il était bon de retrouver les copains d’alors, «Antoine, Daphné, Charles, Bénédicte. Mes compagnons de toujours. Cinq grands couillons de cinquante ans. Notre amitié avait survécu à l’âge adulte. On en revenait toujours au passé, à ces années-là. Nous regrettions le monde comme il était.»
Les filles qui disaient non et se moquaient d’humilier le jeune garçon qu’était le narrateur : «dans le fond, je crois que je me serais entiché de la première fille qui m’aurait autorisé à l’embrasser pour de bon

Des années bonheur rythmées par des tubes musicaux, devenus au fil des années de véritables tire-larme. Porque te vas, I’m not in love, les slows. Ce n’était pas l’été Indien de Joe Dassin mais presque. Aujourd’hui, «les années passent. Elle se mélangent un peu. Les souvenirs s’effacent comme de vieux polaroïds.» Ceux qui restent sont enjolivés pour se souvenir de ce temps passé avec les copains, avec qui on oubliait que l’on allait devenir adulte comme nos vieux.

«Où est passé tout cela ? Qu’est-ce que j’ai oublié, à part ma jeunesse ? Je crois bien que nous aurions tous voulu retrouver notre enfance comme des poissons rouges tombés hors de leur bocal essaient délibérément d’y retourner
Un ouvrage à relire, quand les nuits seront plus longues que les jours, pour se redonner un peu de lumière en tête et patienter avec Eric Neuhoff jusqu’au prochain été. Son roman à la fois drôle et nostalgique constitue une porte ouverte vers ce monde magique de l'enfance. Celui vers qui l'on se tourne quand ce monde actuel semble trop dur à supporter, à subir. Plonger dans les pages du roman demande un peu de préparation, comme l'on se mouille avant de plonger dans l'océan. C'est certain, vous ne refermerez pas ce livre avec les yeux secs.
«L'été 1964 à la Costa Brava. Nous ne verrons plus jamais ça revenir

Philippe Degouy

Costa Brava. Roman d’Éric Neuhoff. Éditions Albin Michel, 298 pages, 19,50 euros
Couverture : Albin Michel

Posté le 12 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sous le masque, le diable à plusieurs

    Par Philippe Degouy

Thanatopracteur, Manon Virgo vit en permanence avec la mort. Celle de ses clients, qu’il faut rendre présentables aux familles. Une existence sans vie sociale. Quand son frère Ariel vient lui demander de l’héberger pour une nuit, elle sait d’emblée que les ennuis vont suivre. Drogué, petit délinquant, Ariel est un poids mort pour la famille. Mais c’est son frère, avec qui elle partage un lourd secret d’enfance. Après la mort mystérieuse d’un voisin, retrouvé suicidé, Manon et Ariel sont traqués par de mystérieux individus qui laissent des cadavres atrocement mutilés. Ariel est ciblé davantage. Les tueurs cherchent à récupérer un cube d’importance à leurs yeux.
Aidés par le capitaine Franck Raynal, Marion et Ariel découvrent qu’ils ont affaire à une secte sataniste quasiment intouchable, Akephalos. Sans pitié. Ses membres pratiquent des messes noires où sont assassinés des chiens et des humains offerts en offrande au dieu de l’enfer. Ariel et Manon ne pourront faire confiance à personne pour affronter le diable à multiples visages. Et échapper aux disciples d'Hadès...

Avec Du feu de l’enfer (éd. Presses de la Cité), son nouveau roman, Sire Cedric invite ses lecteurs à le suivre dans une intrigue sulfureuse située dans l'Hérault.
Comme Stephen King fidèle à son Maine adoré, Sire Cedric aime choisir un coin de sa belle France comme théâtre de ses romans. Choix judicieux qui permet de faire monter l’angoisse auprès de son public. Ses personnages sont souvent des individus sans histoires entraînés par le torrent d'une horreur déversée sur leur quotidien. Comme Manon, pourchassée par une bande de fous furieux qui se cachent sous des masques pour assouvir leur besoin de domination et de perversité animale. « Ils sont le diable. Le diable à plusieurs. Une entité invisible et fourbe qui ne respecte aucune règle. Ils vénèrent Hadès et Cerbère. La mortification de la chair et la vénération de la mort constituent leur credo, et la décapitation la conclusion quasi sexuelle de tout leur cérémonial. »
SIRE CEDRIC
Le crime est son métier, sa passion

C’est peu dire que Sire Cedric excelle dans la description des scènes de crimes. Son écriture, crue et imagée, a le goût métallique du sang, pour reprendre son expression. Dès la première page du livre, le lecteur est témoin d’une chasse dans laquelle le gibier, une jeune femme martyrisée, n’a aucune chance de s'en sortir. Nous voilà ferrés par une intrigue qui laissera bien peu de répit. Petit conseil, ne commencez pas la lecture en fin de journée, vous y passerez la nuit. Les rebondissements sont multiples, tout comme les fausses pistes. De quoi ravir les habitués, mais aussi les nouveaux venus, qui découvriront le côté taquin d'un auteur qui aime jouer avec son public.

Un excellent thriller, pour le moins efficace dans sa construction, que l’on peut accompagner d’une bande son composée par les morceaux parsemés dans le roman par l’auteur. Dont ceux-ci, Of Hell’s Fire, de Marduk, Carrion Flowers de Chelsea Wolfe. Nous ajouterons aussi le classique Hells Bells d'ACDC ou les Texans du groupe Ghoultown.
Pour les lecteurs qui ont connu l’époque du carré blanc à la télévision, précisons que ce roman n’est pas conseillé aux personnes sensibles. Certaines scènes sont plutôt éprouvantes si vous n’avez pas de tripes.
Les amateurs de films d’horreur et de thrillers bien poisseux (par le sang versé) seront quant à eux à la fête avec cet hommage au personnage de slasher (un tueur qui élimine les personnages un par un, ndla), cher au cinéma américain. Du feu de l’enfer atteint son but, magistralement même : déstabiliser l’auteur dès les premières pages. Pour ne plus le lâcher jusqu’au dernier mot.

Le livre refermé laisse la même impression que celle ressentie à la sortie de ce train fantôme présent dans chaque foire qui se respecte : le plaisir d’avoir tremblé. Avant de retrouver la sécurité du monde réel. La sécurité? Vraiment? Ne voyez-vous pas la menace qui vous entoure? «Ils» sont là. Partout. «Il existe sous la surface de notre société des cercles puissants, des hommes et des femmes qui ont ouvert les portes de l’enfer.» Vous tremblez?

Du feu de l’enfer. Thriller de Sire Cedric. Collection Sang d’encre. Éditions Presses de la Cité, 558 pages, 21,50 euros

Retrouvez l'univers de Sire Cedric sur son site : www.sire-cedric.com
Couverture : éditions Presse de la Cité

Posté le 12 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Do you do Saint-Tropez?

Son port pour milliardaires, ses nuits folles, ses plages de sable fin, ses gendarmes... Saint-Tropez inspire l'imagination. Mais que trouve-t-on derrière ces images d’Epinal pour touristes?
Tropézien pur jus, l’écrivain et éditeur Michel Goujon publie chez Michel Lafon le portrait de L'autre Saint-Tropez, son bréviaire sentimental. Pour (re)découvrir l’authentique et historique cité.  Celle qui s'ouvre davantage après le raz-de-marée touristique estival.
«Saint-Tropez a accédé à une notoriété internationale, souvent tapageuse. Du fait de son décor d'opérette. Mais l’autre Saint-Tropez existe encore. Il existera toujours pour ceux qui se lèvent avant l’aube, explique l’auteur, amoureux fou de son lieu de naissance, à qui il a fait quelques infidélités parisiennes, avant de le retrouver. Les yeux dans le bleu du Midi. Avec l’odeur de la lavande, le chant des vagues sur la petite plage de son enfance.
ReduitSAINTOKAu gré de la lecture défilent lieux mythiques, personnages pittoresques ou musées d’exception. Le Byblos, l’Annonciade, le vieux port, la place Blanqui et l’ancienne gendarmerie transformée en musée du cinéma, la brasserie Sénéquier où chacun aime voir et être vu. Un ouvrage qui rend hommage aux disparus, comme la boutique Vachon, Le Gorille, et à celles qui ont participé à la notoriété des lieux, Françoise Sagan, Colette et Brigitte Bardot.
De A comme aïoli à Z comme porte de Zanzibar, il ne manque rien dans les pages de ce livre émouvant, tendre et coloré comme un livre de Pagnol. Ah si, il manque quelque chose : pas de n comme dans nudistes. Cauchemar vivant de l’adjudant Gerber qui perdait la fesse, la face dans sa lutte pour les coffrer dans la saga du Gendarme de Saint-Tropez.

SAINTROPEZBREVIAIRECe bréviaire, savoureux comme une bonne portion de tarte tropézienne, offre un menu séduisant, composé de quelque 180 entrées. Dans lesquelles chacun peut picorer selon son appétit.

REDUITOKIUne visite guidée dans les coulisses d’un décor de cinéma qui distille les bons conseils pour profiter au mieux des richesses de l’endroit. On suit avec plaisir Michel Goujon, fin connaisseur de son alma mater. «Le soir à Saint-Tropez, si la saison s’y prête, il faut passer au bar très british de l’hôtel Sube (autrefois fréquenté par Guy de Maupassant). De ce point de vue idéal, on a tout le loisir d’observer les bateaux et d’admirer les façades des vieilles maisons du port. (…) Les soirs d’été, on ‘farniente’ plage des Salins, jusqu’à pas d’heure, jusqu’à la nuit
REDUITok4L’auteur, pas avare en bon conseils, invite également à la redécouverte de vieux quartiers, comme celui de la Ponche, pour y retrouver les sons de Saint-Germain-des-Prés, avec les fantômes de Mouloudji ou de Boris Vian.
Si le cœur de la ville mérite le détour, il ne faut pas avoir peur de s’aventurer hors-les-murs, pour découvrir des lieux à couper le souffle : Gassin, Grimaud ou Ramatuelle, charmant village où repose le comédien Gérard Philipe. «L’éternel estivant qui passe sa mort en vacances», pour reprendre les propos de Georges Brassens, qui préférait quant à lui Sète. Soit.

Le bréviaire sentimental (et nostalgique) se referme sur un air d’opéra : Casta Diva, le préféré de «la» légende de Saint-Tropez, Brigitte Bardot. La meilleure ambassadrice des lieux, omniprésente dans les vitrines de la cité historique. 
Oui, Françoise Sagan avait bien raison quand elle déclarait que «Saint-Tropez est beau, étonnamment beau. Il a une beauté indestructible.» Quant à citer Françoise Sagan, pourquoi ne pas l'imiter et rouler toute la nuit pour prendre le petit-déjeuner sur le vieux port. Chiche?

Philippe Degouy

L’autre Saint-Tropez. Bréviaire sentimental. Par Michel Goujon. Éditions Michel Lafon.
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Posté le 10 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Pandora, «c’est la fête, arrêtez donc de tirer la gueule»

Troisième numéro, déjà, pour le mook Pandora (éd.Casterman). Depuis son premier numéro, dont la couverture annonçait déjà le ton décalé du choix rédactionnel, un singe embrassant à pleine gueule un robot, Pandora n’a cessé de suivre sa ligne de conduite, déranger nos habitudes de lectures trop sages. Un but atteint, au vu du succès populaire. Pour la petite parenthèse pratique, il faut rappeler que Pandora publie des récits complets.
Ce troisième numéro est renversant, au propre comme au figuré, avec deux couvertures et deux sens de lecture. Certaines nouvelles graphiques vont nécessiter réflexion et imagination pour déchiffrer le message de l’auteur. D’autres récits conserveront leur part d’ombre, laissant le lecteur dubitatif. Tant mieux, un peu de mystère n'est pas pour nous déplaire. Qui sait, d'autres lecteurs après nous trouveront la clé de lecture.
Pour la petite histoire, la présence de Corto Maltese en couverture rappelle que le titre du mook, Pandora, est un clin d’œil au personnage féminin, Pandora Groovesnore, créé par Hugo Pratt dans l’album La ballade de la mer salée.

D’accord, certains récits vont choquer le lecteur, cet animal lecteur qui sera malmené par les choix éditoriaux. C’est bien là le but avoué de Pandora. «Bousculer les routines de lecture, participer au décloisonnement des formes et des genres, permettre aux auteurs de retrouver leur inspiration : telle est notre ambition» explique Benoît Mouchard, rédacteur en chef.

PANDORA3Étonnant ce Résumé, un récit de Gilles Dal et Johan De Moor, sans personnages ni action. La peinture d’un même paysage qui évolue au fil des siècles, en égratignant au passage notre civilisation. Celle qui défigure la nature avec nos centres commerciaux, nos autoroutes etc. C’est très beau. Et fort à la fois. Avec Walking maiden, Lost Prince and Wandering King, Baptiste Gaubert nous offre une relecture façon Moebius du Petit Prince. En version muette.
D’autres auteurs, à qui carte blanche a été donnée pour publication dans Pandora, vont loin. Très loin. Quitte à franchir certaines limites. Comme Hugues Micol et son récit, Le retour. Celui d’un Polonais juif qui revient dans sa maison après la guerre. Il la trouve occupée par une famille qui a pris possession de son bien. L’auteur joue sur l’image d’Epinal du Juif riche comme Cresus pour bâtir une intrigue étonnante. Grinçante. Quant à Florence Dupré la Tour, son récit aborde le thème douloureux du viol et de l’inceste. Ses personnages ont des cubes impersonnels à la place de visages. Comme pour renforcer la perte de l’image du moi par la victime. Comme le précise Pandora, « Florence Dupré la Tour ne cherche pas à raconter de mignonnes petites histoires. »

L’ensemble du mook est issu du même tonneau. Le lecteur passe du rêve à l’interrogation, en passant par le doute ou la répulsion. C’est voulu et souhaité par la rédaction. «La bande dessinée est une forme qui doit être en mesure de bousculer ses conventions pour se renouveler et continuer de séduire une audience élargie, au-delà du cercle des amateurs et des lecteurs avertis» expliquait Benoît Mouchart dans l’introduction du premier tome.

Bienvenue en terre inconnue avec Pandora, le mook qui foule aux pieds nos tranquilles habitudes de lecture.

Philippe Degouy

Pandora. Revue de bande dessinée et fiction n°3. Éditions Casterman, 264 pages, 18 euros
Couverture : éditions Casterman

Note : Une rencontre sera organisée à la Fête de la BD de Bruxelles le 1er septembre de 12h30 à 13h15 au Studio Bozar. Avec comme invités Benoît Mouchart, Max de Radiguès et Hugo Piette.

Posté le 10 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Georges Clemenceau, les colères du Tigre

Quand son père est arrêté, suspecté d’avoir participé à l’attentat contre Napoléon III, le jeune Georges Clemenceau se promet de ne jamais oublier ses paroles : «toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses.» Révolté, Clemenceau le sera tout au long de sa vie. «La rébellion c’est l’action» disait-il.

Publiée chez Glénat, en partenariat avec Fayard, Clemenceau se présente comme une BD parfaitement documentée. Le scénario de Renaud Dély retrace davantage la face politique de Clemenceau. Ce fervent défenseur d’une République ferme, d’une République radicale. «Ma mission, disait-il, c’est de défendre la patrie à l’extérieur et de faire respecter l’ordre républicain à l’intérieur
Clemenceau, un amoureux de la liberté, dreyfussard (le titre du manifeste de Zola, J’accuse, est de lui), anticolonialiste, défenseur de la France, opposé à la peine de mort, anticlérical, briseur de grèves. «C’était un combattant, de la parole et de la plume, pour la liberté, la justice, la laïcité, anticolonialiste et patriote. Farouche démocrate, écoeuré par la médiocrité des politiques» explique l’historien Jean Garrigues. Le dessin de Stéphano Carloni, sombre et réaliste, permet au lecteur de s’immiscer au cœur des débats politiques, de suivre le parcours d’un «soldat de la démocratie». CLEMENCEAUUn tigre, prêt à sortir les griffes pour livrer ses combats. Et quand il a fallu faire la guerre en 14-18, il l’a faite. En galvanisant les troupes, il a gagné son surnom de Père la victoire.
Les nombreuses joutes oratoires présentes dans l’album, qui peuvent faire fuir le jeune lectorat, ne peuvent que rappeler celles présentes dans le film d’Henri Verneuil, Le Président, avec Jean Gabin. Un pur chef-d’œuvre, qu’il faut revoir pour se rendre compte de la médiocrité politique actuelle. Fermons la parenthèse.

Pour les auteurs, il était bien difficile de caser en un album une personnalité aussi riche que celle de Clemenceau. Mission réussie, même si le portrait présenté occulte sa vie d’homme (dont son amitié avec Monet) ou son influence dans la création de la police scientifique et des brigades régionales mobiles, mieux connues sous le surnom de brigades du Tigre. Le dossier historique de Jean Garrigues, présent en fin d’album, permet de combler les vides et d’en apprendre davantage sur le Tigre et son importance dans la vie politique française. Dans ce bonus, on découvre également le making of de la BD, ainsi qu'une riche bibliographie pour en savoir plus sur Clemenceau, modèle politique du général Charles de Gaulle.
Un politique fort en gueule qui a marqué l’histoire de France et qui, depuis le 24 novembre 1929, repose à jamais dans le petit cimetière de Mouchamps, au cœur de sa Vendée adorée.

Une BD qui fait honneur à la collection publiée par Glénat et Fayard, Ils ont fait l’Histoire. Des portraits biographiques en BD, qui permettent de comprendre comment et pourquoi les grands personnages ont façonné le monde. Parmi les titres déjà parus figurent Robespierre, Luther, Napoléon, Kennedy... Ou Clemenceau, ce meneur d'hommes qui a cumulé les surnoms élogieux : le tombeur de ministères, le Tigre, le Premier flic de France ou le Père la victoire.

Philippe Degouy

Clemenceau. Scénario de Renaud Dély, dessin de Stéphano Carloni. Collection : ils ont fait l’histoire. Éditions Glénat/Fayard, 48 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 9 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

70 ans d’un phénomène OVNI toujours inexpliqué

      Par Philippe Degouy

Si les témoignages d'observations se font plus rares depuis quelques années, le phénomène OVNI n'est pourtant pas mort et enterré. Il fête cet été son 70e anniversaire. C'est en juin 1947 que débute effectivement le phénomène ufologique. Avec l’utilisation, pour la première fois, de l’expression soucoupe volante. Un pilote américain, Kenneth Arnold, aperçoit dans le ciel un groupe de neuf objets qui ressemblent à des soucoupes. Un mois plus tard, Roswell, Nouveau-Mexique, devient le centre de toutes les attentions avec un crash attribué à un engin spatial. Des témoins parlent de corps d’aliens aperçus dans les décombres. Pour les militaires, il ne s'agit que des restes d'un ballon-sonde. L'affaire va rapidement engendrer passion et débats houleux entre sceptiques et partisans d’une vie extraterrestre. Aujourd'hui encore, ce dossier suscite toujours l'intérêt des curieux, nombreux à venir en pèlerinage à Roswell, devenue capitale mondiale de l'ufologie (étude des ovni). Le mythe a la vie dure.

Avec Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture (éd. Tana), Fabrice Canepa, scénariste mais aussi écrivain, retrace la genèse du phénomène OVNI, des années d’après-guerre à nos jours.
Un sujet qui a dépassé depuis longtemps les frontières de la science pour imprégner notre imaginaire. « Ce livre n’est pas un traité d’ufologie. Ce que j’ai voulu, c’est décrire l’évolution d’un mythe, celui de l’alien. (…) Rien ne nous renvoie plus intensément à cet Ailleurs que la figure de l’extraterrestre » précise l’auteur dans son avant-propos.
Précisons que ce beau livre ne cherche ni à convaincre, ni à fermer la porte à une énigme qui n’a pas fini de faire couler l’encre.
En ce 70e anniversaire, nul doute que les ouvrages vont abonder en librairie. Du plus sérieux au plus fantaisiste. Celui-ci mérite une découverte et une lecture attentive. De par son large champ d’étude, son sérieux et la masse de documents rassemblée. On y retrouve notamment de nombreux clichés relatifs à des dossiers connus, ou pas, mais tous surprenants.

AliensPrécis, mais accessible à tous, l'album se révèle passionnant. Par sa mise en page et l'écriture alerte de l'auteur. Chapitre après chapitre, on y découvre notamment les coulisses de la vague belge de 1989-90, la visite de ces mystérieux hommes en noir, les rumeurs sur les activités de la fameuse Area 5I, où seraient testés des engins venus d'ailleurs.

Fabrice Canepa rappelle aussi les cas d'enlèvements d'humains, les théories complotistes qui entourent l’ufologie, les personnages originaux qui gravitent au cœur de ce mythe. Comme George Adamski et Raël, deux « témoins » qui auraient rencontré nos visiteurs venus d’ailleurs.
De nombreuses bulles d'air aèrent le récit avec les séries de science-fiction et les films axés sur la thématique. On retrouve ainsi Les envahisseurs, V, Taken, ID 4, E.T., Rencontres du troisième type, X-Files… La BD n'est pas en reste avec Vol 714 pour Sydney, un épisode des aventures de Tintin dans lequel Hergé a abordé le thème des extraterrestres. Le jeu vidéo n'est pas en reste avec Space Invaders, jeu du début des années 80 et devenu culte pour les fans de retrogaming.

L’album refermé, il reste au lecteur à lever les yeux vers le ciel. Pour tenter d’imaginer d’où viendraient nos visiteurs. Parmi les mérites de ce beau livre, il est à souligner celui qui nous pousse à nous interroger sur notre place dans l’univers. Méritons-nous vraiment une attention particulière ? Qui peut répondre ? Comme le dit l'agent Fox Mulder, « la vérité est ailleurs ».

Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture, par Fabrice Canepa. Tana éditions, 192 pages, 30 euros environ
Couverture : éditions Tana

Posté le 9 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sommes-nous réellement des hommes docteur Moreau?

À moitié mort de soif, aux portes de la folie, le jeune Edward Prendick, seul rescapé d'un naufrage, est recueilli par un mystérieux navire rempli de cages pleines d'animaux. À bord, le docteur Montgomery remet Prendick sur pied avant de l’emmener avec lui sur l’île dirigée par le mystérieux docteur Moreau. Un endroit étrange, loin des routes maritimes. Mis à l’écart, le jeune Prendick découvre bien vite que le docteur Moreau se livre à des expériences médicales interdites. Abominables. Il pratique de sordides expériences d'hybridation. Les résultats de ses expériences, de mystérieuses créatures, mi-hommes, mi-animaux, survivent dans la jungle de l’île. Soumises au docteur Moreau, sorte de gourou qui domine ses sujets et veut en faire des hommes dépourvus d'animalité.
«Ne pas marcher à quatre pattes. C’est la Loi. Ne pas chasser les autres hommes. C’est la Loi. Ne pas laper pour boire. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des hommes?» Mais ces êtres difformes ont gardé en eux des pulsions sauvages qui ne tardent pas à prendre le dessus sur leur part d’humanité. Horrifié, Prendick se retrouve mêlé à un déferlement de sauvagerie qui ne le laissera pas intact. Sommes-nous réellement des hommes? Une question martelée par les «hommes-bêtes» de Moreau qui continue à le hanter, de retour en Angleterre.

MOREAUAvec L’île du docteur Moreau, terrible huis-clos, se termine le cycle consacré par les éditions Glénat au romancier britannique Herbert George Wells. Un auteur dont les messages délivrés en filigrane dans son œuvre n’ont rien perdu de leur puissance en ce début du XXIe siècle. Une collection qui a dépoussiéré, modernisé les romans à destination de la génération 2.0.
Ce dernier tome, scénarisé par Dobbs (alias Olivier Dobremel) et mis en dessin par Fabrizio Fiorentino, se révèle dans la lignée des tomes précédents : fidèle au roman avec la priorité donnée à l’action. Les nombreux textes narratifs de Wells ont été (fortement) nettoyés, pour alléger l’intrigue. Trop, pour certains fidèles de l'oeuvre de Wells. Néanmoins, le résultat se lit avec plaisir et incite les plus curieux à redécouvrir le maître. Pour redécouvrir l'ambiance de ses romans, parfois absente de ce dernier opus. Notamment avec le dessin des «monstres», trop lisse pour effrayer le moindre lecteur. On sent la volonté, compréhensible, des auteurs de toucher un large public. Coup de cœur pour la planche finale qui laisse le lecteur désemparé face à la crise de folie de Prendick. Est-il encore un homme ou est-il devenu comme «eux»?
Côté scénario, Dobbs pousse son lecteur à réfléchir aux limites que la médecine ne peut dépasser. Il reprend les thèmes du roman, relatifs à l’identité et aux débats liés à l’expérimentation animale et le souci de certains humains de changer d’apparence. L’actualité et le succès de certaines pratiques de chirurgie esthétique démontrent que ce bon vieux docteur Moreau n’est pas mort sur son île comme l'indique le roman. Il est là, parmi nous.

Philippe Degouy

L’île du docteur Moreau. Scénario de Dobbs, dessin de Fabrizio Fiorentino. Collection HG Wells. Éditions Glénat, 56 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 8 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ces collabos qui ont trahi la France

La collaboration. Un sujet sulfureux, qui a déjà été traité dans de nombreux ouvrages. Certainement, mais pas de la façon choisie par Jean-Paul Lefebvre-Filleau, ancien officier de gendarmerie surnommé le détective de l’histoire. Son angle d’attaque se veut original. Avec Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich (éd. du Rocher), il retrace l’histoire de la collaboration par celle d’individualités. L’auteur a enquêté et sélectionné quelque 80 collabos représentatifs du phénomène. Il les présente dans de courtes biographies classées par classes. Les politiques, les intellectuels, les militaires ou les repris de justice, tous mis au service des Allemands pour différentes raisons. Comme le précise l’historien et avocat Gilles Perrault, auteur de la préface, la façon de travailler de l’auteur est semblable à celle qui consiste à «passer de la mosaïque à la fresque

Ces quatre ans d’occupation ont profondément marqué la société française. Certes, l’occupation des années 40 ne fut pas la première dans l’histoire du pays, mais bien celle qui a donné lieu au spectacle le plus méprisable. Par son ampleur et le collaborationnisme exercé à tous les échelons de la société.
Un drame qui prend racine le 24 octobre 1940 avec la poignée de mains scandaleuse entre le maréchal Philippe Pétain, chef de l’Etat et le chancelier Adolf Hitler. Les propos du maréchal ont marqué les esprits : «une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe. Cette collaboration doit être sincère.» Dès la fin du discours, historique, une certaine partie de la population se met au service de l’occupant allemand. De l’officier supérieur au voyou de bas étage, en passant par le journaliste, l’homme d’affaires ou le politique.
Au long de ses chapitres, l’ouvrage répond à cette question qui se pose d’emblée au lecteur : comment des hommes au passé militaire ou intellectuel de premier plan ont-ils pu devenir des collabos mis au service des Allemands ? «Sans doute la poignée de mains de Montoire a influencé plus d’un Français. Pour beaucoup d’autres, Pétain a bien joué face à Hitler, pour préserver une partie de la France libre.

COLLABORATIONLes portraits sélectionnés par l’auteur sont édifiants, étonnants par la diversité des profils de collabos. Comment ne pas ressentir de dégoût à la lecture de la biographie des chefs de la Milice, dont Raoul Dagostini. Un bourreau connu pour sa cruauté, dénoncée, c’est dire, par les Allemands. Il sera fusillé, avec sa maîtresse, par un groupe de Résistants en septembre 44.
Moins sadique mais aussi dangereux et coupable de trahison, l’amiral Jean de Laborde rejoint dans l'ouvrage d’autres compagnons d’infamie. Comme Céline, René Bousquet, Joseph Darnand, Pierre-Antoine Cousteau (frère de Jacques-Yves, le commandant Cousteau, entré en Résistance) ou le ferrailleur Joseph Joanovici (sujet d’un téléfilm et d’une BD), coupable d'enrichissement du fait de ses liens avec l'ennemi.
Dès l’été 1944, beaucoup de collabos ont tenté de fuir ou sont devenus des résistants de la 25e heure. Avant de se faire arrêter.

Tout ce beau monde s’est retrouvé sur le banc des accusés puis dans les geôles de la République, tous milieux confondus. Une vie entre quatre murs qui fut loin d’être agréable : «parfois, des gardiens passaient à tabac certains détenus la nuit. Chaque cellule mesurait environ 8 à 10 m2, où s’entassaient cinq personnes, qui n’avaient en commun que leur misère et la faim.» Une vie en prison, dure mais souvent préférable au sort des collabos restés en liberté, qui subirent souvent une justice expéditive. «Les chiffres officiels parlent de 9673 collabos exécutés, mais d’aucuns estiment le nombre réel entre 30.000 et 40.000 victimes.»
Comme le rappelle l’auteur, si le grand public a estimé les sanctions trop légères, la vérité historique se doit d’être rappelée : «les cours de Justice furent saisies de 140.000 dossiers et jugèrent 57.000 cas dont 6753 condamnations à mort (pour 779 exécutés) et 2777 peines de travaux forcés à perpétuité
Un ouvrage qui aurait pu porter le titre d’un autre ouvrage de l’auteur : Pas de pitié pour les bouffons. Ce témoignage historique  se lit avec grand intérêt. Pour mieux comprendre cette passion qui anime la société française depuis plus de 70 ans.
«Le temps passe. Le plus souvent, il assoupit les passions et conduit à des jugements plus consensuels. Rien de tel avec la collaboration. Mieux elle est connue et plus elle soulève le cœur» explique Gilles Perrault.

Philippe Degouy

Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich. Par Jean-Paul Lefebvre-Filleau. Préface de Gilles Perrault. Éditions du Rocher, 541 pages, 2 euros
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