Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 2 avril 2014 par Philippe Degouy

«Schnock», le «mook» qui aère les souvenirs

Pour son numéro 10 (oui,déjà), la rédaction du «mook» (mélange de livre et de magazine, ndlr) «Schnock» a choisi de le placer sous le signe du cynisme et de l’humour au vitriol, avec Guy Bedos en invité principal. L’occasion de revenir sur la carrière de l’humoriste qui a fait ses adieux à la scène en décembre dernier. Guy Bedos se livre plus que d’habitude et délaisse son costume de scène pour s’ouvrir sur sa vie et les grands moments de sa carrière. Dont le tournage de deux films devenus cultes, reflet d’une époque révolue : «Un éléphant ça trompe énormément» et «Nous irons tous au paradis».  Deux comédies sur la crise de la quarantaine qui réunissaient quatre stars du cinéma : Jean Rochefort, Guy Bedos, Claude Brasseur et Victor Lanoux. Excusez du peu.  
Deux films, analysés par «Schnock», qui représentent la limite entre deux époques.
SCHNOCK10Du cinéma d'exception, vous en aurez aussi avec le portrait du mystérieux Jean-Pierre Melville. «Schnock » donne la parole aux témoins qui ont fréquenté le boss, le «John Ford du cinéma français», auteur de classiques indémodables. Quelques titres pour se remuer la mémoire ? «Le Samouraï», «Le cercle rouge», «Léon Morin prêtre» ou «L’armée des ombres».  Des pièces de collection à savourer et commentées par Philippe Labro, ami et témoin malheureux du décès du cinéaste.

 Si le parti socialiste français est en déroute en 2014, il est heureux pour lui de ne pas devoir subir en plus les saillies d'humoristes virulents de la trempe d’un Thierry Le Luron. «Schnock» revient sur un fameux moment d’anthologie en télévision (c’est plus rare à trouver aujourd’hui) : la chanson «l’emmerdant c’est la rose» chantée avec une jouissance exquise un soir de décembre 1984 par un Thierry Le Luron invité dans une émission en direct de Michel Drucker. Son pianiste raconte la genèse de ce bras d’honneur musical lancé au socialisme de Mitterrand. Une séquence à revoir sur Youtube. Autre rebelle culturel, Michel Polac fut quant à lui l’hôte d’une émission politiquement incorrecte, devenue culte aujourd’hui : «Droit de réponse». Une émission dont la tactique consistait à convier la crème de la crème des grands méchants et qui fait l’objet d’un beau dossier dans ce tome 10. On y découvre les coulisses et les témoignages de nombreux collaborateurs. Le Luron et Polac, deux Robin des bois qui n’auraient vraiment aucune chance de passer sur antenne en 2014. Trop sulfureux.

Les admirateurs du grand Jacques devraient apprécier cette superbe photo commentée par son auteur, François Lochon. Sans doute l’une des dernières de Brel avant sa déchéance physique. Superbe cliché d'un artiste mourant pris à Paris. À souligner encore, ce portrait d’un grand second rôle du cinéma, Adrien Cayla-Legrand, devenu le plus fidèle sosie du général de Gaulle. Mais aussi la vie et la mort du parc de Tintinville, précurseur des grands parcs d’attraction d’aujourd’hui, l’histoire de la Facel Vega, bijou de l’industrie automobile, sans oublier le top 15 des farces et attrapes et un entretien avec Philippe Geluck. Quelques titres issus d’un sommaire aussi épais qu’un carnet de promesses de politicien avant les élections.

Au moment de terminer la lecture de «Schnock», on se remémore les propos tenus par le fils de Claude Brasseur à son père et repris dans les pages : «tu te rends compte de la chance que vous aviez lorsque tu avais mon âge ? Vous aviez tous les droits. Vous pouviez fumer, boire, baiser, conduire vite. On n’a plus le droit de rien aujourd’hui.» Un peu caricatural, certes, mais pas faux.
Une fois de plus, on referme «Schnock » avec le cerveau bien aéré. Comme une maison de vacances, les volets ouverts avant d’en profiter pour l’été. De bons moments de lecture qui donnent simplement envie de dire «merci» à la rédaction.

 Philippe Degouy

 «Schnock n°10. La revue des Vieux de 27 à 87 ans». La Tengo Editions. 175 pages, 14,5 euros

 Couverture : éditions La Tengo

Réactions