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Posté le 24 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«The Girls», ou la fin du Summer of Love

En cet été 2017, les plus anciens se souviennent, non sans nostalgie, de l'été de l'amour, celui de 1967. Pour beaucoup d'observateurs, cette ambiance de paix et d'amour a pris fin avec l'affaire Charles Manson, en août 1969. La fin de l'innocence pour l'Amérique. The Girls, roman rédigé par Emma Cline, mérite une relecture pour ce 50ème anniversaire du Summer of Love. Le voici réédité en format poche.
Pour traiter de ce drame, Emma Cline a choisi un angle personnel. Le suivi du parcours d’une jeune paumée, entraînée dans une secte, imaginaire, soit, mais que l'on devine sans peine inspirée par la Famille de Charles Manson.

Son point de départ? Cette question : comment une jeune fille de bonne famille, qui ne manque de rien, sauf de contacts humains, a pu se laisser entraîner dans un groupe au passé criminel?
Un roman en parfaite adéquation avec l’actualité. Avec ces jeunes, filles ou garçons, embrigadés dans des organisations radicalisées.

«C’était la fin des années soixante, ou l’été avant la fin, et ça ressemblait exactement à cela ; un été sans fin et sans forme». Pour Evy Boyd, adulte solitaire, en séjour sur la côte californienne, les souvenirs remontent à la surface. Face à cet océan qui semble lui ramener son passé avec les vagues échouées sur le sable. L'an 1969. Elle n’était encore qu’une gamine, mal dégrossie, avec un physique ingrat.
Incapable de susciter le désir, voire un regard sur elle. Seule avec sa mère depuis le départ de son père, Evy traîne son ennui avec son amie Connie. Jusqu’à cette rencontre fortuite avec ce groupe de filles mené par la sulfureuse Suzanne, jeune hippie au passé de délinquante. La seule à l’écouter, à lui accorder un peu d’attention en l’invitant au sein de sa communauté, dirigée par le gourou, Russell. «La vie était en réalité une salle d’attente, jusqu’à ce que quelqu’un vous remarque» se souvient Evy, l'adulte d'aujourd'hui.

EMMACLINESous l’impulsion de Suzanne et des autres filles de la Famille, comme se nommait ce regroupement d’individus perdus pour la société, Evy trouve enfin le contact humain recherché mais issu du mauvais côté de la ligne. Dans un monde de sexe, de drogues, de vols. Peu à peu, par petites touches, Evy va se mouler dans le groupe et trouver l’amour. Dans les bras du gourou, d’autres filles. Jusqu’à cette fameuse nuit sanglante d’août 1969 qui va marquer la fin d’une époque. Éjectée du groupe par Suzanne, Evy retrouve la solitude de son monde mais découvre que son rejet n’est qu’un geste d’amour de plus. Le dernier accordé par Suzanne. Pour empêcher Evy de passer de l’autre côté du rideau avec elle.
«Suzanne voyait la faiblesse qui était en moi, éclairée et évidente. Elle savait ce qui arrivait aux filles faibles».

Écrit de façon magistrale, le roman alterne entre présent et retour à l'année 1969. Entre la vie d’Evy adulte et celle de cette gamine perdue dans un monde trop dur pour elle.
Une fille malmenée par la vie, trompée par un rêve inaccessible. Comme d'autres gamines. «Pauvres filles. Le monde les engraisse avec des promesses d’amour. Elles en ont tellement besoin et la plupart d’entre elles en auront si peu».

Un roman qui ne se laisse pas facilement reposer une fois commencé. Il prend à la gorge dès les premières pages. Emma Cline, jolie blonde aux yeux si doux, exact opposé de son héroïne, réussit à nous prendre dans ses filets pour ne plus nous relâcher.
Comme elle, on ne peut s’empêcher de ressentir de l’empathie pour cette pauvre fille, qui souffre de solitude dans un monde si cruel avec les faibles. Pas étonnant de la voir mordre à l’hameçon laissé par Suzanne et ses filles. «J’étais une cible enthousiaste, impatiente de m’offrir». Une gamine malmenée par la vie et qui essaie, tant bien que mal, de se maintenir à la surface. Avec comme seule bouée, ce groupe d’épaves, menées par Suzanne, dérivant sur l’océan de la vie.
Il faut (re)lire ce beau roman, intense et poignant. Il dénonce sans douceur cette solitude qui pousse les plus faibles à suivre des chemins de traverse pour ne plus être seuls au monde. Désespérément seuls.
Un premier roman pour Emma Cline et, d’emblée, une réussite qui prend aux tripes.

«Devenue adulte, je n’en reviens pas de la masse de temps que j’ai gaspillée (…) Ce qui m’importait en ce temps-là, c’était d’attirer l’attention».

Philippe Degouy

«The girls», roman d’Emma Cline. Éditions 10/18, 360 pages
Couverture : éditions 10/18

Posté le 21 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Alain Decaux raconte... dix destins d’exception

Disparu en mars 2016, l’historien Alain Decaux laisse le souvenir d’un homme passionné par l’histoire, celle du monde mais plus encore des grandes figures. Avec Histoires extraordinaires (éd. Perrin), il raconte le destin de dix personnages qui ont marqué l’histoire par leurs traits de génie. Pour engendrer le mal ou au contraire pour faire rêver. Dix destinées aussi diverses que celles de Dracula, Mandrin, Champollion, Louis II de Bavière, Lawrence d’Arabie, Mermoz, Pou-yi, Heydrich, Ben Gourion ou Haïlé Sélassié.
Comme pour les précédents ouvrages d’Alain Decaux, celui-ci se savoure avec délice. Pour le talent d’écriture de l’historien et son enthousiasme, communicatif. Le lecteur ne lit pas une biographie, il la vit, se sent plongé dans un univers parfaitement restitué par petites touches.
En quelques dizaines de pages, le portrait d'une personnalité est ainsi brossé sans rien omettre. Même si l’on ressent l’affinité de l’historien pour certains choix du livre, les portraits dressés ne glissent pas dans le panégyrique. Chaque médaille a son revers, il en va également pour les héros. Pour Mermoz, le vainqueur de l’Atlantique sud, dieu vivant pour toute une génération, Alain Decaux ne cache pas le côté sombre du pilote. «Le mot d’archange a été associé si souvent au nom de Mermoz qu’il finit par gêner l’historien. Mermoz n’était ni un ange ni un surhomme.» De même pour Lawrence d’Arabie, une énigme pour les historiens à propos de qui tout et n’importe quoi a été écrit. Un héros, un aventurier? Qui était-il? «Ceux qui ont consacré des années à étudier cette existence tourmentée reconnaissent qu’il ne le savent guère. Mais le savait-il lui-même

AlainDecauxAu réalisme d’un esprit cartésien à la Mermoz s’oppose le rêve éveillé d’un Champollion, le découvreur du secret des hiéroglyphes égyptiens. «L’histoire de Champollion est celle de la victoire de l’esprit, celle de la foi.» Un homme pour qui «l’enthousiasme seul était la seule vraie vie.» Doux rêveur lui aussi, il faut visiter les châteaux en Bavière de Louis II : «il faut se dire qu’ils sont des songes réalisés, des rêves qui ont pris une apparence de pierre.» Une folie douce à opposer à celle du nazi Reinhard Heydrich, meurtrière au plus haut point. «Le SS tel que l’imagine le peuple, un homme d’une seule coulée. Inaccessible à la pitié, tourmenté. Regagnant un matin son domicile, il aperçoit son reflet dans un grand miroir. Il sort un revolver. Par deux fois, il tire sur cette image. La sienne.» Un authentique salaud mort dans l’attentat du 27 mai 1942. Non sous les balles, mais des suites d’une septicémie.
Entre inconnu et folie se glisse un destin qui a fait couler beaucoup d’encre et qui ouvre la belle galerie du livre : celui de Dracula. Existe-t-il réellement un point commun entre le Vlad l’Empaleur du XVe siècle et le Dracula ressuscité 400 ans plus tard par un romancier inspiré? «On a retrouvé la tombe de Dracula. On l’a ouverte. Elle contenait des ossements de bovidés. Quant à Bram Stocker, il est mort d’épuisement. Comme les personnes dont un vampire a bu le sang

Tout cela forme une lecture savoureuse, qui laisse entendre la voix d’Alain Decaux à chaque page, ou peu s’en faut. L’ouvrage, qui se lit d’une traite, tente de répondre avec ces destins à cette question existentielle : comment devient-on, et reste-t-on un homme? De cette sorte d’homme dont parlait Napoléon quand il s’était écrié : «vous êtes un homme, monsieur Goethe.»

Philippe Degouy

Histoires extraordinaires. Alain Decaux raconte. Éditions Perrin, 395 pages
Couverture : éditions Perrin

Posté le 21 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

On peut vivre sans frère, pas sans ami

Quand la réalité des flics de terrain rejoint la fiction dans un roman policier, cela donne Le dernier saut. Une œuvre écrite à quatre mains. Celles du romancier à succès Franck Hériot (La Femme que j’aimais, La Vengeance du djinn, Le Diable d’abord…) et de l’ancien patron du RAID, Jean-Louis Fiamenghi. Publié aux éditions Mareuil, le thriller plonge son lecteur au cœur du dispositif policier mis en place depuis la montée en puissance du terrorisme islamiste en France.

Décembre 2015. Max d’Orcino, alias Skyfall, est à la tête du RAID, formation de policiers d’élite. Renseigné par un indic, le groupe d’intervention est appelé à taper un trio de djihadistes impliqués dans une vague d’attentats perpétrés en plein Paris. Peu avant le départ en opération, Skyfall reçoit la photo du chef des terroristes. Un choc. Une cible dont il n’imaginait pas l’implication : Walid. Un homme avec qui le policier français a partagé ce que peuvent partager des frères d’armes. Deux hommes qui se doivent la vie depuis un stage de formation en Tunisie en 1985. Pour tenter d’éviter le pire, Skyfall prend la tête de l’opération. Pour tenter un assaut sans casse. En route vers l’objectif, défilent les souvenirs de formation en Tunisie trente ans plus tôt avec la cible encore du bon côté de la ligne. Pour Skyfall, cet assaut d'une planque ennemie sera le dernier saut que les deux hommes feront ensemble. Il le ressent. Il faudra ruser pour ramener à la raison Walid, rendu fou par sa haine de l’Occident... Inutile de dévoiler davantage l’intrigue, solidement ficelée.

Celle d'un thriller intelligent, qui remise au placard cette image (fausse) de superflic à la Belmondo. Et qui jette un regard dans le rétroviseur, pour se souvenir, une dernière fois, du banditisme à l’ère des beaux crânes des dernières décennies. À l’époque de l’Antigang de papa, le flagrant délit était la règle. «Les flics ne se contentaient pas d’enquêter, ils mettaient les mains dans le cambouis quand il fallait affronter des voyous équipés comme des forteresses volantes. Aujourd’hui, quand c’est un peu chaud, on fait appel au RAID. Ce n’est pas plus mal. Ça évite les quiproquos. L’ennemi sait à quoi s’en tenir
On devine dans ces propos de Skyfall une certaine forme de nostalgie exprimée en filigrane par Jean-Louis Fiamenghi. Ses années de jeune flic n’étaient pas roses, certes, mais loin de ressembler au quotidien des flics d’aujourd’hui, confrontés à des fanatiques religieux, sans peur de la mort et impossible à calmer : «les grandes heures des négociateurs semblaient bel et bien révolues face à la détermination des fous d’Allah, de ces suppôts de l’Etat islamique. Leur violence extrême menait la danse. Les barbares étaient de retour dans Paris. » Plus de seigneur du crime comme Mesrine avec qui sabrer le champagne au moment de l'arrestation.

DERNIERSAUTToute ressemblance avec des événements réels n’est pas une coïncidence. Les auteurs se sont largement inspirés des récentes attaques qui ont secoué la France, ainsi que de l’expérience de policier de Jean-Louis Fiamenghi. Si l’ouvrage n’est pas indispensable pour apprécier Le dernier saut, on ne peut qu’encourager la lecture des Mémoires de Jean-Louis Fiamenghi, Dans le secret de l’action (2016, Mareuil éditions).
L’auteur distille quantité de souvenirs personnels dans l’ouvrage de fiction. Dont ce gigot de sept heures dont il est question dans les premières pages. Un clin d'oeil à la recette de gigot donnée par Mesrine lui-même à l’auteur. Quant à Max d’Orcino, on devine bien que le personnage est façonné à partir de la personnalité et de la carrière bien remplie de Jean-Louis Fiamenghi.
Un roman qui laisse un peu de place aux bons sentiments, avec une histoire d’amour avortée entre Max et Farah. Sœur de Walid et farouche ennemie de ces milieux terroristes : «pas un, pas un seul n’est récupérable. Ils sont tous pourris jusqu’à la moelle. Tous sans exception
Ce roman, Le dernier saut, faut reconnaître, c’est du brutal. C’est plutôt un roman d’hommes, pour paraphraser Michel Audiard. Une plongée au cœur de la menace islamiste et des forces d’élite entraînées à la neutraliser.
Avec un super flic comme équipier d'écriture, Franck Hériot a développé une intrigue qui mise sur l’action, mais avec le souci de la crédibilité. Les descriptions des attentats sont d’un réalisme effroyable. Elles rappellent ces visions d’horreur qui restent ancrées dans nos mémoires.

Un roman qui rend également un hommage appuyé, nostalgique, à un endroit mythique, qui a vu défiler les plus grands criminels : le 36.
De l’action, des personnages bien taillés et une intrigue rattrapée, voire dépassée par la réalité, tout concourt à faire du Dernier Saut un roman qui ne se repose qu’à son épilogue. Que l’on devine tragique : «avec ces enfoirés de kamikazes en face, on peut être sûr qu’il y aura de la casse
Une lecture qui rappelle un vieux tube de Serge Reggiani, Les loups sont entrés dans Paris. Les paroles sont étonnantes d'actualité.

Philippe Degouy

Le dernier saut. Par Jean-Louis Fiamenghi et Franck Hériot. Mareuil éditions, 241 pages, 17 euros
Couverture : Mareuil éditions

Posté le 18 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ku Klux Klan, l’empire de la haine

Au vu des récents événements aux Etats-Unis, il n'est sans doute pas inutile de relire cet ouvrage paru l'an passé. De quoi apporter un éclairage intéressant sur le renouveau d'idées issues d'un passé lointain, que chacun voudrait oublier.
Docteur en histoire et spécialiste des Etats-Unis, Farid Ameur dresse un portrait complet de l’un des acteurs de ce drame : le sinistre KKK, le Ku Klux Klan. Son ouvrage, publié chez Fayard, retrace l’histoire de ce mouvement né des cendres de la guerre civile américaine. 
Si, au départ, le KKK n’était qu’ un stupide «divertissement» destiné à resserrer les liens de camaraderie entre vétérans sudistes et impressionner les Noirs de la petite ville de Pulaski, Tennessee, il a rapidement échappé à ses fondateurs pour être repris par des individus bien plus violents.
Comme Nathan Bedford Forrest, un officier sudiste au lourd passé criminel. Sous son influence, le KKK est passé à la violence pure et dure à l’égard de la communauté noire. Le Ku Klux Klan est alors devenu un mouvement revanchard destiné à garantir le maintien de la suprématie de la race blanche. Comme le souligne l’auteur, «si les Noirs étaient la cible principale des Klansmen, le KKK s’est occupé aussi de protéger les bonnes mœurs en chassant les putes, les homos, les marginaux. Soit tout ce qui pouvait perturber l’ordre et l’Amérique puritaine

KKKLynchages, fusillades, croix brûlées lors de cérémonies, tabassages... nombreux seront les actes de violence perpétrés par cette société secrète. Au fil des pages se dévoilent également les rites d’initiation, la gestuelle et le vocabulaire employés par les membres du Klan. À titre d’exemple, si quelqu’un vous demande si vous connaissez un certain monsieur Ayak, la question en cache une autre, dont la réponse est connue des seuls initiés : «êtes-vous un membre du Klan ? (Are You A Klansman ?)» Une preuve du cloisonnement de ce mouvement raciste qui porte bien son surnom d’«Empire invisible». Tant le gouvernement fédéral que le mouvement Anonymous n’ont jamais réussi à le percer.
Aujourd’hui, le KKK existe toujours , mais sous perfusion. Les nombreux méfaits commis ont durablement marqué la société américaine. Dans l’imaginaire collectif , le KKK reste présent à jamais avec cette image, terrible, de cavaliers vêtus de blanc qui chevauchent au milieu de la nuit à la recherche de victimes à lyncher.

Philippe Degouy

«Le Ku Klux Klan», par Farid Ameur. Ed. Fayard, 224 pages
Couverture : éditions Fayard

Posté le 17 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Une jeunesse française entrée en Résistance

Juin 1940, l'armée française est défaite, vaincue par l'armée allemande. Plus moderne, plus mobile. La jeune Zoé Favre pense à son frère Martin, soldat français porté disparu comme beaucoup d’autres. Devant son domicile défilent des milliers de Français vaincus, en route pour les camps en Allemagne. Un spectacle affligeant qui va pousser la jeune femme à vouloir faire quelque chose, à trouver le moyen de résister à l’occupant allemand. «Il valait peut-être mieux mourir pour Dantzig qu’offrir un défilé aux Panzers sur les Champs-Elysées» pense-t-elle. Pendant que les politiques français se livrent à un bien triste spectacle, Zoé et quelques amis impriment et distribuent des tracts anti-Allemands. Mais Zoé va vite s’apercevoir que le danger est partout, même à son petit niveau. Son père est arrêté et son sort ne tient qu’à un fil. Brisé lors de sa participation à une manifestation d’étudiants nationalistes…

Pour ce troisième volet de la saga (sur les six déjà prévus) Une génération française (éd. Soleil), Thierry Gloris au scénario et la dessinatrice Anna-Luiza Koechler dressent le portrait d’une jeunesse qui a décidé de dire non. Non à la présence d’Allemands en France et non aux vœux du maréchal Pétain de lui faire confiance. «Nous nous sommes réveillés un matin et le pays n’existait plus. Une France qui n’était désormais plus la nôtre.» Si l'intrigue relève de la fiction, l’album rend hommage à ce qui est considéré aujourd’hui comme la première forme de résistance ouverte face à l’ennemi allemand : la manifestation d’étudiants et de lycéens qui s’est déroulée le 11 novembre 1940 devant le tombeau du Soldat inconnu. Une bravade payée au prix fort, avec de nombreuses arrestations. Un événement encouragé par les Gaullistes de Londres.

Unegénérationfrançaisetome3Les planches aux traits semi-réalistes d'Ana-Luiza Koehler brossent un portrait évocateur de cette époque, le début de ces quatre longues années d’occupation et de privations. Un portrait réaliste d’une France souillée. Et celui d’une large part de la population qui se retrouve en quelques semaines dirigée par les Allemands. Le scénario reproduit fidèlement ce sentiment qui va grandir peu à peu au sein des Français : celui de vouloir résister. En cette fin d’été de 1940, la question n’est pas de vouloir agir mais de trouver comment. Pour la jeune Zoé et ses amis étudiants, les mots seront les premières armes utilisées contre l’occupant. Aussi dangereuses pour eux que les autres, plus létales. La poignée de mains de Montoire ne restera pas sans suite au sein d’une jeunesse française éprise de liberté.
En parallèle au soulèvement étudiant qui germe au coeur des écoles et universités, les auteurs relatent également les dessous de ce coup d’Etat de juillet 1940. Quand la République est mise à mal au casino de Vichy. Avec le vote des parlementaires pour accorder les pleins pouvoirs à Philippe Pétain. «La France défaite se jette alors dans les bras d’un vieillard de 84 ans», avec un Laval, bouffi d’orgueil, à l’aise dans son rôle de Marc-Antoine.

Non, «la France ne méritait vraiment pas ça !» Mais son avenir se prépare déjà à Londres. Avec Charles de Gaulle et de nombreux Français réfugiés en Angleterre pour poursuivre la lutte. À Paris, occupé, «le bruit des bottes a remplacé les airs de jazz. Adieu musique, adieu, joie de vivre.» Mais les dettes se paieront.
S’ils dépeignent de tristes moments, les auteurs laissent néanmoins la place à de beaux moments de solidarité, avec des civils qui vont s’engager, s’aider.
Quant à la jeunesse, elle rêve déjà de rejoindre ces Français réunis autour de Charles de Gaulle. Une figure de résistance, condamnée à mort par contumace par les sicaires de Vichy. Ayez confiance! Oui, mais en qui?

Philippe Degouy

Une génération française 3/6. Ayez confiance! Scénario de Thierry Gloris, dessin d’Ana-Luiza Koechler. Éditions Soleil, 48 pages
Couverture : éditions Soleil

Posté le 17 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mai 40 à Dunkerque, un gamin au coeur de la tourmente

«J’avais 10 ans en 1940 quand éclata la première grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, en France. Elle se termina par la victoire d’Hitler. À Dunkerque, où je vivais. Je rêvais, je voulais, je croyais que les Français allaient gagner. Mais j’ai connu le drame de la défaite et le défilé, dans ma rue, de milliers et de milliers de prisonniers français
Ainsi débute le récit de Jacques Duquesne, journaliste et auteur de nombreux ouvrages à succès. Avec Dunkerque 1940. Une tragédie française  (éd. Flammarion), il relate le résultat de ses longues années de recherche sur un sujet historique plutôt méconnu. Le rembarquement du corps expéditionnaire britannique au cours d’une opération restée dans les manuels sous son nom de code : Dynamo. Le dernier acte d’un drame de guerre qui a scellé le cours de la guerre et plongé Dunkerque dans la nuit pendant plus de cinq ans.
Le document, passionnant de bout en bout, apporte aussi le témoignage de l’auteur, gamin au moment des faits, plongé au cœur de la tourmente. Un jeune garçon qui, comme beaucoup d'autres gamins, n’aurait pas dû subir ces visions d’horreur. «Nous les gosses, avions accueilli avec bonheur, ou plutôt un certain plaisir, la déclaration de guerre. Nous pensions moins aux souffrances et aux morts qu’aux défilés de la victoire

DUNKERQUEMais les événements ont rapidement effacé ces impressions de bonheur. Jacques Duquesne relate ainsi ses visions de bombardement de sa ville, avec les incendies, les familles ensevelies, les colonnes de prisonniers… Le défilé des Allemands dans les rues. Si l’espoir est longtemps resté présent au sein de la population, «peu à peu, un mot dramatique était apparu aux habitants de Dunkerque : la défaite. Jusqu’à hanter les esprits
Au fil des chapitres, construits sur ses recherches historiques, l’auteur démonte également quelques idées reçues. Comme celle liée au coup d’arrêt allemand. Soudain, et longtemps attribué au respect de l’Allemagne pour l’Angleterre. En vérité, il s’agissait pour Hitler de jouer sur la notion de flatterie. De laisser un peu des plaisirs de la victoire à l’infanterie allemande. Jacques Duquesne voit juste quand il déclare qu’ «un dictateur doit toujours se méfier de ses généraux : leur gloire personnelle peut leur donner des idées.» Il était hors de question de laisser toute la gloire aux soldats montés sur blindés. Lesquels avaient, par ailleurs, un grand besoin de souffler et de réparer les véhicules, malmenés par de multiples engagements.

Dunkerque? Au mieux un délai

L'avis de Jacques Duquesne sur les généraux alliés n’est guère tendre. On suit ainsi tout le processus britannique qui a mené au départ précipité du territoire français. Un rembarquement décidé sans consultation préalable des alliés français. Du point de vue français, l’héroïsme, celui des défenseurs de Dunkerque, a côtoyé la lâcheté la plus crasse, celle des déserteurs qui se sont glissés parmi les troupes à évacuer. «Tout ce qui a pu être sauvé l’a été», rapporte le général Alexander. «Non, mon général, reste l’honneur» réplique le capitaine de frégate de La Pérouse. Un extrait de dialogue savoureux cité par un auteur qui dénonce des attitudes méprisables, reflets du comportement humain. Le chacun pour soi, la lâcheté et l'idiotie de certains généraux. Sans oublier le déclenchement prématuré, stupide, d'une guerre sans y être préparé. Hitler lui-même aurait préféré attendre quelques années de plus.
Oui, c’était étrange comme guerre. Le plus destructeur des conflits de l'histoire.

«Il n’y eut pas de miracle à Dunkerque, seulement des lâchetés et de l’héroïsme. Des hommes, quoi. Au total, 340.000 hommes furent embarqués pour l’Angleterre. Dont quelque 140.000 Français, aussitôt renvoyés en France
Ce qui est présenté dans les livres comme une victoire n’en est pas une souligne l'auteur.
«Ce fut, au mieux, un délai qui permit de se renforcer et de nouer de nouvelles alliances
Un livre poignant qui se présente comme le complément idéal au nouveau film de Christopher Nolan, Dunkerque.

Philippe Degouy

Dunkerque 1940. Une tragédie française. Par Jacques Duquesne. Éditions Flammarion, 312 pages
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 17 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Il s'en passe des choses en Belgique

Savez-vous ce qui est arrivé à un ami? Non? Lisez donc ce qui suit.
Bien avant l’arrivée des réseaux sociaux, terreau fertile pour certains cerveaux dérangés, des rumeurs plus folles les unes que les autres ont circulé de bouche à oreille. Pour mettre en garde, effrayer le brave citoyen qui n’en demandait pas tant pour être angoissé. Une histoire colportée, déformée. Et jamais prouvée. Ce que l’on appelle aujourd'hui une légende urbaine. Le sujet de cet essai étonnant et drôle publié aux éditions Avant-Propos par Aurore Van De Winkel, docteur en information et communication à l’UCL. Son livre, Les légendes urbaines de Belgique, recense la majorité des légendes urbaines qui ont circulé au sein de notre petit royaume. Un travail de recherche conséquent, bien illustré. Plaisant à lire. Comment définir une légende urbaine? «Elle raconte un événement inattendu qui se serait glissé dans le quotidien d’un citoyen lambda. Elle est présentée comme authentique. Pourtant, sa véracité ne résiste pas longtemps à une relecture critique. Des récits parfois belgicisés en les plaçant dans des lieux de passage quotidiens et connus du grand public
Au fil des pages du livre, certaines légendes font sourire, d’autres frémir. Elles sont toutes remises dans leur contexte historique et sociologique. L'écriture

Legendes-urbaines-de-BelgiqueComment ne pas s’esclaffer à la lecture de cette rumeur qui a longtemps circulé au sein de l’ULB dans les années 90. Celle d’un comptoir où les étudiantes pouvaient revendre leurs petites culottes usagées pour rejoindre la collection d’un pervers japonais. Une légende, bien entendu. Vous pouvez désormais laver votre lingerie.
Plus mémorable encore, celle qui s’était répandue dans les années 80, relative aux couloirs du métro bruxellois (stations Anneessens et Comte de Flandre). De jeunes hommes en parfaite santé étaient enlevés puis retrouvés avec une énorme cicatrice dans le bas du dos. Et des organes en moins. Les plus de 40 ans se souviennent certainement de cet épisode. Plus récemment, la presse a relayé certaines rumeurs, folles et infondées, relatives à des bananes infectées par la bactérie mangeuse de chair. Ou à propos d’un jeune Brésilien, jamais identifié, retrouvé mort après avoir mangé des bonbons Mentos avec du Coca-Cola. Parmi les autres sujets qui alimentent l'ouvrage, citons les crocodiles qui hantent les égouts, les toilettes publiques bruxelloises où disparaissent des jeunes femmes pour être menées sur un navire présent sur le canal…
Une autre légende urbaine, fameuse elle aussi, a marqué durablement le public. Elle concernait certains magasins de la Rue Neuve et de la Porte de Namur. Certaines femmes disparaissaient des cabines d’essayage pour être envoyées à l'autre bout du monde, en esclavage. À ce propos, qui se souvient de ce film étonnant des années 80, Mama Dracula? Une comédie d’horreur réalisée par Boris Szulzinger (1980) qui racontait l’histoire de jeunes filles, vierges de préférence, capturées dans une boutique pour être offertes à la comtesse Dracula. Une curiosité à revoir. Notamment pour le jeu des frères Wajnberg. Fermons la parenthèse.

«Si les légendes urbaines dépeignent la Belgique comme dangereuse, rappelons-nous que ces histoires racontées sont fausses et permettent simplement aux Belges de parler de leurs préoccupations et de rappeler leurs valeurs et de conjurer les peurs» explique l’auteure en guise de conclusion. Soit, mais avouez que vous n’aurez plus vraiment l’esprit tranquille au moment d’essayer ce  vêtement sympa déniché dans cette petite boutique obscure. Et pourquoi ce rideau de cabine d’essayage est-il donc si étroit? Oui, il s’en passe de drôles en Belgique.

Les légendes urbaines de Belgique. Par Aurore Van de Winkel. Éditions Avant-propos, 309 pages, 25 euros
Couverture : éditions Avant-propos

Posté le 16 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le mythe Elvis Presley raconté en quelques livres

Disparu le 16 août 1977, Elvis Presley reste bien vivant dans la mémoire collective. Le mythe est loin d'être éteint. Ses disques se vendent toujours très bien, les fans défilent chaque jour à Graceland par milliers. Le roi du rock alimente toujours la passion de ses fans grâce aux rééditions d’albums. De très beaux livres se chargent également de raviver la flamme du souvenir et remplir la bibliothèque des fans.

À l’occasion du 40e anniversaire de sa mort, nous vous présentons une petite sélection de livres lus et commentés. Pas des nouveautés, mais des pépites. De beaux livres qui apportent un éclairage intéressant sur le chanteur, le mythe, son héritage.
Partons ensemble sur la route d'Elvis.

«I was the one!» aimait-il chanter. De fait.

Philippe Degouy

Elvis, «le king en devenir»

1956, un jeune chanteur de rock de 21 ans débute sa carrière. Son nom? Elvis Presley. Pour mieux le faire connaître au grand public, sa maison de disques, RCA Victor, demande au photographe Alfred Wertheimer de réaliser une séance de photos et d'immortaliser les débuts de cet artiste timide et mal dégrossi venu du Sud profond. Avec Elvis, «j'étais un journaliste avec un appareil photo en guise de plume
ELVISBONEntre les deux hommes, le courant passe rapidement, si bien qu'Elvis laisse le photographe le suivre au cours de ses déplacements, ses répétitions ou ses moments plus intimes au sein de sa famille. Des photos spontanées et encore libres du carcan médiatique qui allait étouffer l'idole des jeunes quelques années plus tard. Un Elvis encore heureux, accessible. Pour très peu de temps encore. Parmi les clichés présentés, retenons celui, superbe, où Elvis fixe un mur recouvert de photos d'artistes reconnus avec une moue qui semble dire: «moi aussi, je serai un jour sur ce mur
Elvis. Le King en devenir. 225 pages. Photographies d'Alfred Wertheimer. Editions Luc Pire/La Renaissance du livre

Ouvrez le livre aux trésors d’Elvis

Outre son érudition, bien loin des ouvrages purement «people», ce magnifique coffret rend hommage à Elvis de bien belle manière. Basé sur des sources de premier plan, Robert Gordon revient sur la carrière du king en y apportant quantité d'anecdotes. ELVIS2BONOutre le texte, très bien documenté, l'éditeur et l'auteur ont eu la bonne idée de glisser des reproductions de documents personnels qui permettent aux lecteurs de se rapprocher d'Elvis. Des photos de promo, des affiches de films, des lettres manuscrites, le ticket du premier concert important d'Elvis. Mais aussi des tickets pour le fameux '68 Comeback show ou pour le concert en mondiovision à Hawaii. En bonus, le coffret offre aussi un cd d'interviews. Une véritable pièce de collection, simplement magnifique.
Elvis Presley, le livre des trésors. Par Robert Gordon. 49,90 euros. K&B éditions.

Elvis, les fans et l’ethnologue

Qui aurait eu avant Gabriel Segré l'envie de consacrer aux fans d'Elvis une thèse universitaire, puis un livre? Ethnologue et maître de conférence, Gabriel Segré a ainsi suivi durant des mois ces fervents admirateurs d'Elvis Presley. Pour découvrir le pourquoi et le comment de cette admiration sans limite frôlant quelques fois le mouvement sectaire.
ELVIS4BONPour beaucoup d'entre eux, Elvis est réellement devenu une sorte de phare qui les aide à surmonter une vie d'obstacles et d'événements malheureux. Sans moquerie, souvent avec étonnement, le scientifique a cherché à comprendre, au fil des témoignages de témoins, comment un jeune blanc, pauvre au possible, a pu devenir une sorte de dieu personnifié.
Au nom du king. Elvis, les fans et l'ethnologue. Par Gabriel Segré. Editions aux lieux d'être.

Elvis par les Presley

Cet album, axé sur une très belle iconographie, donne la parole aux proches d'Elvis: son ex-femme, sa fille, sa tante...et jusqu'à la cuisinière. Illustré de très nombreux documents personnels, l'album dresse le portrait de l'homme qui se cachait derrière la star. ELVIS5BONUn homme très entouré, mais souffrant terriblement de solitude. Un homme déchiré par la perte de sa mère et n'ayant jamais accepté réellement son statut de dieu vivant.
Elvis par les Presley. Editions Michel Lafon

Ensemble, sur la route d’Elvis

C'est le parcours extraordinaire d'un petit Blanc né dans un quartier pauvre et noir de Tupelo (Mississippi) en 1935 que raconte ici Patrick Mahé. Ancien rédacteur en chef de Paris Match , il nous fait partager avec passion La route d'Elvis de Tupelo à Memphis, Mississippi, en passant par Las Vegas ou l'Allemagne. Une passion pour Elvis qui aurait pu lui faire prononcer aussi l'hommage rendu par John Lennon: «Personne ne m'a jamais vraiment touché jusqu'à ce que j'entende ElvisELVIS6BONL'auteur consacre plusieurs chapitres, fort complets et amusants, à l'influence d'Elvis sur des chanteurs comme Johnny Hallyday ou Dick Rivers, dont le nom de scène a d'ailleurs été emprunté à un personnage joué par Elvis dans Loving You , Deke Rivers... Une anecdote parmi tant d'autres racontées dans ce livre qui fera le bonheur de tous les fans du King.
Sur la route d'Elvis. Par Patrick Mahé. Editions Grasset. 323 pages.

Ladies and gentlemen, «Elvis has left the building». Forever young.

 

Posté le 15 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Bienvenue au pays des légendes

Barbouzes, seigneurs, peu importe le surnom attribué aux hommes et femmes qui agissent dans l’ombre au profit de leur pays. Mais qui sont-ils? Comment vivent-ils la reconnaissance médiatique incarnée par le feuilleton Le bureau des légendes (Canal +)? C’est clair, l’espionnage a la cote, un regain d'intérêt étroitement lié à avec cette ambiance internationale qui rappelle fortement les années de guerre froide des années 80.
Spécialiste des conflits français contemporains, Jean-Christophe Notin publie chez Tallandier Les guerriers de l’ombre. Un document qui donne la parole à treize ex-agents du service clandestin de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure). Ils se présentent sous un prénom d’emprunt, Sandra, Norman, Daniel, Benoît ou François.
Douze hommes et une femme, âgés de 40 à 70 ans. Civils ou militaires. Tous ont aujourd'hui quitté le service actif.
Ils se racontent à l'auteur dans un jeu de questions réponses qui invite à découvrir le quotidien d’un OT (officier traitant). Leurs récits répondent à la volonté de «mieux faire connaître leur métier, de le nettoyer des éternels clichés qu’il traîne comme autant de boulets.» Ni James Bond, ni OSS 117. Des individus capables de se fondre dans une foule, de mener une double vie sans se faire remarquer. Ils sont parmi nous, anonymes. Votre voisin? Votre collègue? Votre patron peut-être? Qui sait.

Chapitre après chapitre, le lecteur évolue dans un univers qui rappelle le film Spy game ou les romans de Tom Clancy avec l’agent Jack Ryan. L’accent est mis sur les expériences d'agents de terrain. On y découvre la différence entre légende et couverture. Mais aussi les hésitations vécues avant de rejoindre un service où gloire et argent ne sont pas de mise. Par le biais de nombreuses anecdotes et de souvenirs personnels, le lecteur découvre le quotidien de l'agent clandestin.
«On vit dans l’ombre. La clandestinité est un équilibre instable et il ne faut pas grand-chose pour la faire tomber soit d’un côté, soit de l’autre. Un mode opératoire qui est illégal au regard des pays dans lesquels nous intervenons» précise l'un d'eux.
Quel est le profil idéal ? «Il ne faut pas des gens parfaits, sinon il n’y aurait personne. Les impulsifs, colériques ou exaltés, on va les éviter. Plus que l’aspect très athlétique, il faut de la rusticité. Il faut être dur au mal, ne pas avoir chaud, froid, faim. Quant au défaut d’humilité, c’est un péché mortel» souligne un autre intervenant.

Si aucun secret n'est révélé, ces guerriers de l'ombre rapportent des souvenirs de missions, celles menées en Afghanistan, avant et après le 11 septembre 2001. Avec d'étonnantes révélations, méconnues du grand public. Comme la demande faite à la France d'accueillir Oussama ben Laden. Demande restée sans suite, bien entendu.

Guerriersdel'ombreOfficier de renseignement, un métier où il faut presque autant de courage pour y aller que pour en sortir. Le retrait du service actif, une phase racontée longuement par les témoins interrogés par l’auteur. Avec émotion. Comment, en effet, balayer des années de tension, de mensonges, de choses vues et mal vécues? De solidarité entre collègues. Aujourd’hui, une nouvelle vague d’officiers est formée. Post-Bataclan, très motivée et décidée à servir la France. La relève de nos 13 apôtres du renseignement est assurée.

De l'importance d'être sur le terrain

Fort heureusement, car le péril est plus présent que jamais. Il souligne davantage l’importance des agents de terrains, capables de mettre à jour toute menace contre la France. Djihadiste notamment. «Quand on combat sur le territoire français, c’est déjà combattre en reculant. Donc, si on peut le faire en amont, c’est comme ça qu’on peut gagner la guerre. (…) La frontière de conflits, elle est juste à côté de la frontière de l’Union européenne. Plus en Afghanistan ou en Afrique

«À une époque de course aussi vaine qu’effrénée à la richesse et à la célébrité, il est bon de savoir, souligne l’auteur, que certains prennent encore bien des risques sans en attendre la moindre reconnaissance.» Des propos parfaits pour servir d’épilogue à ce document qui se lit d’une traite. Qui donnera à certains l’envie de rejoindre cette guerre de l’ombre. Bien loin d’être terminée. Une mission de longue haleine qui rappelle les propos tenus par Churchill en 1942, «ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais, c’est peut-être la fin du commencement

Philippe Degouy

Les guerriers de l’ombre. Les agents clandestins de la DGSE parlent pour la première fois. Par Jean-Christophe Notin. Éditions Tallandier, 304 pages, 18,90 euros
Couverture : éditions Tallandier

Posté le 14 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

L’été sans fin d’Éric Neuhoff

«Souvent, j’ai envie de me présenter ainsi : j’ai la cinquantaine et pendant presque vingt ans j’ai passé mes vacances sur la Costa Brava. Je repense à toutes ces vacances d’été. Je me souviens que nous les attendions toute l’année. Elles avaient l’air de ne jamais vouloir finir...»
L’été, ses plaisirs, ses rencontres, ses premières fois… Une période bénie et célébrée par Eric Neuhoff (écrivain, journaliste au Figaro...) dans son nouveau roman, Costa Brava (éd. Albin Michel). Avec son talent de conteur, il replonge son lecteur dans le bain des souvenirs de jeunesse. Avec tendresse, par petites touches, il ranime ces souvenirs de vacances en famille, ce doux moment où le Sud semble le bout du monde. Le paradis des nordistes pour quelques semaines. Avant de remonter vers le froid, la pluie, le béton.
Les souvenirs de vacances d’été. Un trésor inestimable et que l’on a souvent envie de partager, adulte. Et là, voici que s’annonce l’erreur de débutant. Celle que commettent beaucoup de parents : emmener les enfants sur les traces de séjours d'été du siècle passé. Avec la Peugeot 404 et la caravane. Les années 60-70, une éternité pour la génération 2.0 qui préfère la piscine aux bains de mer, la console aux jeux de plage entre jeunes estivants. Ces amis que l’on se fait en vacances et que l’on retrouve d’année en année. Avec le même plaisir.

COSTABRAVALe narrateur du nouveau roman d’Eric Neuhoff (Les Insoumis, Les Hanches de Laetitia, Mufle…) a voulu replonger lui aussi ses deux gosses dans ses souvenirs de vacances estivales. Leur faire découvrir son paradis, le petit village de Canyelles, sur la Costa Brava. Comme pour passer le flambeau du bonheur à une nouvelle génération. Mais, rien n’est plus comme avant mon bon monsieur. Les jeunes d’aujourd’hui ont d’autres valeurs. Ne reste alors au père quinquagénaire divorcé qu’à faire le pèlerinage seul. Déambuler dans les rues de la station à la recherche de repaires, de la maison familiale aussi délabrée que le moral. Retrouver ces fantômes du passé, ces souvenirs de promenades avec les parents, les glaces à l’eau, l’odeur de la crème solaire, celle de plage fixée sur la peau, les journées entières à ne rien faire, les maillots mouillés qu’il fallait rincer à l’eau douce…
Qu’il était bon de retrouver les copains d’alors, «Antoine, Daphné, Charles, Bénédicte. Mes compagnons de toujours. Cinq grands couillons de cinquante ans. Notre amitié avait survécu à l’âge adulte. On en revenait toujours au passé, à ces années-là. Nous regrettions le monde comme il était.»
Les filles qui disaient non et se moquaient d’humilier le jeune garçon qu’était le narrateur : «dans le fond, je crois que je me serais entiché de la première fille qui m’aurait autorisé à l’embrasser pour de bon

Des années bonheur rythmées par des tubes musicaux, devenus au fil des années de véritables tire-larme. Porque te vas, I’m not in love, les slows. Ce n’était pas l’été Indien de Joe Dassin mais presque. Aujourd’hui, «les années passent. Elle se mélangent un peu. Les souvenirs s’effacent comme de vieux polaroïds.» Ceux qui restent sont enjolivés pour se souvenir de ce temps passé avec les copains, avec qui on oubliait que l’on allait devenir adulte comme nos vieux.

«Où est passé tout cela ? Qu’est-ce que j’ai oublié, à part ma jeunesse ? Je crois bien que nous aurions tous voulu retrouver notre enfance comme des poissons rouges tombés hors de leur bocal essaient délibérément d’y retourner
Un ouvrage à relire, quand les nuits seront plus longues que les jours, pour se redonner un peu de lumière en tête et patienter avec Eric Neuhoff jusqu’au prochain été. Son roman à la fois drôle et nostalgique constitue une porte ouverte vers ce monde magique de l'enfance. Celui vers qui l'on se tourne quand ce monde actuel semble trop dur à supporter, à subir. Plonger dans les pages du roman demande un peu de préparation, comme l'on se mouille avant de plonger dans l'océan. C'est certain, vous ne refermerez pas ce livre avec les yeux secs.
«L'été 1964 à la Costa Brava. Nous ne verrons plus jamais ça revenir

Philippe Degouy

Costa Brava. Roman d’Éric Neuhoff. Éditions Albin Michel, 298 pages, 19,50 euros
Couverture : Albin Michel

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