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Posté le 29 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Du Jules Magret pour se déglacer la languetouze, se régaler le carter

Par Philippe Degouy

Vous recherchez un avis sans concession sur un endroit où becter sans tomber dans le claque-flouze de qualité médiocre? Suivez Jules Magret. Bon, d’accord, voilà un pseudo qui ne casse pas trois pattes à un canard (humour), mais son propriétaire publie un petit guide de quelque 220 tables de France. Pour vous déglacer la languetouze. Touchez pas au frichti, escalope.
Un pseudo derrière lequel se retranche François Cérésa, chroniqueur littéraire et critique gastronomique. Les adresses sélectionnées dans son bouquin ont été testées et goûtées, dégoûtées parfois. Classées par régions avec les renseignements pratiques.
Ce guide, c’est du festif. Le plaisir de manger, c'est tout. L’écriture de Jules Magret, c’est pas du Ronsard, non, c’est du Bérurier pur jus. Façon Frédéric Dard, avec quelques touches de Michel Audiard façon Jean Gabin. On rit, on sourit. Souvent. De ces jeux de mots douteux mais drôles, de ces déviations en verlan, de ces anagrammes cinéphiliques ou de l’argot passé à la salamandre. Et on revoit Ventura ou Blier attablés avec Jean Carmet et Gabin. Un sérieux quatuor de machoires. Des épées à table. Les Tontons mangeurs.

FRICHTILes chroniques de ce charmant guide publié aux éditions de l’Archipel (de la goulasch, dirait Audiard) fleurent bon la France profonde. Celle qui préfère la cuisine au beurre à celle servie en intraveineuse avec le radis et la carotte en guise de plat principal. Ne lui parlez pas nouvelle cuisine au Julot, il voit plus rouge que Mao à son évocation. « L’esthétique de tous ces Braque de la mini-portion nous encrasse le thermostat. Quand on commande un pigeon, on le veut entier. Les petits machins aux petits trucs, fini ! »

D’accord, son avis, c’est parfois du brutal, comme diraient les Tontons flingueurs. Sa plume est trempée dans le vinaigre le plus acide. Mais bon, il y a de quoi s’énerver face aux saloperies parfois servies à table : « ces grenouilles congelées, ces escargots de Turquie ou ces gambas de supermarché. » On nous prend pour des consommateurs de Tricatel ? Comment, à la lecture de ce guide gastronomique hilarant (de la Baltique), ne pas se souvenir de L’Aile ou la cuisse, ou du Grand restaurant.
L’écriture est aussi savoureuse que la barbaque de ce restau de Saint-Christophe-en-Brionnais : « c’est le mouvant bien ferme, l’araignée dans le plafonnard, la bavette qui se taille, l’onglet qui débarque. »
Quand c’est bon, bien servi, avec le sourire de la patronne, Jules se fait tout doux. Gentil : « on se régale le carter avec les félicitations des soupapes. De quoi l’avoir aux oignes et de mettre Charlot soldat au garde-à-vous. » Mais malheur à celui qui tente de l’arnaquer le Julot. Il a le glaive vengeur, la plume sévère. Avec humour, mais pas avec amour. Comme après une visite dans un restau parisien pour lavedus en sandales : « ici, c’est l’enterrement de première classe. Tu raques, tu bouffes mal et tu fermes ton snack-prout. Bref, un stanco à rayer de la carte. » La cave se rebiffe, parfois. Non mais ! De même, les adresses qui te font faire un régime sec au larfeuille provoquent la même réaction. Ce taulier situé dans le Midi s’en souvient encore de la chronique de Magret : « d’accord, c’est un beau coinsteau, mais de là à nous morpionner le crapaud-buffle ainsi, ça tiraille une chouille sur la cordelette au père Jojo. »
Fin bec, Jules est aussi connaisseur dans le lubrifiant. Rouge ou blanc, qu’importe pourvu qu’il donne le crapaud en thalasso.

Ce bouquin, « c’est vraiment le balthazar, on se savonne les zygos à sa lecture. » Il donne envie de s'attabler direct, pour se déglacer le confit.

Touchez pas au frichti. Par Jules Magret. Éditions de L’Archipel, 160 pages, 15 euros
Couverture : éditions de l’Archipel

Posté le 29 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les Sixties, cet âge d’or pour l'automobile

    Par Philippe Degouy

Publié aux éditions E/P/A, Voitures de collection des années 60 invite à redécouvrir des modèles d’exception, ceux qui ont laissé une marque dans l’histoire automobile. Les années 60? Un âge d'or pour le secteur. Avec des modèles qui ont marqué la légende, des lignes superbes. Vous avez, enfant, collectionné les miniatures? Et si vous passiez maintenant aux modèles à échelle réelle? Une invitation proposée par Patrick Lesueur, directeur de publication.

Jaguar type E, Porsche 911, Ford Capri, Citroën Méhari, Simca Coupé 1200 ou Alpine A110. Les stars sont présentes sur le tapis rouge. Le rêve sous le capot, plus sexy que le tigre de la publicité. On se risque sur le bizarre? Comme avec cette ZIL 114, copie soviétique de la Lincoln Continental. Pour l'avoir dans le garage, petit père (des peuples, ou pas), il faudra débourser quelque 20.000 euros sur le marché de la collection. Pour 300 ch quand même. Et un look plus qu'impressionnant. C'est certain, vous ferez sensation sur le parking de votre grande surface préférée.

Chaque modèle du livre, richement illustré, est présenté avec sa genèse, ses caractéristiques et sa cote sur le marché de la collection. Des tarifs qui donnent une idée du prix juste mais qui ne sont pas forcément ceux que vous débourserez. « Il est souvent plus sage de surpayer raisonnablement une voiture en bon état que de suivre aveuglément l’estimation en achetant une voiture médiocre » précisent les auteurs de ce beau livre dirigé par Patrick Lesueur.

VOITUREDECOLLECTIONOutre ce passionnant défilé de beautés mécaniques, l'album destine de courts chapitres pratiques aux lecteurs susceptibles de rejoindre le rang des collectionneurs.
En gardant à l’esprit que « tout ce qui est ancien n’est pas forcément digne d’intérêt. »
Pas besoin de disposer de fonds importants pour se faire plaisir. Les larfeuilles moins fournis peuvent se consoler avec des modèles des années 70 et 80 plus abordables et qui pourraient prendre de la valeur avec le temps.
Quant à savoir si la voiture est encore un fructueux placement, la question reste ouverte. « Si la folie spéculative des années 80 semble loin, dans les ventes aux enchères ou les négociations entre particuliers, les beaux exemplaires commandent toujours des prix élevés et sont âprement disputés. »
À titre d’exemple, une Ferrari 275 GTB vous coûtera au minimum le prix d’un appartement moyen. La Jensen Interceptor de 1966 réclamera un chèque  de 15 à 20.000 euros pour le plaisir de conduire ce modèle original. Raisonnable dépense.
Et que sont quelques (grosses) liasses de billets à mettre sur la table pour apprécier la beauté d’une Facel Vega ou d’un coupé Sting Ray.
Vous avez déjà une Mustang? Achetez donc une Dodge Charger, sa rivale à la ville comme à l’écran (dans le classique Bullitt). Du brutal, un jouet pour grands garçons. Le cinéma? Voilà un bon thème pour débuter une collection. Une 2CV pour rendre hommage à la soeur kamikaze dans Le gendarme à Saint-Tropez, une Mustang, comme dans Un homme et une femme, ou la fameuse Aston Martin du film Goldfinger. Dans cet épisode de la saga James Bond, ce n’était d’ailleurs pas une DB5 mais une DB4 Vantage série 5. Avec la classe de série.
Page après page, on (re)découvre des modèles connus, oubliés, voire carrément inconnus du grand public. Comme cette Sovam 850 de 1965. Et que dire de cette Sabra Sport produite par la firme israélienne Autocars Company Ltd. Un petit cabrio pas vilain du tout à regarder.

Vous voulez débuter une collection? La bonne idée. Un chapitre dévoile les étapes à suivre. Quelle voiture choisir? Comment l’acheter? À quoi faut-il faire attention à l’achat, en sachant que les faux abondent, comme dans le marché de l’art? Pourquoi faut-il rejoindre un club de collectionneurs? Autant de questions parmi d’autres qui trouveront une réponse. Et éviter les déconvenues.

Un beau livre, nostalgique à souhait, qui se referme sur un dernier conseil, judicieux  : « une automobile de collection est d’abord et avant tout conçue pour rouler. Rien de pire en effet que l’immobilisation prolongée, qui entartre les radiateurs et oxyde les huiles. Une voiture qui roule régulièrement est une voiture fiable. »
Ceci dit, en voiture Simone et... roulez jeunesse.

Voitures de collection des années 1960. Sous la direction de Patrick Lesueur. Éditions E/P/A/ 257 pages, 19,90 euros
Couverture : éditions E/P/A

Posté le 24 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ecce Playas, le Truman show du terrorisme

Par Philippe Degouy

Il suffit parfois de la promesse d'un sujet d'article ou de livre prometteur pour déplacer des montagnes, ou du moins pousser un auteur curieux à parcourir plus de 8000 kilomètres pour le découvrir et l’approfondir. Artiste et écrivain britannique, Jason Oddy publie Notes du désert. Son premier livre. Le récit d'un voyage au milieu de nulle part, dans l’un des coins les plus reculés des Etats-Unis : au cœur du Nouveau-Mexique.
Un Etat moins populaire que la Californie, soit, mais qui réserve bien des surprises à ses visiteurs. Terriens ou pas. Des espaces infinis, qui semblent capables d’héberger le monde entier, à donner le vertige. Véritable paradis pour tout misanthrope, qui n’aura pas l’occasion d’être plongé dans ce tourisme de masse si envahissant.
Seul au monde pourrait être la devise du Nouveau-Mexique. Des déserts immenses où rouillent les restes de voitures et d’anciennes mines abandonnées. Des vestiges de motels désaffectés, parfaits comme décors pour des thrillers de série B, voient passer les rares voitures. Un trop plein d’espace qui ne manque pas de charme pour qui cherche l'inspiration.

« L’idée de plonger au fond de ce qui était en train de secouer l’Amérique m’avait emmené jusqu’au Bootheel, un coin perdu dans le Sud-Ouest du Nouveau-Mexique. Quelques ranchs, quelques mines désaffectées. Et d’innombrables migrants traversant la frontières. » Parmi ces fantômes d’un passé révolu, la petite ville de Playas. Un trou perdu comme il en existe tant dans l’Amérique profonde. Une grand-rue, quelques boutiques, un restaurant local et des buissons transportés par les bourrasques. Le tout sous la chaleur écrasante de l’été. Un vrai décor de film à la Tarantino.
Jugé parfait également par le gouvernement américain pour servir de terrain d’entraînement « en vrai » aux forces de police du pays. Une ville, construite dans les années 70, rachetée clés sur porte pour 5 millions de dollars, habitants compris à la compagnie minière Phelps Dodge.
Une ville devenue terrain d’entraînement pour les soldats, les policiers destinés à la lutte contre le terrorisme. Un parc d’attractions pour forces de police où l’enfer se déchaîne chaque jour. De 9h à 5. Benvenidos a Playas, New Mexico. La ville de la terreur.

NOTESDESERTSur le ton du candide de service, Jason Oddy observe et relate dans ses notes du désert cet étrange cérémonial qui se déroule dans les rues de ce coin paumé d’Amérique. Entraîné malgré lui dans la lutte contre le terrorisme qui a suivi les actes du 11 septembre. Revenue à la vie grâce à la terreur, Playas sert maintenant de vitrine à l’étranger. Les alliés de Washington peuvent ainsi louer la ville et ses hôtes pour quelque 10.000 dollars la journée. Décors réalistes, explosions et citoyens de Playas déguisés en terroristes orientaux compris.

« Dans ce coin reculé du Nouveau-Mexique, Playas, qui ne créait plus rien, s’était ainsi rendue parfaitement indispensable. Offerte au service de la sécurité des Etats-Unis. La ville réinventée. » Le Truman show du terrorisme en sorte.
Si le lecteur a quelques fois l’impression d’être dans une fiction, le récit relève pourtant de la réalité, avec un auteur qui sert de guide, véritable éponge qui absorbe tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend. Playas, une ville qui aurait pu se reconvertir dans quelque chose de plus lucratif mais qui s’est rassemblée avec enthousiasme sous l’ombre de la bannière étoilée. Avec cette impression de participer à sa manière au combat contre les forces du Mal. « Ce que l’on fait à Playas est d’essayer d’empêcher l’histoire de se répéter. »

À quelques heures de route de Playas, Roswell n’a rien à lui envier question originalité. Ici aussi, la ville a su se redresser. Sur un autre segment. Plus juteux pour le commerce : les aliens. Ceux qui auraient crashé une soucoupe en été 1947. Depuis, la ville se nourrit des complots, des propos d'experts, des touristes venus voir le site du « crash » et dépenser les dollars dans les boutiques et le musée international des ovnis.
Avec ce don d’observation, Jason Oddy dresse un portrait hilarant, en quelques touches d’humour britannique, de ce microcosme qui vit dans un autre monde. Il s’en passe des choses au Nouveau-Mexique, où l’on découvre avec l'auteur les traces d’anciens scientifiques nazis, « invités » par les Américains après la défaite de l’Allemagne en 1945. Il reste des vestiges de leur passage dans le désert de White Sands, avec cet étrange musée de missiles, dressés comme des totems.

Comment, après tout cela, en vouloir à l’auteur de voir des lapins géants et des cubes volants dans la nuit. Le désert peut détraquer toute notion de réalité pour un Britannique à la recherche d’un raccourci pour rejoindre l’Arizona. Un raccourci que jamais il ne trouva. Car la vérité est ailleurs, alors que résonnent dans le désert  les paroles du tube patriotique de Darryl Worley, Have you forgotten, devenu l'hymne de guerre de Playas :  « have you forgotten how it felt that day? To see your homeland under fire and her people blown away. Have you forgotten when those towers fell? »

Notes du désert. Par Jason Oddy. Éditions Grasset, 256 pages, 20,00 euros
Couverture : éditions Grasset

Posté le 23 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au 36, on sert encore le poulet à l’ancienne

Par Philippe Degouy

Le 36, quai des Orfèvres, une adresse mythique à Paris. Qui fait rêver le touriste de passage et qui inspire écrivains et cinéastes. Un lieu chargé d’histoires, criminelles, mais qui ne sera bientôt plus qu’un émouvant souvenir. En cause, le déménagement, prévu fin 2017, des services de police dans un endroit bien plus moderne et sécurisé. Au 36, rue du Bastion, dans le quartier des Batignolles, dans le 17e, à quelques dizaines de minutes de là.
Journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, Patricia Tourancheau invite le lecteur à la suivre au cœur d’un mythe, sur les traces des grands flics et des grandes affaires criminelles. L’enlèvement du baron Empain, Landru, la mort de Mesrine, Action directe, Guy Georges …  36Quai
Son livre fait figure d’état des lieux avant changement de locataire(s). Nombreux sont les anciens patrons à témoigner de leur vécu au sein de ces murs. Et c'est loin d'être triste.

Voici que se déroule chapitre après chapitre le récit d’une époque révolue, où les flics travaillaient avec les juges. Presque en totale liberté, moyennant l’obligation de faire du chiffre.
Le temps des bagarres de cow-boys, des suspects travaillés à coups de bottin ou au régime sec. Des flics qui avaient la dégaine de Belmondo façon Peur sur la ville, avec blouson de cuir, jeans et baskets.

Au 36, si les poulets font leurs adieux à la Seine, ils ne quittent pas pour autant la scène…de crime. Allez, debout les morts, on change de cimetière, pour reprendre cette citation populaire. Et on suit avec plaisir Patricia Tourancheau, de service en service, pour se replonger dans la mémoire de la police parisienne. Avec les témoignages, souvent croustillants, des patrons successifs : Jean-Louis Fiamenghi, Claude Cancès, Martine Monteil, Richard Marlet, Patrick Riou, Broussard, Pierre Ottavioli. Pour ne citer que quelques noms connus.

Entre deux affaires, le ton vire parfois à l’ambiance digne d’un San Antonio de Frédéric Dard. Avec ces pots de départ ou pris pour fêter la mise à l’ombre d’un beau crâne (un truand d'envergure, ndla). Bienheureux le fournisseur de pastis au 36.
On sourit, on rit, à l’évocation du passage régulier en les murs de Serge Gainsbourg, dont on connaissait la sympathie pour les flics. Il venait siroter quelques verres, pour se délecter de faits divers. Il aimait aussi, les soirs de sortie, être ramené chez lui en panier à salade, sirène hurlante. Rien ne lui faisait plus plaisir. Tant pis pour la discrétion.
Son portrait sur la chaise Bertillon, sérieux comme un pape, figure dans le cahier photographique présent dans le livre.
Il faut lire la présentation, par Martine Monteil, du petit musée des curiosités de la Mondaine. Une collection particulièrement glauque, qui ferait presque rougir un légionnaire. Avec des pièces plutôt étonnantes, comme cet album dédié à une collection de poils pubiens féminins. Un drôle d’herbier pour adulte. Un musée qui suivra le déménagement, lui aussi. Un héritage qui se transmet de génération de flics en génération.

Mais ces intermèdes destinés à décompresser ne doivent pas occulter le quotidien difficile de ces hommes et femmes, tous  confrontés au mal. Des flics qui ne cessent de se poser des questions. Sur leur job, sur les raisons du passage à l’acte des criminels. Pourquoi un type décide-t-il un matin de buter son voisin et de le découper? Pourquoi un autre se met à violer des gamines, ou étrangler une mammy pour trois sous en poche ? Des crimes qui laissent des officiers de police marqués durablement par la vision de la mort.
« La Camarde finit par s’insinuer partout et ressurgir la nuit. À un moment, on ne peut plus regarder la mort en face, on ne peut plus la voir en peinture, on ne peut plus la sentir. Les corps d’enfants, ces victimes torturées. Des morts insupportables qui troublent votre sommeil pendant longtemps. » Avec oui, confessent-ils, quelques fois, l’envie d’être le bourreau de criminels abjects.

Des criminels qui n’ont pas tous du sang sur les mains. Le crime porte plusieurs masques. À l’instar de celui porté par les proxénètes, exploiteurs de prostitué(e)s. Fernande Grudet, notamment. Celle qui est restée dans l’imaginaire collectif sous le nom de Madame Claude, l’amie des VIP. Ses passages au 36 sont relatés avec humour par l’auteure. Drôle de numéro aussi que Katia la Rouquine, tenancière de « maison de galanterie » et balance pour les condés.

Un document, passionnant de bout en bout, qui se referme sur un dossier toujours ouvert, celui relatif à un tueur en série, violeur de petites filles : le Grêlé. Surnom d'un criminel recherché depuis 1986, mais demeuré introuvable. Est-il encore en vie aujourd’hui ? Qu’importe, cette affaire poursuit toujours les superflics, frustrés de ne pas avoir serré ce malfaisant.

« Il s’engagea sous la voûte de la PJ. Il fut triste à l’idée que, dans si peu de temps, il ne viendrait plus ici chaque matin » (Georges Simenon, L’Amie de madame Maigret).


Le 36. Histoires de poulets, d’indics et de tueurs en série. Par Patricia Tourancheau. Éditions Le Seuil/Les Jours.fr, 395 pages, 22,50 euros
Couverture : éditions Le Seuil

Posté le 22 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Alain Delon ou la solitude du samouraï

      Par Philippe Degouy

« Je connais bien la mélancolie d’Alain Delon. J’ai grandi avec ses films. Ils évoquent une façon d’être, de se tenir. » Ces mots, ceux de Stéphane Guibourgé, résument parfaitement son ouvrage, qui ressemble à une biographie mais qui n’en est pas une. Pas vraiment. L’auteur raconte le parcours de la star, certes, mais rédigé dans l’ombre du succès. En mettant à jour les faiblesses et la personnalité tourmentée d’un enfant blessé, qui a traîné sa mélancolie comme un boulet attaché à sa cheville. C’est touchant, et rassurant, de découvrir une star dépeinte comme un homme fragile qui nous ressemble. Dépouillé de ses signes extérieurs de réussite, cette simple carapace qui aide à mieux se supporter et à avancer. Oui, Stéphane Guibourgé connaît bien cette mélancolie né d’une enfance brisée. Car il a connu un parcours de jeunesse semblable, ou peu s'en faut. Un auteur qui se déclare blessé par la vie, comme Alain Delon. « J’ai depuis l’adolescence la réputation d’être un type arrogant, distant, ingérable. Je suis juste timide, sauvage même, et longtemps j’ai eu peur. »

Le cinéma d’Alain Delon ? Une course en avant, pour tenter de semer son passé. Ce sont aussi des rencontres marquantes, avec des pères de substitution, comme Luchino Visconti, René Clément, Jean-Pierre Melville.

AlaindelonCe livre n’est pas une hagiographie, même si l’auteur ne peut réfréner une certaine tendresse pour ce double, ce frère d’armes. Comme lui, il a choisi une certaine solitude pour éviter la trahison, la violence intérieure née d’une enfance difficile.
Alain Delon, sans faire partie de ses proches, il peut pourtant le cerner, le démasquer. « Je crois que Delon, depuis l’origine, est un homme qui a peur et qui ne le sait pas. Cette façon de ne pas s’accepter. De ne pas montrer, de ne pas exprimer sa tristesse, sa faiblesse. » Un sentiment de résistance face aux autres qui est sans doute à l’origine de cette façon de parler de lui à la troisième personne. Celui qui s’exprime devant les caméras, en entretien n’est pas Alain Delon, c’est un autre, un masque. L'armure du samouraï.
« Il faut se méfier des enfants bafoués. Ils n’avancent souvent que mus par la force tirée de l’humiliation par un inextinguible besoin de vengeance. » Retracer le parcours d’Alain Delon, pour l'auteur, c’est se raconter aussi, pour exorciser ses propres douleurs.

Une mélancolie d'Alain Delon qui se nourrit de ses souvenirs d’enfance, de cet enfant balloté par la vie. Blessé par une mère qui signe ses papiers d’engagement à l’armée, sans tenter de le retenir comme une mère aimante le ferait pour un gamin sur le départ en Indochine. Un enfant devenu adulte, et qui voit partir ses repères, ses idoles, ses amis. « Le cinéma de Delon est un monde en voie de disparition. Visconti, Gabin, Ventura, Audiard, Melville, Ronet, Bronson… » Tous partis. Comme ses femmes. Il n’a pas pu (voulu) les retenir. Et pourtant, il a connu les plus belles d'entre elles : Mireille, Nathalie, Romy et les autres. En y pensant, on revoit défiler les grands films d’une filmographie marquante. Qui ne sera jamais plus égalée : La piscine, Notre histoire, Adieu l’ami, Plein soleil, Rocco et ses frères, Le guépard, Le samouraï

Cette biographie, rédigée sous un angle inhabituel, qui n’oublie rien de la carrière de l’acteur, racontée par la bande, se veut également comme le portrait d’une époque disparue. Et là, pour le coup, la mélancolie est pour nous.
Aujourd’hui, Alain Delon aime la solitude, la compagnie de ses chiens. Ils lui permettent de vivre démasqué. D’être enfin Alain Delon. « Les chiens sont ce viatique vers l’apaisement des hommes durs. Ils savent adoucir puis éclairer une âme obscure. » Et les chiens ont cet énorme avantage sur l’homme, ils ignorent la trahison.
Un ouvrage, à l’écriture parfois rude mais toujours touchante, qui se lit avec grand plaisir, pour revivre, par flashes, une carrière qui a réservé aux cinéphiles d’intenses moments de cinéma. Un bel hommage à cette personnalité, plus sensible que l’on pense. Rendue humaine sous la plume de Stéphane Guibourgé. « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. »

La mélancolie d’Alain Delon, par Stéphane Guibourgé. Éditions Pierre Guillaume de Roux, 198 pages, 22 euros
Couverture : éditions PGR

Posté le 22 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

En un combat douteux au Vietnam

Par Philippe Degouy

Si chacun connaît les romans de John Steinbeck, qu'en est-il de son oeuvre journalistique ? Rééditées chez Perrin, ses Dépêches du Vietnam méritent une lecture. Pour la qualité de l'écriture mais aussi pour le témoignage apporté. Elles furent écrites sur place, en pleine guerre du Vietnam. Non pas dans un bureau climatisé, mais sur le terrain, dans la jungle, sous le feu ennemi. À 65 ans, déjà malade et fatigué, l'auteur, farouche anticommuniste, a rédigé des dizaines de lettres envoyées au magazine Newsday. Toutes adressée à Alicia. Un hommage rendu à l’épouse défunte du patron du magazine.

Sur place, en totale liberté, John Steinbeck a suivi son instinct pour humer l’ambiance de cette guerre. Et en dresser les grandes lignes dans ses dépêches. « Si je pars pour l’enfer, c’est parce que je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour le spectateur innocent. Je préfère être un spectateur coupable. Pour voir, entendre, sentir et toucher. »
Un voyage qui lui a permis aussi de retrouver ses fils, tous les deux envoyés au Vietnam. Curieux de tout, il a testé, comme un enfant dans un magasin de jouets, presque toutes les machines de l’armement américain. Il faut lire la lettre dédiée aux pilotes d’hélicoptères, comparés à des musiciens. « La délicatesse de la coordination de leurs mains sur les commandes me rappelle les mains sûres de Pablo Casals sur le violoncelle. » Même en pleine jungle, la poésie n'est jamais absente.

Des lettres qui se révèlent tantôt drôles et cyniques, tantôt dramatiques. Mais toujours solidement documentées et réalistes. John Steinbeck ne s’est pas contenté, comme certains journalistes à Saigon, de rester dans sa chambre, à recopier les communiqués. Lui a enfilé le treillis et les rangers pour suivre l’action sur le terrain. Parfois au prix de prise de risques. Toujours, il a appliqué les bons conseils des vétérans pour éviter de se prendre une balle. Celui de Robert Capa, notamment : « ne bouge plus. S’ils ne t’ont pas descendu, c’est qu’ils ne t’ont pas vu ».
Des lettres, inspirées par le suivi d'une unité, puis d'une autre. Une expérience engrangée pour se faire une opinion sur les combats, la vie à l'arrière, les victimes civiles prises entre deux feux ou la sauvagerie d’un ennemi sans pitié. « Le Vietcong a la même impulsion altruiste, la même inclinaison démocratique et les mêmes méthodes pour parvenir à ses fins que la Mafia en Sicile. La terreur et la torture sont ses armes. » Les descriptions de corps mutilés, de femmes et d’enfants abattus lui inspirent le dégoût, et des déclarations plus crues, mais humaines : « Charlie est un véritable fils de pute. Il ne renoncera à aucune horreur, aucun mensonge. » Il ne manquera pas non plus de relater les méfaits des troupes alliées, mais qui ne furent pas une généralité, contrairement à ceux de Charlie.
VIETNAMÀ peine moins virulentes furent ses lettres adressées aux jeunes planqués aux cheveux longs, restés en Amérique pour manifester. « Quand je les vois, je ne crois plus que nous, les vieux, ayons le monopole de l’idiotie. »

Un écrivain plein d‘humour, qui n’hésite pas à se moquer de lui-même dans ses lettres. De ses difficultés à suivre les GI’s dans ces terrains boueux, humides, où il fallait regarder ses pieds pour éviter les pièges, les serpents, les mines….
Rester à Saigon n’était pas moins dangereux  : « dans les rues, toute personne, tout endroit peut soudain être l’occasion d’une éruption de violence et de destruction. C’est une impression qui ne te quitte pas une minute. »
Et malgré le danger d'un ennemi omniprésent, Steinbeck est tombé amoureux de ce pays, décrit dans ses lettres comme le paradis sur Terre : « la variété des paysages donnerait des démangeaisons à n’importe quel agent de voyages. C’est certainement un des plus beaux pays qu’il m’ait été donné de voir. »
Des lettres rédigées sur la guerre, la peur au ventre, mais aussi les soucis domestiques. Comme la difficulté de trouver de l’eau potable. « C’est pour cette raison qu’on sert tant de thé glacé et que tant de bière est consommée. »

Une vision de la guerre en Asie qui « suit une courbe parabolique. Du doute quant à l’engagement de l’Amérique, au soutien marqué exprimé sur place puis le retour au doute quant à la sagesse de la participation américaine.»
Une guerre étrange, impopulaire car impossible à raconter au pays.
« C’est une guerre à sentir, sans ligne de front, sans arrières. Elle est partout comme un gaz léger, toujours présent. »

« Qui est coupable, qui est innocent ? » Une question restée sans réponse pour John Steinbeck. Il est néanmoins resté fidèle aux soldats engagés, dont il a partagé le quotidien durant de longues semaines. Ses Dépêches du Vietnam, passionnantes, sont émouvantes, historiques. De retour du front, l'auteur n’écrira plus rien jusqu’à sa mort survenue le 20 décembre 1968.

Dépêches du Vietnam. Par John Steinbeck. Collection Tempus. Éditions Perrin, 320 pages
Couverture : éditions Perrin

 

Posté le 20 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La vie est un jeu qui fait mal

Par Philippe Degouy

« Il est des livres autour desquels on tourne durant des années, tant on répugne à se jeter dans l’océan des mots. Ce livre, je l’ai souvent amorcé, effleuré, guetté au loin dans la brume » (Christophe Bourseiller)

Certains livres dépassent le cadre littéraire pour offrir un beau cadeau aux lecteurs : une rencontre et des émotions. Tel est le cas avec Christophe Bourseiller, auteur de ces Mémoires d’un inclassable (éd. Albin Michel). Une biographie? Non, plutôt un puzzle à assembler chapitre après chapitre. Si son nom peut faire naître un point d’interrogation, son visage et le timbre de sa voix  devraient rappeler aux quadras un film devenu culte : Un éléphant ça trompe énormément. Il jouait dans cette comédie devenue culte le rôle de Lucien, étudiant intello amoureux des seins de Marthe. « Surtout le gauche » précisait-il. Simple clin d’œil pour situer l'homme, car réduire l’auteur à ce petit rôle populaire serait bien trop réducteur.
Comme le chat (qu’il déteste voir empaillé), Christophe Bourseiller a eu neuf vies, et sans doute autant à venir. Auteur de nombreux ouvrages, spécialiste des extrêmes en politique, homme de radio et de télévision, acteur… il aime répondre à ceux qui lui demandent ce qu’il fait dans la vie : « beaucoup. »

ChristopheBourseillerUn électron libre, qui a de qui tenir avec une famille décomposée, recomposée, libre comme le vent. Spéciale mais large d’esprit. « Qui peut se targuer d’être normal dans la tribu foutraque qui peuple mon enfance ? Ce ne sont que beaux parleurs, hurluberlus, libertins et transgresseurs » précise-t-il, comme pour excuser sa vie en forme de montagnes russes, rythmée par des rencontres et des instants décisifs avec de sacrés personnages :
Aragon, Jean Genet, Yves Robert, Jean Carmet, Danièle Delorme, Jean Rochefort, Bernadette Lafont, Fabrice Luchini. Pour ne citer que quelques monuments culturels.
Des rencontres et des belles, programmées ou non. Qu’importe, elles aboutissent à un constat : « l’humanité me rend perplexe. » Les causes de cette forme de mélancolie qui submerge parfois Christophe Bourseiller, familiales notamment, ne manquent pas. Avec trop peu d’amour côté masculin, mais une tendresse infinie offert par une mère artiste et une grand-mère protectrice. Aussi originale qu'une grand-mère peut être.

Le portrait se construit, chapitre après chapitre. Et réserve des anecdotes drôles ou beaucoup moins. Avec des anecdotes de tournage, savoureuses, des souvenirs d'enfance, liés au monde du théâtre. Une époque bénie pour Christophe Bourseiller, gamin précoce plongé dans le monde des arts et de la politique avant d'avoir l'âge de raison.

Alors? Réellement inclassable? Oui, et même fier de l’être. « Je me suis rendu indéchiffrable, inacceptable et inclassable. Mon crime ? J’ai balloté au gré des vents, j’ai humé les parfums de traverse. »

Son livre est bourré d’humour, et laisse entendre sa voix à chaque page. Il se referme sur une dernière note d’amour. Pour ses chers disparus. Sa famille mais aussi ses rencontres d’une vie, parties elles aussi. L'artiste est désormais seul sur la scène de la vie. Seul, ou presque. Le Pierrot lunaire hésite, observe son parcours, soucieux de l’image laissée aux yeux des autres. « Ai-je choisi le bon sentier ? J’en suis toujours à me le demander. »
Le lecteur, lui, ne se pose pas de questions. La lecture, agréable, colorée, alterne entre comédie et drame. Elle réserve aussi de très belles phrases. À l’instar de celle-ci, conclusion parfaite à ce parcours chahuté : « la vie est un jeu qui fait mal ».

Christophe Bourseiller. Mémoires d’un inclassable. Éditions Albin Michel. 224 pages, 17.00 euros environ
Couverture : éditions Albin Michel

Posté le 15 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Tendre Violette, la liberté chevillée au corps

Par Philippe Degouy

Un réel plaisir, celui de retrouver cette chère et Tendre Violette, près de quarante ans après la première rencontre dans le défunt mensuel « (A Suivre) ». C’était en avril 1979, dans le numéro 15 pour être précis, que les lecteurs découvraient cette fille sauvage, amoureuse de sa forêt et de sa liberté sans confort. Un personnage féminin qui permettait à ses créateurs, Jean-Claude Servais et Gérard Dewamme, de rendre hommage à la femme, et à son goût pour la liberté. Les bédéphiles qui étaient adolescents à cette époque ont certainement gardé en mémoire la sensualité qui émanait de cette fille de papier, l’une des premières dans le monde de la BD franco-belge à s’exhiber sans peur de la censure et de l'avis des autres.
Cette jeune fille se montrait fière de son corps et de ses amours contrariées. Une rebelle, qui aimait faire bisquer les bourgeois et ne voulait à aucun prix rejoindre la meute et entrer dans le rang. Jamais elle n'était plus heureuse que dans sa pauvre masure nichée au coeur des bois, à cueillir les champignons et se baigner nue dans l'eau pure des rivières.

SERVAISUne Tendre Violette qui nous revient aux éditions Dupuis. Avec une intégrale en noir et blanc de toute beauté. De quoi savourer le dessin superbe de Jean-Claude Servais, dont chaque planche témoigne d’un travail de précision étonnant. N’en déplaise aux amateurs de couleurs, le noir et blanc se justifie pleinement pour cette intégrale. Pour mieux savourer les traits précis et ces jeux d'ombre. Chaque planche est digne d'être épinglée. Gérard Dewamme au scénario retrace à merveille la vie de la campagne de la fin du XIXe, début XXe au cœur d’une région qui s’étend entre la Belgique, le Luxembourg et la France.
L'intégrale propose dix courts récits qui composent un univers où se mélangent sombres histoires propres aux petits villages, amours d'une Violette volage et rites sataniques orchestrés au cœur de ces forêts profondes, mystérieuses. Le lecteur savoure cette étrange atmosphère qui entoure cette marginale, un peu sorcière. Mais comme le dit Bourguignon, un amant de passage, « quand une sorcière est jolie, ça s’appelle une fée. »

Une intégrale qui débute par un beau texte de Gérard Dewamme, une forme d'hommage rendu à une vieille voisine qui aurait pu incarner notre Tendre Violette au crépuscule de sa vie : « Violette a toujours su qu’elle n’avait pas grand-chose à perdre, que les grands jours sont ceux de nouba et qu’une poire pour la soif pourrit vite quand on n’ose pas y toucher. »
Un dossier rédigé par Dominique Billion clôture ce très bel album, nostalgique à souhait, qui mérite le détour et donne envie de rejoindre la Gaume. Pour (re)découvrir cette superbe région qui a largement inspiré l’univers de Jean-Claude Servais. Pour tenter de croiser les pas de son personnage. Qui sait, nul ne peut dire qui se cache au coeur de ces forêts.

Tendre Violette. Intégrale en noir et blanc. Dessin de Jean-Claude Servais. Scénario de Gérard Dewamme. Éditions Dupuis, 160 pages, 35 euros
Couverture : éditions Dupuis.

Posté le 15 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Nimrod, l'éditeur qui relate la guerre sous l'angle humain

Entretien
Philippe Degouy

Spécialisées dans la publication de livres relatifs aux conflits et à ceux qui les font (Forces spéciales, pilotes, sniper...), les éditions Nimrod fédèrent un public fidèle autour d'une production qui privilégie la qualité à la quantité. Des ouvrages rédigés par des témoins d'opérations militaires méconnues, des soldats acteurs de récentes guerres (Irak ou Afghanistan notamment). Voire par  des personnages charismatiques, comme Marius, une légende au sein des commandos marines. Nous avons voulu en savoir plus sur Nimrod. Avec un entretien mené avec son fondateur, François de Saint-Exupéry. Des questions sur ses choix d'ouvrages à publier, son lectorat, ses succès, ses projets.

Débutons avec une question, futile sans doute mais qui doit brûler la langue de vos lecteurs depuis longtemps : avez-vous un lien de famille avec le célèbre écrivain-pilote, disparu en juillet 1944?

Antoine de Saint-Exupéry était un cousin germain de mon grand-père, mais ce fait n’a guère joué dans mon désir de devenir éditeur. Si je le dois à quelqu’un, c’est plutôt à ma mère qui a donné à ses enfants le goût de la lecture, ainsi qu’à quelques grands-parents ou oncles à la carrière militaire étonnante.

Le nom de Nimrod, qui en arabe et en hébreu symbolise l’acte de rébellion, est-il choisi en réaction au silence presque généralisé des éditeurs à l’encontre du genre militaire? Ou faut-il y voir une autre explication?

Nous avons choisi le nom de Nimrod car il s’agit, selon le Livre de la Genèse, du premier « héros sur terre ». Celui dont la mort aurait été provoquée par un simple moustique. Il y a dans cette histoire une thématique qui nous est chère : celle des « héros » et des tragédies vécues.
NIMRODOKOKPour le clin d’œil supplémentaire, le nom de code « Nimrod » est aussi celui qui a été attribué à l’opération antiterroriste menée par le célèbre SAS lors de la prise d’otages survenue à l’ambassade d’Iran à Londres en 1980. La première fois que le dénouement d’une prise d’otages était diffusé en quasi-direct à la télévision.

Les éditions Nimrod sont quasi les seules sur le marché francophone à publier des récits de vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Deux « sales guerres » quasi absentes dans les médias et découvertes par le public grâce à vos récits. Les prix remportés par beaucoup d'entre eux prouvent qu’il y a un réel intérêt de la part du public. Comment expliquer ce quasi black-out du genre au sein du monde littéraire?
Les éditions Nimrod publient des récits biographiques militaires, un genre qui a toujours été très populaire dans les pays anglo-saxons, mais qui était tombé en désuétude en France dans les années 1970.
J’imagine que les éditeurs, qui n’ont pas toujours eu une appétence particulière pour les récits militaires, avaient une vision très négative de cet univers après la guerre d’Algérie.
Aujourd’hui encore, des éditeurs, des libraires et des journalistes ont toujours du mal à imaginer qu’un militaire puisse raconter, avec sensibilité et émotion, des aventures vécues. Contrairement aux pays anglo-saxons où la littérature militaire a toute sa place dans les suppléments littéraires des journaux ou dans les rayons des librairies.

Comment s’effectue le choix d’une nouveauté, et quel est son parcours?
Nous publions à la fois des récits traduits de l’anglo-saxon et des récits français. En ce qui concerne les récits anglo-saxons, qui peuvent connaître jusqu’à cinquante parutions différentes ou plus chaque mois sur cette thématique, nous lisons énormément de nouveautés, en essayant de dénicher la pépite. Une histoire qui soit suffisamment universelle, qui apporte quelque chose de nouveau et de différent par rapport à celles déjà publiées. De quoi permettre de découvrir un parcours de vie étonnant et de mieux comprendre certaines réalités du terrain. Ce sont en effet les histoires humaines qui nous intéressent, plutôt que les analyses géostratégiques.
Côté français, nous sommes en permanence à la recherche de témoignages. Nous pouvons tout aussi bien approcher des militaires dont nous pensons qu’ils ont une histoire intéressante à raconter que publier l’un d’entre eux après une approche par mail ou par téléphone. Nous encourageons d'ailleurs les militaires francophones à nous contacter.

Quels sont les titres les plus vendus au sein de votre catalogue? On imagine que la biographie American Sniper rédigée par Chris Kyle occupe une jolie place avec son adaptation faite par Clint Eastwood. Mais qu'en est-il des autres titres?
À ce jour, American Sniper compte en effet parmi nos best-sellers avec plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires vendus, mais il fait quasiment jeu égal avec le récit de Marius, Parcours Commando qui n’a pourtant pas été adapté au cinéma !
Sans atteindre de tels chiffres, d’autres récits ont reçu un accueil particulièrement enthousiaste. Comme Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes - L’histoire incroyable du colonel Sassi pendant la Seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine, La guerre vue du ciel, les missions de combat du commandant Marc Scheffler en Afghanistan et en Libye. Pour n’en citer que quelques-uns.

Entre récits de fiction et documents historiques, peut-on estimer la clé de répartition dans le chiffre d’affaires de Nimrod?
Si nous avons en effet publié des « fictions militaires » au début de l'aventure, avec des auteurs tels qu’Andy McNab ou Chris Ryan, sans oublier les récits de guerre napoléonienne passionnants de Bernard Cornwell, avec son héros Richard Sharpe, nous avons malheureusement arrêté la publication de romans. Ceci pour nous concentrer exclusivement sur les documents. Nous retenterons peut-être l’expérience plus tard, pour éventuellement reprendre la publication des aventures de Richard Sharpe. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

Vous lancez cette année les éditions Seramis. Avec des récits de destins féminins. Le premier ouvrage, Une maison dans le ciel, a connu un beau succès public. Quelle sera la fréquence de publication? Quel est l’accueil du public?
Alors que Nimrod œuvre dans un univers militaire plutôt masculin par nature, Seramis s’intéresse à des destins de femmes, issues de tous univers. Le premier récit, Une maison dans le ciel, raconte l’histoire d’une Canadienne prise en otage par des miliciens islamistes. Un livre aussi poignant que bouleversant, qui devrait être adapté au cinéma l’année prochaine.
Notre deuxième parution chez Seramis raconte l’histoire d’une petite prématurée née à six mois d'aménorrhée. Une histoire vraie et émouvante, elle aussi, qui se lit comme un vrai thriller. Elle permet de découvrir un univers étonnant raconté par chacun des deux parents.
De la même manière que Nimrod, Seramis vise à publier cinq à six récits chaque année. Pour débuter. Le prochain ouvrage de Seramis concernera la vie plutôt chaotique d’une jeune autiste française.

Revenons à Nimrod et les projets en cours. Pouvez-vous nous en dire plus?
Sans trop en dévoiler, nous avons plusieurs projets très différents en cours de réalisation. Mais avec les mêmes contraintes éditoriales : une histoire vraie, un parcours humain, l’envie de découvrir un univers souvent méconnu.
Nous préparons ainsi un livre consacré au GIGN, mais à travers l’histoire des premiers membres de cette unité. Un autre document sera consacré à la Légion des volontaires français et à leur engagement sous l'uniforme allemand, à travers les mémoires inédites de l’un d’entre eux. Ancien combattant de la bataille de Berlin. Une histoire très éloignée des poncifs habituels.
De même, un livre sera rédigé par un pilote de chasse embarqué sur le Charles de Gaulle. D'autres surprises suivront. Patience (rires).

Notre récent projet anglo-saxon, déjà parti en traduction, n’est autre que la publication des mémoires d’un membre du Seal Team 6, une unité d’élite américaine qu'il ne faut plus présenter. L’homme en question a participé à plus de 400 missions opérationnelles au cours de sa carrière, dont plusieurs ont particulièrement marqué les esprits. Qu’il s’agisse de la libération du capitaine Phillips (pris en otage par des pirates somaliens) ou de la neutralisation de ben Laden.

Dernière question en guise de conclusion, avez-vous esssayé de dresser un portrait du lecteur lambda? Plutôt civil ou membre des forces armées?
Très honnêtement, nous ne le savons pas. Mais nous imaginons que le lectorat de Nimrod doit être plutôt civil. Beaucoup de militaires préfèrent sans doute se détendre en lisant autre chose qu'un livre qui leur rappelle le boulot… (rires)
Mais notre fierté, c’est quand ils se décident à lire l'un de nos récits, consacré à un univers qu’ils connaissent bien, et qu’ils apprécient cette lecture car ils s’y retrouvent pleinement.

 

Posté le 14 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Cent motos pour écrire la légende des aigles de la route

Par Philippe Degouy

Avec les problèmes de mobilité qui plombent la circulation au coeur de nos villes, les deux roues sont une solution. Il y a ceux qui roulent en scooter et les autres. Les motards, ceux qui aiment allier l’utile et l’agréable. Avec le plaisir de chevaucher un engin qui incarne à merveille la liberté et l’individualisme. Les 100 plus belles motos du monde, nouvel album publié chez Atlas éditions,  rend hommage à une belle sélection de machines qui ont, toutes, marqué l’histoire de la moto. Produites par BSA, Norton, Triumph, Honda, Suzuki, Yamaha, BMW ou Harley...
On passe en un coup d'accélération du tricycle de Dion à la Kawasaki Ninja H2R, simplement la moto la plus rapide du monde avec ses 400 km/h enregistrés en 2016.

MOTOSSi certains vont davantage apprécier le chapitre dédié aux gros cubes, comme ces BMW 1000 RR, Ducatti 1199 ou Kawa 1400 GTR, des monstres de puissance destinés à se faire (très) peur sur la route, d'autres vont préférer l'évocation nostalgique de ces petites motos sympathiques des années 60-70 et 80. Elles seraient parfaites pour circuler aujourd'hui. Qui a pu oublier la Motobécane LT3 de 1976, la BMW R80 GS, ou la petite Yamaha DT 360 ? Les modèles mythiques n’ont pas été oubliés, comme la révolutionnaire Honda CB 750 Four ou la harley Davidson Electra Glide Standard.

Au fil des pages se dévoilent également des curiosités. Comme la Royal-Enfield 500 et son attelage Wastsonian, caravane en bois pour deux personnes. Quant à parler de side-cars, citons aussi ces deux versions militaires des années 40, le Zündapp KS 750 et le BMW R75 type Russie, capable de grimper des pentes de 50%.
Chaque moto présentée dans le volume est accompagnée de son historique, ses caractéristiques, ses points forts et faibles et ses données techniques. Sans oublier une abondante iconographie qui permet de savourer les lignes des modèles sélectionnés. On reste sans voix devant la beauté de la ligne de la Ducatti 749, notamment.
Nul besoin d’avoir le permis pour apprécier ces engins au look sympathique ou plus bestial. Et, qui sait, l’appétit viendra peut-être au cours de la lecture. Avec l’envie de le passer ce fameux permis. Comme le dit un dicton du Joe Bar Team, « vieux motard que jamais » .

Les 100 plus belles motos du monde. Éditions Atlas. 224 pages, 25 euros
Couverture : éditions Atlas

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