Modérateur : Gaëtan van de Werve, le secrétaire général de la Fédération pétrolière belge (http://www.petrolfed.be/french/fed_fr.htm), était dans nos bureaux ce midi. Voici le résultat de la session de Live Chat...
Question de Filou: Les compagnies pétrolières ont sans doute encore de beaux jours devant elles... en termes de profits nets. Mais les consommateurs? Quel impact aura la flambée actuelle du pétrole sur les dépenses des ménages, selon vous?
Malgré la hausse des prix du brut, les profits des sociétés pétrolières sont en baisse. Parce que les coûts ont augmenté encore plus vite que les prix. Nous sommes face à une hausse rapide du prix de toutes les matières premières, et donc aussi par exemple de l'acier, qui fait que les coûts d'exploration augmentent fortement. En ce qui concerne les consommateurs, il est clair qu'ils devront adapter leurs comportements d'achat, c'est-à-dire rerépartir leurs dépenses. Le consommateur a le choix, au fond, entre consommer autant et diminuer d'autres dépenses (vacances, restos, cinéma...) ou au contraire diminuer sa consommation d'énergie de manière à compenser la hausse du prix par des économies.
Par ailleurs, le diesel a augmenté de 25 eurocents et donc de 25% depuis le début de l'année. Pour l'essence, l'augmentation est bien moindre, elle a augmenté de 17 eurocents. Quant au gasoil de chauffage, il a augmenté de 18 eurocents en prix (maximum toujours) depuis le début de l'année (en 4 ans il a un peu plus que doublé).
Les sociétés qui distribuent des produits pétroliers en Belgique n'augmentent pas leurs bénéfices quand le prix du produit brut grimpe. Un litre de diesel peut coûter un ou deux euro(s), cela ne modifie pas le bénéfice des sociétés distributrices. Nous vivons dans un système de prix maximum, qui comprend une marge brute de distribution (15 eurocents sur un prix de vente de 1,25 euro pour le diesel), qui n'est pas proportionnelle. Cette marge n'est pas un bénéfice. Elle sert à couvrir l'ensemble des coûts entre les portes de la raffinerie au consommateur final.
Question de raffinage : La partie raffinage, que va-elle devenir, dans le cadre des bio-carburants, est-elle destinée à mourrir?
Les agro-carburants ne pourront fournir au max. que 20% des besoins à l'horizon 2030 probablement. Oe est en-dessous de 5% pour le moment. Déjà doubler est un challenge très important. Le bio-carburant ne va couvrir qu'en partie la croissance de la demande mondiale. Nous ne nous faisons pas d'inquiétudes quant à la nécessité de maintenir des raffineries. Tous les experts sont d'accord pour dire que plus de 50% des besoins d'énergie dans le transport seront encore couverts par l'energie fossile en 2050. Et dans l'énergie fossile, le pétrole prend la plus grosse part.
Question de Thomas: pourquoi ne pas construire plus de raffineries?
On construit plus de raffineries à l'heure actuelle, surtout en Asie et au Moyen-Orient. Le secteur raffinage a été un secteur non rentable pendant des dizaines d'années, pendant les années 80 et les années 90 et que construire une raffinerie peut coûter de l'ordre de 10 milliards de dollars pour une grosse raffinerie et prendre 5 ans. C'est donc une décision qui contient certains risques. Là où il y a un manque de capacités de raffinage, c'est-à-dire en Asie, on en construit. L'Europe a une capacité de raffinage suffisante. Le problème, ici, c'est qu'il y a une dieselisation du parc automobile, mais que nous produisons toujours trop d'essence.
Question de F. Mathieu: Un baril de pétrole vaut 95 dollars. Un baril contient 160 litres. Le pétrole vaut donc 0,59375 dollar le litre. Chez Carrefour, la bouteille d'Evian vaut 0,55 euro le litre, soit 0,83 usd le litre. L'eau coûte donc plus cher que le pétrole. Se plaindrait-on à tort ?
Il faut se rendre compte que nos voitures ne roulent pas au brut. Ce brut doit être transporté, raffiné et distribué. Ce qu'il faut prendre en compte, c'est le prix hors taxes. Hors taxes, un litre de diesel coûte 69 eurocents et l'essence 58 eurocents. Paradoxe: on taxe l'essence plus fort. A la pompe, la différence, c'est la fiscalité. Dans le prix maximum à la pompe, pour un litre d'essence, il y a 60% de taxe à ce jour. Par contre, pour le diesel, il y en a 44%. A la pompe, suite à la fiscalité des pays consommateurs, le litre d'essence coûte deux fois le prix de l'eau.
Rebond de raffinage: L'Asie va avoir besoin de nos matières premières, d'après vous, un baril à 200 dollars est-il plausible dans les 5 ans qui viennent?
Je n'en sais rien. Tout ce que je peux dire est que ce n'est pas impossible et que cela dépendra essentiellement d'une part du maintien d'une forte croissance économique, par exemple en Chine et en Inde mais aussi aux USA et en Europe et dans les pays producteurs au M-O et d'autre part de la capacité à couvrir la demande. Qu'est-ce qui peut perturber l'offre? Ce sont par exemple des catastrophes climatiques, qui détruisent des plate-formes de forage et endommagent gravement des raffineries, et des tensions géo-politiques, des conflits (Nigeria, Irak, Iran, Venezuela,...). Si tous les facteurs vont vers une augmentation de la tension entre offre et demabnde, à ce moment-là, le prix peut encore fortement augmenter. Mais il faudra voir aussi ce que vaudra le dollar. La chute du dollar amortit la hausse du prix à la pompe pour le consommateur de la zone euro.
Question de Antoine: Peut on voir un lien entre la hausse du prix du pétrole et la chute du dollar ? Si oui lequel? Y aurait-il intérêt d'agir à ce niveau? Merci pour vos éclaircissements, toujours très pertinents.
Le lien est double. Primo : au plus le dollar baisse par rapport aux autres monnaies, au plus les pays producteurs veulent de dollars par baril de manière à préserver leur pouvoir d'achat. La baisse du dollar est donc un facteur de hausse du prix du brut en 2007. Deuxièmement, la baisse du dollar par rapport à l'euro amortit en partie les conséquences de la hausse du prix du baril pour les consommateurs de la zone euro. Mais l'effet dollar n'annule pas la hausse, il en dimune l'impact. Cela dit, le consommateur américain souffre davantage de la hausse que le consommateur européen, tout en sachant que l'américain paie son essence à peu près 60 eurocents le litre... contre 1,4 euro pour nous.
Question de raffinage: On parle beaucoup de pays qui veulent passer au : "pétrole/dollars" contre "pétrole/euro", est ce que ce changement se met réellement en place, est-il plausible?
merci
Jusqu'ici, ceux qui ont voulu passer du dollar à l'euro l'ont fait par anti-américanisme primaire. Ca vient de l'Iran et du Vénézuela. Le premier qui a dit cela, c'est Saddam Hussein.
Jusqu'à présent le dollar reste la monnaie de référence pour le commerce du pétrole. Et changer cela ne ferait que faire baisser encore beaucoup plus vite le dollar. Il n'y a pas de mouvement de fond en ce sens.
Question de poliss: Bonjour, comment vivez-vous l'absence de gouvernement? Cela ne vous arrange-t-il pas dans la mesure où personne ne peut vous imposer d'efforts supplémentaires? Merci d'avance pour votre honnêteté.
L'absence de gouvernement en Belgique ne change rien au problème fondamental, qui est mondial. Le secteur a fait et fait des efforts importants pour essayer de remédier le mieux possible à la hausse du prix des produits pétroliers, par exemple en permettant un préfinancement de 17 millions d'euros pour le lancement du fonds social mazout. D'autre part, on ne peut faire appel aux opérateurs belges pour compenser la hausse des prix, puisqu'ils ne font pas de bénéfices supplémentaires, ayant une marge fixe dans le cadre du contrat-programme. La marge de distribution n'est pas proportionnelle au prix de vente, contrairement à la TVA, qui est calculée en pourcentage du prix de vente. Enfin, si des bénéfices supplémentaires devaient être faits dans le secteur du raffinage par exemple, les impôts sur les bénéfices de ces opérateurs augmenteront, en proportion. A long terme, et bien entendu à l'exception de la catégorie des plus démunis, le signal prix est utile de manière à changer le comportement du consommateur en l'incitant à faire des économies d'énergie. Il vaut mieux investir le surcroît de recettes TVA pour inciter le consommateur à investir dans l'isolation de sa maison ou l'achat d'une chaudière plus performante que de compenser la différence de prix pour qu'il puisse continuer à consommer la même quantité.
Question de Lemal Thierry : Concernant la crise du pétrole; il serait grand temps que les politiciens réagissent. Il arrivera un moment où prendre la voiture pour aller travailler ne sera plus rentable, or beaucoup de personne ont besoin d'une voiture pour se rendre à leur lieu de travail. Il serait temps de songer à d'autres forme d'energie pour le secteur automobile tel que l'energie solaire. Mais c'est pas demain la veille étant donné la pression des lobbyistes sur nos politiciens ( le lobbying n'est rien d'autre que de la corruption)
Je ne peux qu'abonder dans le sens de votre position: les politiciens doivent réagir... mais de façon structurelle et non pas avec des rustines. Réagir de manière structurelle, c'est d'abord réaliser et anticiper ce qui nous attend. Nous ne retrouverons jamais des prix de l'énergie tels que nous les avons connus fiin des années 90 ou même encore en 2002 et 2003. Il faut encourager l'efficacité énergétique, surtout dans les ménages et dans le secteur tertiare (bureaux, administrations, écoles...). Il faut investir dans l'isolation des maisons particulières et dans la modernisation des techniques de chauffage. Baisser son thermostat d'un degré permet d'économiser 7% de votre consommation. En ce qui me concerne, le rôle du lobbying est justement d'expliquer à nos dirigeants et au public quels sont les enjeux structurels et la meilleure manière de pouvoir y répondre. Il faut bien situer le contexte général qui fait que la hausse des prix énergétiques et particulièrement du pétrole est inéluctable. Il y a un foisonnement de recherches en matière d'énergies alternatives pour le secteur du transport qui est similaire à ce qu'on a connu au début du 20ème Siècle. Beaucoup de nouvelles pistes sont connues. Mais c'est souvent trop cher. La hausse des prix du pétrole aura donc au moins un effet positif, c'est de réduire ou de compenser l'écart de compétitivité des alternatives.
Je vous remercie tous pour vos questions. Je me réjouis de voir le nombre de questions, important. Cela prouve que la prise de conscience du problème de la satisfaction des besoins énergétiques mondiaux progresse. C'est une bonne chose pour changer nos comportements. Pour assurer au monde entier un monde équilibré.
Modérateur: Merci à tous, à bientôt.
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